Le scandale du périscolaire n'en finit pas de secouer la ville de Paris. Un des animateurs a été jugé ce mardi pour agressions sexuelles sur des élèves d'une maternelle parisienne.
Delphine Burkli, maire du 9ème arrondissement de Paris, avait été l'une des premières à alerter sur la situation dès 2013. Elle témoigne et égratigne l'ancienne maire de Paris, Anne Hidalgo, et son ancien premier adjoint qui lui a succédé, Emmanuel Grégoire, en exclusivité au micro de Sud Radio. Morceaux choisis.
"Le nouveau maire de Paris corrige les fautes originelles d'un système"
Delphine Burkli :"Le périscolaire, c'est ce temps de la cantine, c'est l'interclasse entre 11h30 et 13h30. À Paris, c'est entre 16h30 et 18h. Paris a fait le choix, contrairement à la grande des collectivités françaises, de mettre le temps scolaire et périscolaire à 4 jours et demi. C'est-à-dire que les petits parisiens vont à l'école le lundi, le mardi, le mercredi matin ils ont l'apprentissage des fondamentaux. Puis le mercredi après-midi ils ont périscolaire, et école le jeudi et vendredi"
"Il y a eu des dysfonctionnements très graves"
"Le nouveau maire de Paris (Emmanuel Grégoire) colmate les brèches et corrige les fautes originelles d'un système, d'une organisation qui a été soutenue par lui, qui a été voulue par la gauche, qui a accompagné la loi Peillon-Hamon, qui a été abrogée d'ailleurs en 2017 avec Jean-Michel Blanquer, et qui a provoqué la porte à des dysfonctionnements très graves. Cela a ouvert la porte à des dysfonctionnements très graves. Parce qu'à partir du moment où le temps scolaire est réduit, il faut occuper les enfants"
Pour Madame Hidalgo, c'est un totem"
"Début 2014, Madame Hidalgo arrive, c'est un totem pour elle. Elle devient maire de Paris en avril 2014. Moi je sens bien, pendant la campagne municipale en 2014, le malaise qui grandit aussi dans l'école publique des directeurs qui se retrouvent dépossédés. Ils ne s'occupent plus du temps de cantine, ils n'ont plus le droit de recadrer. Les parents qui nous écoutent déposent à 8h20 leur enfant dans une institution et récupèrent l'enfant, soit à 16h30, soit à 18h. Ils ne savent pas, ils pensent que l'enfant est protégé. Il y a aussi des adultes, des animateurs, des associations qui, avec cette réforme, sont arrivées en masse à l'école"
"Un recrutement pas à la hauteur des enjeux"
"Aujourd'hui, à l'heure où je vous parle, 626 écoles, 3800 animateurs titulaires et 14 000 vacataires. Des jobs d'appoint, des jobs au rabais, avec un recrutement qui malheureusement n'est pas à la hauteur des enjeux. On leur confie ce que nous avons de plus précieux, nos enfants. Monsieur Grégoire essaye de colmater les brèches et de corriger les fautes originelles. Mais rien n'a changé sur le recrutement !"
"J'ai écrit une lettre à Mme Hidalgo en 2014 et je n'ai jamais eu de réponse"
"Les causes profondes de ce que nous vivons aujourd'hui ne sont pas à chercher seulement du côté de la déviance de tel ou tel animateur ou vacataire. Là on tomberait dans les faits divers les plus abominables. Mais les causes profondes, c'est un dysfonctionnement des défaillances qui ont été mises en place dès 2013, dès 2014. En 2014 j'ai écrit une lettre à Mme Hidalgo et je n'ai jamais eu de réponse"
"Il y a un vrai malaise aussi dans le secteur de l'animation"
"J'ai interrogé Mme Hidalgo sur ce qui se passait dans les écoles. Et je lui ai demandé de répondre à un certain nombre de questions de fond qui étaient soulevées lors de mes échanges avec le personnel éducatif, avec les animateurs eux-mêmes, parce que les personnels n'ont pas cessé de faire grève toutes ces dernières années. Il y a un vrai malaise aussi dans le secteur de l'animation. Et je lui disais : faut-il revoir les modalités d'encadrement des animateurs et donc leur contrôle dans le temps ? Est-il envisageable de soumettre les candidats à un test psychologique préalable à leur recrutement ? Pourrait-on mettre en place un outil informatique permettant un suivi individualisé de chaque enfant sur le temps périscolaire"
"Comment protéger les enfants des prédateurs sexuels ?"
"Parce qu'il y avait une promesse de qualité. Alors là, on n'est même plus à une promesse de qualité. Là, on est à la sécurité. Comment on protège les enfants des prédateurs sexuels ? C'est ça la réponse. Et comment on restaure la confiance des parents qui, chaque matin, confient leur enfant à l'institution"
"Etre animateur, ce n'est pas un job d'appoint !"
"Dans un dernière intervention, Anne Hidalgo a parlé de ma "folle obsession" sur le sujet. Je suis arrivée en 2014, mais j'assume d'avoir pointé de façon obsessionnelle sur cette question du recrutement. La manière dont les recrutements avaient été mis en place pour les animateurs et vacataires n'est absolument pas au niveau. Ce n'est pas un job d'appoint. C'est un job qui doit encadrer et proposer des activités de qualité à des enfants. Mais est-ce que vous savez comment demain, vous et moi, on peut être employés par la ville de Paris ? Puisqu'il n'y a pas de conditions de diplôme. Est-ce que nous sommes aptes ? Est-ce que nous avons des projets pédagogiques ?"