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Bernard Cohen-Hadad : « Les commerçants et les indépendants sont devenus les nouveaux pauvres »

INTERVIEW SUD RADIO - Alors que les mobilisations des Gilets jaunes se poursuivent et que les commerces subissent de lourdes dégradations, Bernard Cohen-Hadad, président de la CPME Paris et du think tank Étienne Marcel, alerte sur Sud Radio sur la situation particulièrement préoccupante des commerçants, artisans et indépendants.

Vous réclamez la mise en place urgente de dispositifs de soutien financier aux commerçants. Quelle est aujourd'hui la gravité de la situation ?

« Pour les commerçants, c'est plutôt la dépression ! »

Bernard Cohen-Hadad : Pour les commerçants, c'est plutôt la dépression ! Nous sommes complètement désœuvrés, démotivés et inquiets. L'inquiétude est particulièrement lourde à quelques semaines des fêtes de fin d'année.

Pour de nombreux métiers, notamment les métiers de bouche, les fleuristes, les chocolatiers, la décoration, l'aménagement de la maison et l'habillement, cette période est essentielle. C'est normalement un moment festif et une période déterminante pour leur activité. Or, aujourd'hui, l'horizon est sombre. Cela se joue maintenant.

Quel est le coût économique des destructions et des dégradations subies par les commerces ?

Il est encore difficile de mesurer précisément les dégâts, car le recensement est toujours en cours, notamment auprès des assureurs. Beaucoup de commerçants n'ont pas encore été indemnisés, même si les expertises ont été réalisées.

« Nous sommes complètement désœuvrés, démotivés et inquiets. »

Les chiffres sont déjà très préoccupants : près de 3 000 commerces ont été touchés et, à Paris, environ 500 boutiques et commerces ont été saccagés lors de la journée du 17 octobre. Certains établissements enregistrent jusqu'à 80 % de perte de chiffre d'affaires sur ces périodes.

Comprenez-vous les revendications des Gilets jaunes, notamment sur le pouvoir d'achat ?

Bien sûr. Nous faisons une distinction fondamentale entre la liberté de manifester, à laquelle nous sommes attachés, et ceux qui passent leur temps à détruire, piller et casser. Nous sommes des démocrates et des républicains.

En revanche, je ne peux pas accepter que certains justifient les destructions de commerces au nom de revendications sociales. Mettre des familles en difficulté financière, fragiliser leurs salariés et compromettre parfois une année entière de travail n'est pas une façon de faire avancer les choses.

Vous estimez même que les commerçants et les indépendants sont devenus les nouveaux pauvres. Pourquoi ?

« Mettre des familles en danger ne fait pas avancer les revendications. »

Parce que lorsqu'on est indépendant, commerçant ou artisan et que votre boutique est détruite ou votre commerce pillé, vous n'avez finalement pas droit à grand-chose. Vous n'avez notamment pas accès à France Travail dans les mêmes conditions que les salariés.

Nous avons le sentiment que les commerçants, les indépendants, les professions libérales et les artisans sont devenus les nouveaux pauvres.

Quelles sont les conséquences de cette situation pour les salariés des petites entreprises ?

L'ensemble de l'activité est impacté. Le gouvernement a mis en place le chômage partiel, ce qui constitue une bonne nouvelle, mais cela ne règle pas tout. Être commerçant ou indépendant, c'est avoir envie de travailler, de développer son projet entrepreneurial, de se battre pour ses collaborateurs et ses salariés.

Ces derniers sont souvent des personnes avec lesquelles on passe davantage de temps qu'avec sa propre famille. C'est aussi défendre une qualité de service et des produits auxquels les consommateurs sont attachés.

Au-delà des destructions, la conjoncture économique est-elle particulièrement anxiogène pour les entreprises ?

Oui. Nous sommes passés des interrogations sur la sécurité, l'immigration et le pouvoir d'achat à une véritable question sociale. Celle-ci est aujourd'hui au cœur des préoccupations. Les entrepreneurs vivent également cette situation.

Nous devons nous interroger sur la manière dont le travail peut mieux rémunérer les salariés et permettre un meilleur partage de la valeur. Mais ce que nous ne pouvons pas accepter, c'est d'être considérés comme des nantis. Les commerçants, les artisans et les indépendants ne sont pas des privilégiés.

« Hausser le SMIC de 100 euros, c'est 250 euros pour l'employeur »

Une hausse du SMIC de 100 à 150 euros est évoquée. Les petites entreprises peuvent-elles l'assumer ?

Il faut regarder les conséquences concrètes pour les entreprises. Une augmentation du SMIC de 100 à 150 euros représente un coût supplémentaire d'environ 190 à 250 euros par salarié pour l'employeur.

Pour une petite entreprise de cinq salariés, cela peut représenter environ 5 000 euros supplémentaires par an. Si, dans le même temps, les allègements de charges sont gelés et que les entreprises ne bénéficient pas d'une simplification administrative ni de marges supplémentaires, cela devient très difficilement supportable. C'est la mort annoncée de certaines petites entreprises.

Quelles mesures proposez-vous pour relancer l'investissement et soutenir les PME ?

Il faut avant tout stabiliser les dispositifs favorables à l'investissement et permettre aux entreprises d'accéder plus facilement au crédit. Aujourd'hui, dans ce contexte anxiogène, les banques ont tendance à fermer le robinet des financements. Il faut redonner aux entreprises la capacité de se développer, leur offrir davantage de liberté pour investir et réduire la taxation qui pèse sur leurs investissements.

L'instabilité fiscale et réglementaire constitue-t-elle également un frein majeur ?

Absolument. Un dirigeant de PME ne peut pas repousser un investissement de trois mois parce qu'un arbitrage budgétaire est en discussion. L'instabilité permanente des règles est aujourd'hui un véritable casus belli. Nous faisons face à des impôts et des taxations supplémentaires, qui représentent près de 11,5 milliards d'euros pour les entreprises.

Dans le même temps, nous comptabilisons plus de 7 766 défaillances d'entreprises sur les douze derniers mois. On ne peut pas dire que l'avenir soit particulièrement ensoleillé pour les entreprises de proximité.

Qu'attendez-vous de la conférence sociale organisée par le Premier ministre ?

« 82 % des chefs d'entreprise pensent qu'ils ne termineront pas les douze prochains mois »

Nous attendons avant tout un déblocage de la situation et la possibilité de nous réunir enfin autour d'une table. Je crois beaucoup au dialogue social et au dialogue paritaire dans l'entreprise.

Il faut pouvoir parler de la qualité de vie et des conditions de travail, mais aussi retrouver une véritable capacité à dialoguer. Nous ne pouvons pas rester chacun de notre côté du Rubicon. La situation n'est plus supportable et elle est extrêmement anxiogène : 82 % des chefs d'entreprise pensent qu'ils ne termineront pas les douze prochains mois.

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