Vous avez déposé un recours contre les élections municipales à Toulouse, que vous avez perdues face au maire sortant Jean-Luc Moudenc. Vous affirmez avoir été victime d’ingérences numériques étrangères. Sur quoi vous appuyez-vous ?
Il y a plusieurs choses dans ce que vous dites. Déjà, moi, je n’ai rien dit du tout. Ce sont les services de l’État qui ont détecté des ingérences étrangères et qui m’ont prévenu. C’est Viginum, en l’occurrence, qui a corroboré le fait qu’il y ait eu une ingérence numérique étrangère.
Ce sont eux qui les ont détectées, qui les ont investiguées et qui les ont étayées sur une première série d’ingérences, puisqu’il y a d’autres faits qui sont encore en cours d’investigation.
C’est notamment le cas des fausses publicités de la veille du second tour qui sont, à notre avis, les opérations de désinformation les plus massives. Mais à cette heure, la prudence et la sagesse m’obligent à dire qu’on ne sait pas qui est derrière ces fausses publicités qui ont été diffusées massivement.
En revanche, ça ressemble au mode opératoire qu’on a vu dans les ingérences étrangères.
Le magistrat chargé du rapport public au tribunal administratif a émis un avis de rejet concernant votre recours en annulation. Il considère notamment que votre recours ne serait pas recevable au regard de la jurisprudence du Conseil d’État et de la marge d’erreur. Que répondez-vous à cet argument ?
Il y a un certain nombre de désinformations qui n’ont pas été investiguées, comme je vous le disais. Donc, on ne sait pas qui est derrière et à quel point elles ont touché des gens, et ça, on ne le saura que dans quelque temps.
🇫🇷 Municipales : la demande d’annulation pour 'ingérences étrangères' de @FraPiquemal rejetée #GrandMatinWeekEnd 🗣️ "C’est la première fois qu’il y a des ingérences étrangères, en l’occurrence israéliennes, à cette hauteur dans une élection. Ça pose une question de souveraineté démocratique !" 📻https://t.co/Iun7DcVJhi ☎️0 826 300 300
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Deuxième chose, c’est que c’est la première fois, qu’on le veuille ou non, qu’il y a des ingérences étrangères, là, en l’occurrence des ingérences israéliennes, à cette hauteur dans une élection municipale. Et ça pose une question de souveraineté démocratique pour la suite.
Au-delà des élections municipales, il y a l’élection présidentielle, puis d’autres élections à venir.
« L’élection a été faussée d’une manière ou d’une autre »
Vous considérez donc que ces ingérences ont pu modifier le résultat de l’élection ?
Nous, ce qu’on dit, c’est qu’elles sont avérées, elles sont attestées, elles ont pu altérer le jugement d’un certain nombre d’électrices et d’électeurs.
Notre position, qui est somme toute assez légitime, c’est de dire que l’élection a été faussée d’une manière ou d’une autre, ou en tout cas qu’elle a été l’objet de campagnes de désinformation qui sont au détriment des Toulousaines et des Toulousains.
Les Toulousaines et les Toulousains ont le droit de savoir ce qu’il y a derrière et ont le droit, peut-être, d’avoir de nouvelles élections. Après, moi, vous savez, je me tiendrai à la décision de justice qui sera prise.
Si le tribunal administratif rejette votre recours en annulation, reconnaîtrez-vous la victoire de Jean-Luc Moudenc ?
Si le délibéré dit qu’il y a un rejet de votre recours en annulation de l’élection, je n’ai pas d’autre choix que de reconnaître l’état de fait actuel. Et donc, M. Moudenc sera maire de la ville pour l’ensemble de son mandat, très simplement.
La France insoumise est pointée du doigt par Matignon, sur la base d’une note des renseignements, comme étant à la manœuvre du mouvement lycéen. Est-ce vrai ?
Non, c’est faux. C’est faux parce que je pense que vous, comme moi, on a connu d’autres mouvements de jeunesse. J’en ai même organisé pour être totalement franc avec vous.
À l’époque, La France insoumise n’existait pas. Et on sait qu’il y a eu des mouvements de jeunesse de tout temps. Même dans l’Empire romain, il y a des traces de mouvements de jeunesse. Au Moyen Âge aussi. Si vous lisez, par exemple, les poèmes de François Villon, il parle des contestations étudiantes au Moyen Âge, et La France insoumise n’existait pas.
Il y a toujours eu des revendications qui viennent de la jeunesse. Celles-ci, pour nous, sont légitimes. Et les lycéens et les lycéennes n’ont pas besoin de La France insoumise pour voir les conditions de dégradation dans l’Éducation nationale.
Ce qui est étonnant, c’est que ce mouvement intervienne quelques mois avant l’élection présidentielle. Comment l’expliquez-vous ?
Peut-être parce que les lycéennes et les lycéens savent que c’est un moment où le pouvoir politique peut être plus à même, éventuellement, ce n’est pas le cas maintenant, d’ouvrir des négociations pour obtenir des revendications.
LFI est derrière le mouvement lycéen ? « C’est nous donner beaucoup de pouvoir »
Mais je pense qu’ils n’ont pas attendu La France insoumise. C’est parti d’un lycée à Créteil. Et vous qui avez fait des mouvements lycéens, vous savez que l’effet boule de neige, vous avez du mal à le mettre en place, même quand vous le souhaitez en tant que syndicaliste lycéen.
Parfois, ce sont des conditions qui s’accumulent et qui font qu’on va se reconnaître dans les revendications des voisins d’à côté et se mettre soi-même en mobilisation. Donc, je pense que vraiment dire que La France insoumise est derrière le mouvement lycéen, c’est déjà de nous donner beaucoup de pouvoir.
