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Carburants : pourquoi la France ne baisserait-elle les taxes comme en Allemagne ?

Face à la flambée des prix à la pompe, plusieurs pays européens dont l'Allemagne ont choisi de réduire temporairement les taxes sur les carburants. Une stratégie que refuse pour l’instant la France, en raison de ses contraintes budgétaires. Un choix qui interroge, alors que la pression monte sur le pouvoir d’achat des Français.

Carburants : pourquoi la France ne baisserait-elle les taxes comme en Allemagne ?
Thibaud MORITZ - AFP/Archives

L’Allemagne a tranché : pour soulager immédiatement les automobilistes, le gouvernement va réduire d’environ 17 centimes par litre la taxe sur le diesel et l’essence. Une mesure temporaire, limitée à deux mois, mais à fort impact et qui esseule la France sur la scène européenne.

L’Allemagne met la France sous pression, mais aussi l'Italie et l'Espagne

Le chancelier Friedrich Merz a justifié cette décision par l’urgence de soutenir les ménages et les entreprises, notamment ceux qui dépendent de leur véhicule pour travailler. En parallèle, les employeurs sont encouragés à verser une prime de 1 000 euros à leurs salariés, exonérée d’impôt. Avec un coût estimé à 1,6 milliard d’euros, l’Allemagne rejoint l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Belgique ou encore la Suède sur la liste des pays européens qui ont opté pour une baisse de la fiscalité sur les carburants.

Longtemps, un argument revenait : seuls les États aux finances solides pouvaient se permettre ce geste. Mais cet argument s’effrite. L’Allemagne elle-même affiche désormais un déficit de 120 milliards d’euros. Malgré cela, elle accepte de se priver de recettes fiscales pour soutenir le pouvoir d’achat, mettant la pression sur la France.

La France dos au mur

Car à Paris, le choix est opposé. Le gouvernement refuse une baisse généralisée des taxes, préférant des aides ciblées justifiées par la dette publique, qui dépasse les 3 500 milliards d’euros. À noter que les taxes sur les carburants représentent près de la moitié du prix à la pompe. Les réduire reviendrait donc à renoncer à des dizaines de milliards d’euros de recettes. Un scénario jugé intenable par le gouvernement.

Le discours officiel est notamment qu’une baisse globale profiterait à tous, y compris aux ménages les plus aisés, sans distinction. D’où la volonté de privilégier des dispositifs ciblés pour les secteurs les plus exposés, comme les transporteurs ou les agriculteurs. Ce choix s’inscrit aussi dans une stratégie de long terme. Le gouvernement mise sur la transition énergétique, notamment l’électrification, pour réduire la dépendance au pétrole. Mais cette orientation peine à répondre à l’urgence actuelle.

« On ne peut rien contre cette importation d’inflation »

Sur Sud Radio, l’économiste Jean-Marc Sylvestre explique d’abord que « ce n’est pas une inflation que l’on fabrique nous-mêmes, on l’importe et on ne peut rien contre cette importation d’inflation ».  Autrement dit, la hausse des prix échappe largement aux décisions nationales, limitant la capacité d’action des gouvernements. 

Néanmoins, il appelle à relativiser l’ampleur immédiate de la situation, estimant que « pour l’instant il n’y a pas le feu », même si « la situation est tendue, grave, menaçante. On n’a pas senti une réaction violente des marchés », et les prix du pétrole, bien qu’en hausse, « ne se sont pas non plus enflammés ». Il explique donc que « l’idée des marchés c’est qu’il va y avoir une solution », notamment parce que « la crise rend intelligents les gens qui ont des responsabilités ».

« Le discours officiel tient compte de la réalité »

Sur la réponse à apporter, Jean-Marc Sylvestre reconnaît que « le discours officiel tient compte de la réalité », notamment budgétaire. « On a des contraintes budgétaires qui nous empêchent de faire quelque liberté que ce soit sur les tarifs et notamment sur les taxes, on a absolument besoin du revenu de ces taxes ». Il va même plus loin en estimant que la France est dans une situation parmi « les plus mauvaises de l’Europe ».

La pression des syndicats pour une action fiscale

Du côté des syndicats, Cyril Chabanier, le président de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), estime que l’État doit intervenir rapidement face à la hausse des tarifs. Selon lui, « le prix des carburants est monté de façon très importante et n’a pas des impacts que sur le prix de l’essence », alertant sur une inflation qui touche déjà des secteurs entiers comme les engrais ou les plastiques. Il prévient également que la situation pourrait empirer : « pour le moment, on arrive encore à vivre sur les stocks mais si ça ne se résout pas, le plus dur est à venir ».

Cyril Chabanier exige donc pour une action fiscale de la part de l’État. « La grande partie du prix des carburants est faite de taxes », rappelle-t-il, soulignant qu’à mesure que les prix augmentent, les recettes de l’État progressent mécaniquement. Une situation qu’il juge difficilement acceptable alors que le pouvoir d’achat est sous pression. Il propose ainsi de s’inspirer de l’exemple allemand en suspendant temporairement certaines taxes, ce qui permettrait de réduire considérablement les prix à la pompe. Il évoque également la mise en place d’une taxe sur les « effets d’aubaine », visant les entreprises qui bénéficient de la hausse des prix sans en être à l’origine, une mesure déjà adoptée par plusieurs pays européens.

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