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EXCLU Antoine Dupont : « Un mélange d'adrénaline et d'excitation, de crainte et d'appréhension »

Par Christine Bouillot

INTERVIEW EXCLU LONG FORMAT SUD RADIO – Eloigné des terrains pendant neuf longs mois après une rupture des ligaments croisés du genou droit, Antoine Dupont a effectué son grand retour en novembre dernier. Pour la première fois depuis sa reprise au plus haut niveau, la star du rugby français s'est confié à un média et nous a accordé un entretien exclusif au long cours sur le Stade Toulousain, le XV de France, ses ambitions et sa joie d'avoir déjà retrouvé son niveau d'avant.

Antoine Dupont
Antoine Dupont

Antoine, comment avez-vous vécu votre blessure et ces neuf mois éloignés des terrains et de la haute compétition ?

Le moment éloigné des terrains, je l'avais déjà connu par le passé. J'en ai pris les bons côtés en me disant que ça me faisait une pause dans ma carrière. Ça faisait plusieurs saisons que j'enchaînais avec des joies, des défaites, mais toujours beaucoup d'intensité émotionnelle. Donc ça m'a fait du bien aussi de pouvoir couper, mais j'aurais aimé couper sans être blessé, évidemment. La blessure, quand elle est grave comme ça, elle est toujours dure à accepter mentalement. Et puis après, à réparer son corps. Mais j'ai eu la chance que tout se passe bien. Je n'ai pas eu de complications, d'infection. Parce qu'il y a parfois des rééducations qui ne se passent pas bien, c'est juste de la malchance. Donc j'ai quand même eu cette chance-là que tout se passe bien. Mais j'en garde pas un très bon souvenir quand même, évidemment. On oublie vite une fois qu'on a repris, on retombe dans la routine et la cadence infernale mais c'est vrai que ça a été des mois qui ont été compliqués.

"Physiquement et athlétiquement, je me sens comme avant"

Dans quel état êtes-vous aujourd'hui, près de deux mois après votre reprise ?

Les sensations sont les mêmes qu'avant. Je ne ressens aucune gêne, aucune appréhension. Sur la partie rugby, c'est à moi de retrouver les gestes, les sensations que j'avais avant. Mais en tout cas, physiquement et athlétiquement, je me sens comme avant.

Sur le plan mental, avez-vous eu des freins ou une forme d'appréhension au moment de revenir au contact et de retrouver la très haute intensité ?

Les premières semaines, évidemment, on craint toujours le premier plaquage, le premier match. Donc il y a toujours un petit peu d'appréhension mais qui passe au fur et à mesure des matchs. En fait, le meilleur remède, c'est juste passer du temps sur le terrain, de retrouver des attitudes, des sensations, des situations qui nous permettent de nous y replonger petit à petit. Jusqu'à retrouver zéro appréhension.

Lors de votre première blessure en 2018 (rupture des ligaments croisés), vous aviez beaucoup travaillé votre jeu au pied. Durant votre convalescence, en avez-vous profiter pour travailler là encore un aspect technique eou physique en particulier ?

Ça a été global. J'avais envie de revenir avec les mêmes standards que j'avais avant. J'ai pu travailler plus spécifiquement sur la partie athlétique, mais c'était beaucoup de la rééducation. Le but était donc déjà de retrouver ce que j'avais avant. Et après, techniquement, le progrès, il ne s'arrête jamais. Donc j'ai retravaillé mon jeu au pied comme je l'avais travaillé avant. Surtout que lors de la première blessure, j'avais travaillé mon pied gauche que je n'avais pas. Donc là, je l'avais, mais j'ai voulu le récupérer quand même.

Qu'avez-vous ressenti lorsque vous avez retrouvé les terrains avec le Stade Toulousain ?

C'était un mélange entre de l'adrénaline, de l'excitation de revenir, mais aussi cette crainte, cette appréhension. Parce que l'image de la blessure, elle est quand même encore toujours là. Quand on retrouve les premières sensations de match, évidemment qu'on a des petits flashs qui nous y font repenser. Donc c'est beaucoup d'émotions mêlées, mais beaucoup de concentration surtout. On se concentre sur des choses simples et sur le résultat surtout, parce qu'on a besoin de gagner le match et d'être bon à l'instant T. Donc c'est plus cette concentration-là qui nous drive, je dirais.

"Quand on perd un match à l'extérieur, c'est à la fête de l'année pour ceux d'en face qui arrivent à nous battre !"

Durant votre convalescence, il y a beaucoup de bruit médiatique et de vents contraires qui ont soufflé autour du Stade Toulousain. Et puis finalement, on a l'impression que votre club n'est jamais aussi fort que lorsqu'il est dos au mur ?