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Et ensuite, c’est mésestimer la conscience des lycéens des conditions de vie qui sont les leurs.
Sébastien Lecornu ment-il lorsqu’il affirme que La France insoumise est derrière le mouvement lycéen ?
Ah bah, complètement. Et d’ailleurs, la note à laquelle vous faites référence se trompe, puisqu’elle étudie, si c’est la note dont vous parlez, le mouvement lycéen en Seine-Saint-Denis.
Alors que le mouvement a démarré dans le Val-de-Marne. Donc déjà, il y a une erreur de biais et méthodologique sur cette note-là. Donc vraiment, je pense que c’est beaucoup de brassage de vent.
« Matignon instrumentalise une note des renseignements à des fins politiques »
Matignon instrumentaliserait donc une note de renseignement à des fins politiques ?
Oui. Bon, ce ne serait pas la première fois. En tout cas, Monsieur Lecornu, en disant que La France insoumise est derrière le mouvement lycéen, il fait deux choses.
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Un, il montre sa méconnaissance des mécanismes du mouvement lycéen. Et deux, il fait une attaque politique en disant que ces pauvres lycéens sont instrumentalisés par La France insoumise et Jean-Luc Mélenchon. Je crois que personne n’est dupe là-dessus.
Vous vous êtes rendu devant plusieurs lycées avec votre écharpe de député. Est-ce que vous appelez à poursuivre le mouvement et les blocus ?
Je me suis rendu devant plusieurs lycées de ma circonscription, notamment pour soutenir les lycéens et les lycéennes qui étaient en grève, mais aussi les enseignantes et les enseignants, on l’oublie, qui sont mobilisés à Toulouse et qui le seront mardi prochain.
À l’appel du syndicat SNES et FSU, qui appelle à une mobilisation générale aux côtés des lycéens. La CGT, la CFDT, l’UNSA : c’est un appel vraiment très large de la base syndicale. Et en fait, c’est assez logique, parce qu’on soutient les revendications des lycéens au sein de l’hémicycle de l’Assemblée nationale depuis des années.
Donc, il est cohérent qu’on soit à leurs côtés quand ils portent ces revendications-là et qu’ils souhaitent avoir de meilleures conditions d’éducation dans le service public.
Plusieurs lycéens ont été blessés lors des mobilisations. Jean-Luc Mélenchon a dénoncé les violences policières. Mais La France insoumise dénonce-t-elle également les violences commises contre les policiers ?
Alors, je vais être clair avec vous : nous, on est un mouvement pacifiste, c’est inscrit dans notre charte, et on dénonce toutes les violences quelles qu’elles soient. Dans le cadre de la mobilisation lycéenne, il n’y a pas à avoir de violences.
« Certains policiers m'écrivent pour me dire qu'ils sont rebutés »
Maintenant, vous en avez parlé, il y a un certain nombre de violences policières qui sont proprement inacceptables et qui déshonorent ceux qui les commettent sous l’uniforme de la République.
Et je le dis parce que, contrairement à ce que vous pensez, moi, j’ai des policiers qui m’écrivent et qui sont rebutés par la manière dont on les fait intervenir sur les lycées.
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Mais lorsqu’un policier est passé à tabac par des lycéens, ces violences-là, vous les condamnez avec la même force ?
Bien sûr, je les condamne. Mais si vous voulez, je fais une distinction entre la violence légitime de l’État, vous savez, celle qu’on confie justement à nos policiers, éventuellement, pour intervenir, et la violence d’individus qui seront identifiés, certainement condamnés.
Et dans la séquence dont vous évoquez, on voit que la séquence a été plus longue et qu’il y a eu, avant ça, une violence policière qui ne justifie en rien, ensuite, le fait qu’il y ait une violence sur le policier lui-même.
« La manière dont une société traite sa jeunesse en dit beaucoup sur elle »
Vous avez évoqué le cas de jeunes blessés. Que vous inspire la manière dont les forces de l’ordre interviennent dans ces mobilisations ?
Attention, je le dis à tout le monde : dans une société, la manière dont on traite sa jeunesse en dit beaucoup sur la société.
Moi, il y a une mère de famille à Toulouse qui m’a interpellé, qui m’a dit : « Monsieur Piquemal, on nous demande, et ils ont raison, de ne pas faire de violences physiques sur nos enfants, de ne pas leur donner de baffe et autres quand ils sont insolents. Mais comment je peux expliquer à mon enfant qu’on me demande ça, et que l’État lui envoie la police pour être violent avec lui quand il réclame ses droits ? »
Et je pense que c’est toute la question aujourd’hui qui est posée.
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Que faudrait-il faire pour sortir de cette situation ?
Je ne comprends pas que le gouvernement n’ouvre pas des discussions sérieuses.
Quand je dis sérieuses, c’est concrètes, avec les représentants des syndicats lycéens, étudiants et des enseignants, pour trouver une base de négociation qui permettrait de répondre aux revendications. Parce que c’est le seul moyen de désescalade.
Ce ne sont donc pas les forces de l’ordre qui permettront de résoudre le conflit ?
Ce ne sont pas des cordons de CRS qui vont résoudre un conflit social. Ce n’est pas vrai, ça n’a jamais existé. Et je vous ramène au fait, quant à ceux qui disent : « Les élus de La France insoumise, que font-ils auprès des lycéens ? »
Souvenez-vous, moi qui suis de Toulouse, je me souviens très bien, dans mes cours d’histoire, de Jaurès auprès des ouvriers de Carmaux, qui eux, à l’époque, subissaient une répression ultra-violente de la part de l’armée.
Eh bien, ça a toujours été le rôle des élus de la gauche solide sur ses appuis d’être aux côtés des luttes de celles et ceux qui demandent davantage de moyens pour leur émancipation individuelle et collective dans notre société.