Sur le terrain, les difficultés ne concernent pas uniquement la lutte contre le feu. Les représentants des sapeurs-pompiers dénoncent désormais de graves insuffisances logistiques et affirment que les secours doivent largement compter sur la solidarité de la population pour poursuivre leur mission.
"S'il n'y avait pas le soutien de la population, on serait alimentés que des barres de céréales et des paquets de chips"
Près d'une semaine après le déclenchement de l'incendie qui ravage la Gironde, le bilan reste exceptionnel. Les flammes ont déjà parcouru environ 42.000 hectares de forêt, entraîné l'évacuation de quelque 220.000 personnes et blessé 84 sapeurs-pompiers. Quatre décès sont également à déplorer. Si les autorités estiment désormais la situation stabilisée grâce à une météo plus favorable et à l'action de plusieurs milliers de soldats du feu, le sinistre est loin d'être totalement maîtrisé. Les équipes poursuivent les opérations de noyage, consolident les pare-feux et surveillent en permanence les nombreux points chauds susceptibles de repartir à la faveur du vent ou du retour des fortes chaleurs annoncé dans les prochains jours.
Mais au-delà du combat contre les flammes, c'est désormais l'organisation des secours qui suscite de vives critiques. Au micro de Sud Radio, Rémy Chabbouh, porte-parole de l'intersyndicale des pompiers, affirme que les difficultés rencontrées sur le terrain sont bien plus importantes que ce qui est présenté officiellement. "On manque de tout, c'est la réalité. C'est ce qui est surprenant par rapport à ce qui est annoncé de partout. C'est ce qui nous surprend - c'est qu'il y a soit un déni, soit un mensonge. Mais, en tout cas, nos collègues, s'il n'y avait pas le soutien de la population pour les alimenter en eau, en nourriture… on serait alimentés que des barres de céréales et des paquets de chips. Donc, voilà, je suis désolé d'entrer dans ces détails-là, c'est grotesque, mais c'est la réalité. La population, même des artisans qui amènent du pain, des pizzas… voilà, c'est ce qui se passe. La réalité, c'est ça", témoigne Rémy Chabbouh à l'antenne de Sud Radio.
Des problèmes d'approvisionnement des pompiers mis au jour
Selon Rémy Chabbouh, la mobilisation spontanée des habitants, des commerçants et des agriculteurs est devenue indispensable au bon déroulement des opérations. Depuis le début de la crise, de nombreux riverains distribuent de l'eau, des repas, du pain ou encore des pizzas aux équipes engagées sur le terrain. Les exploitants agricoles mettent également à disposition leurs engins, leurs réserves d'eau ou leurs connaissances du terrain afin d'aider les secours à ralentir la progression des flammes. Cette solidarité, largement saluée par les pompiers, met toutefois en lumière des difficultés d'approvisionnement qui interrogent sur la capacité des services de secours à faire face à des incendies d'une telle ampleur.
Pour Rémy Chabbouh, cette organisation improvisée ne doit pas devenir la norme. "Et puis, alors rajoutez à ça l'aide des agriculteurs, de la population. Il faut que ça soit une mise en garde, ce qui est en train de se passer. Lorsque la population et les gens s'organisent seuls sans l'État, c'est qu'ils n'y croient plus. Ils ne croient plus en l'État. Si ce n'est pas un signe d'impréparation de nos autorités quant à la situation que nous vivons partout sur le territoire national… Puisqu'on parle de Bordeaux, mais c'est partout. Il y a une vingtaine de feux majeurs actuellement sur l'ensemble du territoire national, c'est pas rien. Ça va de la Corse jusqu'au 91", témoigne-t-il au micro de Sud Radio.
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