Le fisc a confirmé avoir été victime de deux intrusions informatiques. La première, survenue fin juin, a permis un accès aux données de revenus de référence d’au moins 700 000 particuliers et professionnels, avec une majorité de professionnels, selon la DGFiP.
Pour les particuliers, les informations concernées sont particulièrement sensibles : noms et prénoms, quotient familial, revenu fiscal de référence ou encore taux de prélèvement à la source. Pour les professionnels, les données comprennent notamment le numéro Siren ou encore l’adresse de l’entreprise.
Invité de Sud Radio, Damien Bancal, spécialiste des questions de cyberintelligence et fondateur du site ZATAZ, explique que l'attaque n'aurait pas nécessité de prouesse technique particulière. « Il n'a pas du tout attaqué les logiciels, il a attaqué l'un des employés. J'entends par là, il a usurpé son identité », détaille-t-il au micro de Laurence Péraud.
Une fois cette identité usurpée, le pirate a pu accéder à certains outils internes et « consulter des informations et dans d'autres cas en copier ».
Une deuxième intrusion dans les données cadastrales
Une seconde attaque a été menée fin juillet contre le Serveur professionnel de données cadastrales (SPDC). Le cybercriminel, qui se présente sous le pseudonyme « ZeroBytes », affirme avoir contourné l’authentification multifacteur.
La DGFiP estime à ce stade que 200 000 comptes sont concernés par cette fuite de données cadastrales, même si des vérifications sont encore en cours. Le pirate évoque, lui, 250 000 lignes de données associant notamment l’identité et l’adresse des titulaires de droits sur des parcelles.
Selon Damien Bancal, le pirate a toutefois été détecté lors de la première intrusion. « Il a été repéré, et les impôts aussi le disent, dès qu'ils l'ont vu fin juin, ils l'ont bloqué », souligne-t-il.
Pour le spécialiste, aucune infrastructure ne peut de toute façon prétendre être totalement à l’abri : « Aucun site internet, aucun ordinateur, aucun humain comme vous et moi, doit se dire la cyber-sécurité à 100%, ça existe. »
🔐 Fuite de données sur le site des impôts : jusqu’où peuvent aller les arnaques ? #GrandMatinWeekEnd
🗣️ Damien Bancal, spécialiste en cyberintelligence : "Il peut y avoir une usurpation d’identité. Le pirate informatique vend ce qu’il a volé"
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"Moi, je fais ça pour l'argent"
Le principal risque réside désormais dans l’utilisation qui pourrait être faite des informations dérobées. Le pirate affirme agir pour des raisons financières et chercher à revendre les données récupérées.
« Non, moi, je fais ça pour l'argent », a expliqué le cybercriminel à Damien Bancal, qui a pu échanger avec lui. Ces fichiers peuvent ensuite être achetés par d’autres escrocs et utilisés pour mettre en place des campagnes d’hameçonnage beaucoup plus crédibles.
Grâce à des informations fiscales réelles, un escroc pourrait par exemple se faire passer pour l’administration et réclamer un paiement ou des coordonnées bancaires. « Faire un faux courrier pour se faire passer pour les impôts », donne notamment comme exemple Damien Bancal.
La valeur de ces données varie fortement : « Ça peut aller de zéro euro [...] à plusieurs milliers d'euros. Tout dépend de l'acheteur et de ce que l'acheteur va trouver comme intérêt à pouvoir les réutiliser. »
Le risque de l’accumulation des fuites
Au-delà de cette seule cyberattaque, Damien Bancal alerte surtout sur l’accumulation des données personnelles dérobées lors de différentes fuites. En recoupant plusieurs fichiers, les cybercriminels peuvent progressivement dresser un profil très précis d’une personne.
« Une petite brique plus une petite brique, eh bien, ça peut fournir énormément d'informations sur une personne», prévient-il. Dans certains cas, ces informations peuvent dépasser les escroqueries en ligne et contribuer à des actes de malveillance dans le monde réel, comme des cambriolages ou des usurpations d’identité.
Le spécialiste invite néanmoins à ne pas céder à la panique. Des précautions simples restent essentielles : choisir avec attention ses mots de passe et ses adresses mail, rester vigilant face aux messages reçus et éviter de cliquer sur des liens suspects. « S'informer, c'est déjà commencer à se cybersécuriser », résume Damien Bancal.