Oui, on peut sentir une certaine hostilité, mais c'est quelque chose qu'on ressent déjà depuis plusieurs saisons. Quand il y a une équipe qui gagne, ça nous motive. Quand on perd un match à l'extérieur, c'est à la fête de l'année pour ceux d'en face qui arrivent à nous battre puisqu'on a gagné quelques trophées ces dernières saisons. Maintenant, c'est à nous de maintenir un niveau de performance élevé et surtout, de continuer à progresser. Parce que si on stagne, les autres nous rattrapent. On voit le niveau du championnat qui ne fait que monter. Donc c'est à nous d'être encore meilleurs pour pouvoir continuer à gagner.

Le début de saison de votre club n'a pas répondu à toutes les attentes : quelles sont malgré tout les ambitions du Stade Toulousain ?

Comme tous les ans, on a envie de gagner toutes les compétitions auxquelles on participe parce qu'on sait aussi qu'on en a les capacités. On l'a fait par le passé. Même si cette année on ne s'est pas mis dans les meilleures dispositions pour la Coupe d'Europe, ça restera un objectif majeur pour le club.

Ugo Mola s'est dit rassuré après votre large succès le week-end dernier en Champions Cup (77-7 contre Sale) mais qu'il reste encore des réglages à faire pour trouver la bonne carburation. Maintenant que vous êtes revenu, le Stade Toulousain devrait parfaitement se remettre sur orbite, non ?

Ce week-end, ça s'est très bien passé, mais le week-end d'avant, plutôt très mal (deux défaites successives, en Top 14 à Perpignan puis en Champions Cup face aux Saracens). On a du mal à avoir cette continuité de week-end à week-end, surtout sur lors de nos déplacements à l'extérieur où on a pêché plusieurs fois, ce qui ne nous ressemble pas trop d'ailleurs. C'est cet aspect-là qu'il faudra qu'on soit capable de corriger d'ici la fin de saison.

"Alldritt, Fickou et Penaud absents ? Ça montre que le niveau de performance ne fait qu'augmenter et qu'il ne pas se reposer sur ses lauriers"

Vous voilà également bientôt de retour avec le XV de France à l'occasion du Tournoi des VI Nations : que ressentez-vous à l'approche de ce retour en bleu ?

C'est toujours une immense fierté de pouvoir aller à Marcoussis pour représenter l'équipe de France. Il y a toujours une sensation particulière. Je suis revenu en novembre mais quand tu sais que tu ne vas pas jouer le week-end, c'est quand même différent. Donc là, il me tarde d'avoir un match à préparer et de pouvoir être sur le terrain.

La liste des Fabien Galthié pour le match d'ouverture face à l'Irlande comporte plusieurs surprises : que vous inspirent les absence des cadres que sont Alldritt, Fickou et Penaud ?

Ça montre surtout que le niveau de performance ne fait qu'augmenter et que la place n'est jamais garantie. Chaque week-end, notre place est remise en jeu, que ce soit dans les clubs ou encore plus avec la sélection. Ca nous montre juste qu'il ne faut pas se reposer sur ses lauriers et que les objectifs du XV de France restent très élevés. Et pour répondre aux standards, il faut répondre aux présences sur le terrain.

Est-ce une forme de sanction, selon vous ?

Ah non, je ne sais pas quelles explications ont été données, mais je suppose juste qu'ils ont estimé qu'il y avait d'autres joueurs meilleurs. Et qu'ils doient eux-mêmes être encore meilleurs pour revenir.

"C'est toujours le problème du rugby français comparé à d'autres nations où on a moins de matchs internationaux"

Au-delà du Tournoi, il y a la Coupe du monde de rugby qui se profile déjà. D'ici à l'an prochain, vous allez avoir 15 matchs internationaux au programme pour affiner vos réglages et monter en puissance : est-ce suffisant selon vous ?

On n'a pas de temps quand on est avec la sélection. C'est toujours très compact, très précis parce qu'il faut être bon de suite. On n'a pas le temps de faire des matchs moyens. Donc c'est toujours le problème du rugby français comparé à d'autres nations où on a moins de matchs internationaux, donc moins d'expérience collective. Il faut être performants de suite. Mais malgré ça, comme je le dis souvent, je pense qu'on a le potentiel pour le faire. Maintenant, à nous d'exploiter au maximum notre potentiel. Et le travail, il a déjà commencé.

Remporter enfin cette Coupe du monde, l'avez-vous dans un coin de votre tête ?

On a encore gagné le tournoi des Nations l'année dernière. Je pense qu'on attend toujours plus de cette équipe de France parce qu'on sent qu'elle a un potentiel assez incroyable. On a toujours envie de mieux faire. On sera donc dans une forme de continuité, pour avoir peut-être un peu plus de régularité dans notre jeu, notamment notre animation offensive, et puis surtout pour continuer à rivaliser avec les meilleures équipes au plus haut niveau. Ce qu'on a fait plutôt bien jusqu'à maintenant, mais qu'il faudra faire encore mieux.

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