Manger bio coûterait-il artificiellement plus cher ? Dans une étude publiée mercredi 27 mai, l’UFC-Que Choisir pointe du doigt les pratiques tarifaires de la grande distribution sur les fruits et légumes issus de l’agriculture biologique. Selon l’association de consommateurs, les enseignes appliqueraient des marges largement supérieures sur les produits bio par rapport aux produits conventionnels.
D’après les chiffres avancés, les marges brutes atteindraient en moyenne 81 % sur les fruits et légumes bio, contre 36 % pour les produits non bio. Une différence que l’association qualifie d'injustifiable. Elle dénonce notamment une politique de surmarge irresponsable.
Une "double peine" pour les consommateurs
Pour l’association, cette stratégie commerciale repose sur un mécanisme de péréquation des marges. En clair, les enseignes réduiraient leurs marges sur les produits ultra-transformés ou très sucrés afin d’attirer les consommateurs, tout en augmentant fortement celles appliquées aux produits jugés meilleurs pour la santé.
"Les colas, les produits ultra-transformés ou les céréales très sucrées sont rendus beaucoup moins chers parce que la grande distribution se rattrape sur les produits les plus sains", affirme Olivier Andrault, chargé de mission alimentation chez UFC Que Choisir au micro de notre journaliste Mathéo Lamblot.
❌Malgré le Nutri-Score, certains produits qu’on croit sains sont ultra-transformés
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Les fruits et légumes bio seraient particulièrement concernés. L’UFC-Que Choisir estime qu’un ménage dépense en moyenne 460 euros par an pour des fruits et légumes conventionnels. Sur cette somme, 207 euros correspondraient à la marge brute de la grande distribution. Mais pour un panier composé uniquement de fruits et légumes bio, la facture grimperait à 732 euros annuels. Et selon l’association, 362 euros iraient directement dans les marges des distributeurs.
"C’est double peine pour les fruits et légumes bio, qui margent plus déjà parce que ce sont des fruits et légumes, et qui margent encore plus parce que c’est du bio", dénonce le représentant de l’association.
"Produire bio, ça coûte plus cher"
L’UFC-Que Choisir reconnaît toutefois qu’une partie du surcoût du bio reste logique. Produire sans pesticides de synthèse ni engrais chimiques implique des rendements plus faibles et davantage de contraintes pour les agriculteurs : "Produire bio, ça coûte plus cher, parce que les rendements sont moindres", reconnaît Olivier Andrault.
La grande distribution met régulièrement en avant un certain nombre d'éléments pour justifier ses tarifs. Les enseignes expliquent notamment que le marché du bio reste plus coûteux à gérer, avec des volumes plus faibles, une logistique plus complexe et davantage de pertes liées à la fraîcheur des produits. Elles soulignent également que les prix d’achat auprès des producteurs bio sont eux-mêmes plus élevés, en raison des contraintes de production.
Mais selon l’association, cela ne suffit pas à expliquer de tels écarts de prix en magasin. Elle reproche aux enseignes d’entretenir artificiellement des prix élevés sur le bio, freinant ainsi l’accès à une alimentation plus saine.
🗣️@CelineImart (LR) : "La grande distribution, ce ne sont pas des anges ! Ils échappent à la loi française et se présentent comme les défenseurs des consommateurs !" #GrandMatin
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"La grande distribution doit modifier sa politique de tarification"
Face à cette situation, l’association demande à la grande distribution de revoir sa politique tarifaire afin de rendre les produits bio plus accessibles aux consommateurs. "Si elle tient réellement à participer à la santé des consommateurs, la grande distribution doit modifier sa politique de tarification", estime Olivier Andrault.
L’UFC-Que Choisir réclame également davantage de transparence sur la construction des prix. Elle souhaite que l’Observatoire de la formation des prix et des marges publie le niveau de marge réalisé enseigne par enseigne sur les produits issus de l’agriculture biologique. "Nous voulons savoir qui marge combien sur chaque produit", insiste l’association.
Dans un contexte où le marché du bio traverse une crise de consommation depuis plusieurs années, cette étude relance le débat sur l’accessibilité financière d’une alimentation jugée meilleure pour la santé et l’environnement.
Pour en savoir davantage sur les enjeux liés à notre alimentation de demain, vous pouvez retrouver la table ronde dédiée au sujet à l'occasion du printemps de la planète.