Par mesure de sécurité, les cours seront "totalement ou partiellement" suspendus dans 400 à 500 lycées lundi, à la veille d'une nouvelle journée de blocages redoutée par le gouvernement, qui se défend de faire état d'un usage disproportionné de la force, face à la colère des lycéens.
Parti mi-septembre d'un lycée de Créteil (Val-de-Marne), le mouvement des lycéens -qui réclament notamment plus de moyens humains et financiers, dénoncent les absences non remplacées de professeurs, le délabrement des bâtiments- s'est étendu à toute la France et enflammé cette semaine, marquée par une multiplication d'incidents et d'affrontements avec les forces de l'ordre.
Manifestation de lycéens à Lille le 1er octobre 2026
Sameer AL-DOUMY - AFP
Façades incendiées, professeurs agressés... Sur les 3.700 lycées du pays, "entre 400 et 500" ont du suspendre leurs cours vendredi, parce que les conditions de sécurité matérielles n'étaient "pas remplies", ou que des personnels "ont été directement visés" et "il y en aura probablement autant lundi, mais avec une reprise partielle des cours", a indiqué dimanche le ministre de l'Education Edouard Geffray, sur France 2 et France inter.
Depuis les premiers blocages, "78 personnels de l'Education nationale ont été blessés", (...) 24 établissements ont été incendiés ou saccagés" et en incluant les dégradations de logements de fonction, la facture atteint probablement "entre 20 et 30" millions d'euros, a résumé le ministre.
- "Lycéens violentés" -
Invité dans l'émission de débat "Franc-jeu", face au coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard, il a de nouveau accusé LFI d'avoir "incité au blocage" et favorisé la flambée de violences. Jeudi, Matignon avait estimé que le mouvement basculait vers des "violences urbaines", y voyant une "manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l'ultra-gauche".
Des lycéens manifestent à Bordeaux devant le lycée Gustave-Eiffel le 1er octobre 2026
ROMAIN PERROCHEAU - AFP
"S'il y a quelqu'un qui est responsable de cette mobilisation, c'est vous ! Parce que cette situation, c'est la conséquence de dix années de politique macroniste, de 10.000 suppressions de postes d'enseignants, de refus de revalorisation du point d'indice des fonctionnaires" ou encore "de Parcoursup, qui génère de l'angoisse", a répliqué dimanche Manuel Bompard.
M. Bompard a "déploré" les violences mais regretté que l'exécutif "résume" le mouvement aux débordements et cherche ainsi à "éteindre" des "revendications légitimes".
Il a encore fustigé des interventions "absolument disproportionnées des forces de l'ordre". "Quand vous avez un lycéen qui perd un oeil" dans un tir de flashball, un autre "qui prend une grenade lacrymogène dans les yeux" ou "une jeune étudiante qui se fait étrangler pendant plusieurs minutes, votre devoir (...) c'est aussi d'apporter votre soutien à ces lycéens violentés", a-t-il dit.
La semaine dernière, plusieurs organisations dont le syndicat de la magistrature (SDM), la CGT ou la Ligue des droits de l'Homme avaient accusé le gouvernement et les forces de l'ordre de "réprimer" la jeunesse avec des moyens "disproportionnés" ; face à la grande "vulnérabilité" des manifestants, essentiellement des enfants", soulignait le SDM.
- 5.000 interpellations -
Les forces de l'ordre "ne répriment pas la jeunesse" mais "protègent" élèves et étudiants désireux de "porter pacifiquement leurs revendications", a répondu dimanche le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, déplorant des "accusations graves et sans fondement".
Des étudiants manifestent à Nantes, le 2 octobre 2026
Sebastien Salom-Gomis - AFP
Depuis lundi, les autorités ont dénombré plus de 5.000 interpellations, dont environ 85% de mineurs, en marge du mouvement (1.700 pour la seule journée de vendredi).
Un adolescent de 16 ans a notamment été interpellé suite à l'agression d'un enseignant à La Ciotat, aspergé d'essence. Un autre, âgé de 15 ans, soupçonné d'avoir actionné un spray enflammé sur le visage d'une passante à Marseille, a été déféré en vue de sa mise en examen pour "acte de barbarie".
Deux personnes ont aussi été placées en garde à vue à Belfort pour avoir participé au passage à tabac d'un policier, mais l'un d'eux a lui-même déposé plainte pour "tentative de meurtre", a annoncé dimanche son avocat.
Alors que "l'acte III" des lycéens, prévu mardi, inquiète une partie de la classe politique, le candidat communiste à la présidentielle Fabien Roussel a appelé dimanche enseignants, salariés et militants à les soutenir, pour que "les revendications émergent plutôt que la violence".
Les militants communistes proposeront aux organisations de jeunesse de les "aider" à "sécuriser les parcours", a-t-il dit.
Par Elia VAISSIÈRE / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP
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