Près d'un mois après le meutre de Lyhanna qui a ému et choqué toute la France, et les nombreux dysfonctionnements judiciaires qui sont apparu au grand jour dans cette affaire, à commencer par la plainte restée sans suite de Rosa, abusée et violentée sexuellement par le suspect n°1, Jérôme Barella, la maman de la jeune fille sort de silence.
« Ma fille essaye de reprendre une vie normale »
« J'essaie de survivre, j'essaie d'avancer mais c'est très compliqué, raconte-t-elle au micro de Sud Radio. J'ai toujours des culpabilités vis-à-vis de ma fille, vis-à-vis de Lyhanna, que je n'en ai pas fait assez. Ma fille, elle, essaie de reprendre une vie à peu près normale. Il y a des nuits où on ne dort pas. Ce n'est pas toujours facile. C'est dur à supporter pour un enfant de 12 ans. »
En août dernier, la plainte déposée n'a pas été traitée comme prioritaire, en raison d’une série de défaillances graves du parquet d’Auch et de la gendarmerie de Condom, désormais officiellement reconnues par l’IGJ et l’IGGN. Un fiasco total qui aurait pu permettre d'entendre Jérôme Barella et à la justice française d'agir, avant que Lyhanna ne finisse entre les griffes de ce meurtrier et prédateur sexuel.
« Je n'ai pas réussi à protéger ma fille.. je dois vivre avec cette culpabilité »
« Il faut être jugé, il faut être puni, s'emporte-t-elle. Il faut que le peuple français se réveille et qu'on protège nos enfants. Moi, je n'ai pas réussi à me protéger ma fille. Il faut que je vive avec cette culpabilité. Tout ce que je fais aujourd'hui, je le fais pour tous les autres enfants, pour qu'ils ne subissent pas la même chose. Cet abandon, ce sentiment d'être seul au monde, de ne pas être écouté, de ne pas être entendu. Aujourd'hui, on peut faire bouger les choses. Il faut qu'on fasse bouger les choses pour nos enfants, pour nos petits-enfants. »
« On ne pas vivre avec une personne pendant 14 ans ou 12 ans sans le connaître »
Mais finalement, le plus grand sentiment de colère qui l'anime actuellement, c'est envers la femme de Jérôme Barella, qui a fini par déposer plainte pour viol et violences conjuguales contre son mari. « Je lui en veux à la femme de Jérôme Barella, insiste-t-elle. Je lui en veux qu'elle n'ait pas fait les choses, qu'elle n'ait pas avancé, qu'elle n'ait pas dit les choses, qu'elle ne soit pas allée chercher des aides. Elle aurait pu avoir des mains qui se tendent vers elle, pour qu'on n'arrive pas jusqu'à la mort de Lyhanna... On ne pas vivre avec une personne pendant 14 ans ou 12 ans sans le connaître. Toutes les femmes connaissent leur mari, son comportement, ses actes, ses gestes. Moi, en tant que maman, je n'aurais pas pu tolérer ça... »
« Il faut que la loi change, il faut protéger nos enfants »
La mère de Rosa - qui a aussi engagé une plainte contre l’État - devait être reçue par le Premier ministre Sébastien Lecornu ce 3 juillet 2026 pour évoquer les défaillances dans la gestion du dossier de sa fille. Si cette rencontre a été annulée et reportée sine die par Matignon, elle sait précisément sur qu'elle lui dira le moment venu : « D'abord, je lui poserai la question pour m'expliquer comment et pourquoi ? Qu'est-ce qui s'est vraiment passé ? Pourquoi mon dossier a été perdu ? Comment c'est possible dans un pays aussi grand ? Il faut que la loi change. Il faut protéger nos enfants. »
Me Debuisson : « Un sentiment d'abandon et une gifle au visage de la victime »
« Il n'y a pas vraiment d'explication claire qui nous a été donnée, simplement le constat d'une grande déception pour la maman de Rosa qui avait vraiment besoin d'une explication, d'une rencontre avec Monsieur Lecornu, Premier ministre, pour tenter de comprendre comment ce drame a pu intervenir, poursuit Maître Debuisson, qui annonce par ailleurs porter plainte contre les gendarmes et magistrats qui ont traité la plainte de sa cliente pour ''mise en danger de la vie d’autrui''. Il y avait aussi une symbolique à travers le fait de rencontrer à Matignon la maman de Rosa, une dimension affective qu'on pouvait porter au bénéfice du gouvernement et qui a été totalement bafouée par le Premier ministre. Donc c'est extrêmement décevant, c'est un sentiment de rejet, d'abandon encore plus fort, et c'est même une gifle au visage de la victime que j'assiste aujourd'hui, et donc c'est vraiment une attitude déplorable. »
« Une hypocrisie de la part des hommes et femmes politiques »
Avant de conclure : « On ne peut que constater qu'il y a une dichotomie, un fossé énorme entre les belles paroles de tous ces hommes politiques qui nous disent qu'ils ont bien compris la leçon, qu'ils vont tout faire pour faire changer les choses, et en réalité une absence totale d'intervention auprès des victimes. Il faut dénoncer cette dichotomie avec force. Moi, je le dis à titre personnel, en tant que citoyen, je trouve que cette hypocrisie de plus en plus forte que les Français d'ailleurs ressentent de la part de ces hommes et ces femmes politiques devient absolument insupportable, et elle doit cesser au plus vite. »