single.php

Drones illégaux à Strasbourg : jusqu’à une demi-heure de plus pour rejoindre les urgences

DÉCRYPTAGE SUD RADIO - Depuis environ trois semaines, les hélicoptères de secours ne peuvent plus se poser de nuit à l’hôpital de Hautepierre, à Strasbourg. En cause : des drones utilisés notamment pour effectuer des livraisons clandestines à destination de détenus de la maison d’arrêt de Strasbourg-Elsau.

Drones illégaux à Strasbourg : jusqu’à une demi-heure de plus pour rejoindre les urgences

Face au risque de collision, les pilotes ont suspendu les atterrissages nocturnes sur l’hélistation. Certains patients doivent désormais être déposés au Nouvel Hôpital civil avant d’être transférés par ambulance vers Hautepierre, avec de lourdes conséquences potentielles pour les urgences vitales.

"Les hélicoptères ne peuvent pas atterrir au plus près du site des urgences adultes"

Quelques minutes peuvent faire toute la différence. À Strasbourg, la multiplication des vols de drones dans le secteur de la maison d’arrêt de l’Elsau bouleverse depuis plusieurs semaines l’organisation des secours. Ces appareils, utilisés notamment pour acheminer clandestinement téléphones ou stupéfiants à des détenus, évoluent à proximité des trajectoires empruntées par les hélicoptères sanitaires. De nuit, ils sont particulièrement difficiles à détecter.

"C’est quelque chose qui n’est pas commun, mais finalement inacceptable, quoi. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, les hélicoptères ne peuvent pas atterrir au plus près du site des urgences adultes, pour pouvoir permettre une vraie prise en charge sécurisée et de qualité des patients", déplore au micro de Sud Radio Christian Prud’homme, secrétaire général FO des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (HUS).

Les HéliSmur des Samu 68 et 54 puis les hélicoptères de la Sécurité civile ont suspendu leurs atterrissages nocturnes à Hautepierre pour éviter une collision. La mesure s’applique durant la "nuit aéronautique", de trente minutes après le coucher du soleil à trente minutes avant son lever.

"Cela fait à peu près trois semaines, de façon officielle. Comme il y a des quartiers autour de cet établissement, il y avait toujours un petit peu de drones. Mais aujourd’hui ce sont les pilotes qui ont pris la décision de ne plus prendre le risque de voler de nuit, puisqu’eux ne sont pas dans la capacité de repérer ces aéronefs. Et c’est vrai que c’est un vrai danger parce que, même s’il est tout petit, s’il rentre en contact avec le fuselage ou avec l’hélice, c’est vraiment dramatique", poursuit Christian Prud’homme à l'antenne de Sud Radio.

Un détour devenu nécessaire à causes des drones

Les secours restent assurés, mais le dispositif impose des détours. Les patients devant rejoindre Hautepierre peuvent être héliportés vers le Nouvel Hôpital civil (NHC), puis transférés par la route. L’Agence régionale de santé Grand Est assure que les situations sont étudiées individuellement afin de choisir la solution la plus sûre.

Une organisation qui inquiète néanmoins les personnels. "On estime [le temps de transport supplémentaire] au minimum une demi-heure, parce que l’autre site est au centre-ville, sur le toit de l’établissement. Donc il faut compter que l’hélicoptère se pose, le transfert du patient dans une ambulance, puis l’ambulance qui doit passer dans la circulation du centre-ville de Strasbourg, tourner et aller à l’extérieur, vers l’autre établissement. On estime donc le délai au minimum à une demi-heure, ce qui pose réellement problème dans le cas d’une urgence vitale", déplore Christian Prud’homme au micro de Sud Radio.

"Ça a un impact direct sur les prises en charge"

L’enjeu est d’autant plus important que Hautepierre constitue un site majeur de prise en charge des patients graves. Entre 15% et 20% des missions de Dragon 67 sont effectuées de nuit et, habituellement, environ 80% de son activité hospitalière à Strasbourg concerne Hautepierre.

"Ça a un impact direct sur les prises en charge, donc c’est vraiment quelque chose qui n’est pas anodin. Pour qu’on puisse se permettre de refuser de transporter des patients… Je rappelle que ce sont des patients en urgence vitale, que ce soient des polytraumatisés de la route ou des enfants, parce qu’il y a aussi tout le secteur pédiatrique dans cet établissement. Et ça concerne toute la région Grand Est, puisqu’on est un établissement de recours. Donc c’est vrai que c’est une décision qui a des conséquences", poursuit secrétaire général FO des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (HUS) au micro de Sud Radio.

La préfecture du Bas-Rhin assure porter une "attention particulière" à ces survols et la lutte anti-drones autour de la prison a été renforcée. Une enquête est également en cours sous l’autorité du parquet de Strasbourg. En attendant une solution permettant de sécuriser durablement les trajectoires, l’impératif reste le même : empêcher qu’un trafic destiné à une prison ne fasse perdre de précieuses minutes aux patients les plus gravement atteints.

Retrouvez "Sud Radio vous explique" chaque jour à 7h34 dans le Grand Matin Sud Radio avec Jacques Cardoze

Cliquez ici pour écouter “Sud Radio vous explique”

Toutes les fréquences de Sud Radio sont ici !

L'info en continu
09H
08H
07H
06H
23H
22H
21H
19H
18H
Revenir
au direct

À Suivre
/