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Alain Finkielkraut : « Je n'ai pas honte d’Israël mais j'ai honte de cet Israël-là ! »

INTERVIEW EXCLU SUD RADIO - Invité exceptionnel ce dimanche du Choc des idées à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage Le coeur lourd, Alain Finkielkraut a balayé l’actualité nationale et internationale. Israël, guerre au Moyen-Orient, montée de l’antisémitisme, Présidentielle 2027, LFI et RN : fidèle à son habitude, le philosophe-essayiste a livré des avis très tranchés.

Alain Finkielkraut
Alain Finkielkraut (AFP)

« Le mot des génocides est obscène »

« Le 7-octobre a été un événement traumatisant et on ne mesure pas à quel point, c’est un immense pogrom : des femmes violées, éventrées, 1200 morts et les miliciens accueillis en héros lors de leur retour à Gaza. (…) Le génocide à Gaza a été dénoncé avant même que l'armée de l'air israélienne n’intervienne. Le mot des génocides est obscène : 70 000 morts, c'est beaucoup mais 22 000 combattants quand même parmi ces morts - et surtout c'est 3% de la population palestinienne - quel rapport avec le génocide arménien ou le génocide juif ou le génocide des Tutsis 800 000 en quelques semaines ? »

« Ni coupable, ni comptable de ce que font les colons israéliens »

« Je ne me sens pas coupable, ni même comptable de ce que font ces colons, ni des propos effrayants des répugnants fanatiques que sont Smotrich (ndlr, le ministre des finances d’extrême droite) et Ben-Gvir (ndlr, ministre de la sécurité intérieure d’extrême droite) mais je suis concerné, je suis compromis, je suis sali, j'ai honte. Je n'ai pas honte d'Israël, pays que j'aime mais j'ai honte de cet Israël-là, parce qu’Israël, aujourd’hui, est divisée entre les héritiers d'Yitzhak Rabin et les disciples affichés de son assassin. Moi j'ai choisi mon Israël donc je me bats constamment sur deux fronts, c'est épuisant mais c'est nécessaire. »

« La haine des juifs a changé de camp »

« L'antisionisme est le prête-nom de la haine des juifs, premier constat. Deuxième constat, la haine des juifs a changé de camp, elle est passée de l'extrême droite où elle existe encore - mais pour le coup de manière résiduelle - à l'extrême gauche. Et c'est une haine bouffie de bonne conscience parce qu'elle n'est pas fondée sur la négation de la Shoah, elle s'adosse à la Shoah pour dire aux juifs, aux Israéliens et à tous leurs soutiens sionistes : vous faites sur les Palestiniens ce que vos aïeux ont eu à subir de la part d'Adolf Hitler. (…) Elle a dans la France d’aujourd'hui un caractère clientéliste, c'est le choix assumé de la France insoumise. »

« La France va être à feu et à sang si Bardella gagne la Présidentielle »

« Nous vivons dans un climat de quasi-guerre civile et c'est très inquiétant. Le fascisme est un ennemi imaginaire depuis longtemps. En revanche, ce qui nous menace aujourd'hui et qui nous menacera de plus en plus, c'est un antifascisme à front de taureau. Cet antifascisme va se déchaîner. Imaginez ce qui va se passer si le deuxième tour de l’élection présidentielle se résume en un face à face entre Mélenchon et Bardella. Imaginez ce qui va se passer après la victoire - que je ne souhaite pas - de Jordan Bardella : la France va être à feu et à sang. »

« Je suis très inquiet par ce climat qu'entretient la France insoumise »

« Je suis très inquiet par ce climat qu'entretient la France insoumise. On l'a vu avec l'épisode autour de la mort de Quentin Deranque : soutien à la Jeune garde et dénonciation d'un néo-nazi. ‘’Donc c'était bien fait pour lui’’. ‘’Si un nazi est assassiné, ça débarrasse la terre d'un monstre donc on ne va pas se formaliser pour si peu’’. On en est là. Si vous voulez l’antifascisme, il arrache à la communauté humaine les gens qu'il vise. ‘’Vous ne faites pas partie de l'humanité si vous êtes fasciste ou a fortiori nazi’’, voilà ce que nous vivons aujourd'hui : un antisémitisme de plus en plus violent et de plus en plus fou. »

« Un changement de régime en Iran ? Je suis dubitatif et sceptique »

« Cette guerre, elle fait peur à tout le monde. Je continue à espérer qu'elle aboutira à un changement de régime, mais je suis dubitatif, je suis sceptique. Ce régime a encore de la force et surtout il fait terriblement peur au peuple. Peut-être s'oriente-t-on vers une paix bancale, renonciation éventuelle au programme nucléaire, au programme balistique, etc. Mais le régime des Mollah, indécrottable. Ce serait terrible parce que toute notre pensée doit aller, aujourd'hui, au peuple iranien. »

« Un chef d'état-major israélien m’a dit : ‘’Des juifs pogromistes ! Comment peut-on supporter ça ?!’’ »

« Ce qui se passe tous les jours en Cisjordanie, ce sont des exactions qui n’ont aucune justification morale, a dit et dénoncé le chef d'état-major israélien et que d'anciens haut-gradés de Tsahal, du Mossad, du Shin Bet dénoncent comme des pogroms (…) Il y a donc des actes qu'on peut qualifier de pogroms qui sont perpétrés en ce moment en Cisjordanie par des Israéliens juifs sur des arabes (question du journaliste Jean-Marie Bordry) ? Absolument mais ce n'est pas moi qui le dis. J'ai rencontré l'année dernière en Israël, Yair Golan, ancien chef d'état-major adjoint qui s'est comporté comme un héros le 7 octobre parce qu'il est descendu en voiture dans le sud, il a sauvé des gens. Il dirige le parti démocrate qui est un parti de gauche et c'est lui qui m'a parlé de pogroms et qui m'a dit : ‘’des juifs pogromistes ! Comment peut-on supporter ça ?!’’ »

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