Dixième du dernier Tour de France, Jordan Jegat veut, malgré une préparation tronquée, revivre les mêmes émotions en juillet prochain, en attaquant toujours, parce qu'il aime ça et que "le vélo c'est dur mais beaucoup moins que travailler aux surgelés à l'usine".
Avec sa fraîcheur et son tempérament offensif, le grimpeur de TotalEnergies, à l'itinéraire atypique, a été l'une des révélations de la dernière Grande Boucle aux côtés de son grand pote Kevin Vauquelin (7e) avec lequel il s'entraîne régulièrement à Nice où il réside.
"Le Tour 2025, c'est beaucoup de souvenirs, des bons et des mauvais car il y a eu des jours de souffrance aussi", explique le Breton de 26 ans dans un entretien à l'AFP à Calpe, où il est actuellement en stage.
"Sur une étape, je suis lâché dans les descentes parce que j'ai eu une frayeur et qu'ensuite j'ai peur. C'est dur aussi quand j'arrive au pied du col de la Loze, que je suis déjà mort et que je vois qu'il reste 25 km de montée. Mais dans l'ensemble, c'était incroyable. Tu vois la fierté dans les yeux des proches, de la famille. C'est aussi pour ça qu'on fait ce métier."
Evidemment, il aimerait revivre ces frissons et a fait du Tour "clairement l'objectif principal" de sa saison, même si une grippe et une douleur à un genou l'ont mis à l'arrêt cet hiver et vont retarder sa reprise.
Prévu au Tour d'Oman en février, il fera l'impasse mais espère être au départ de Paris-Nice le 8 mars.
- "Me rapprocher du Top 5" -
Sur le Tour, il visera d'abord "une victoire d'étape". "Après, j'ai déjà fait le Top 10, donc ça serait un peu bête de dire que je ne vais pas faire le général. Forcément, tout le monde s'attend à ce que je le refasse, et moi également."
Un podium sur les Champs-Elysées, il ne "pense pas en avoir les capacités". "Il faut être lucide. La marche est énorme. On a deux monstres devant avec Pogacar et Vingegaard. Derrière, deux ou trois mecs se sont rapprochés comme Lipowitz ou Onley. J'espère un jour pouvoir me battre avec eux. Mon objectif, c'est de me rapprocher du Top 5 dans les années à venir".
Car Jordan Jegat se projette à long terme dans un sport gagné par le jeunisme.
"J'ai 26 ans et je ne me sens pas vieux du tout. Mais forcément, quand je vois Paul Seixas qui vient, comme moi, de faire ses premiers Championnats du monde alors qu'il n'a que 19 ans, c'est très différent."
Lui, à cet âge, ne pensait "même pas passer pro", travaillait "à l'usine" et voyait le vélo "d'abord comme un loisir".
"Avec mes parents, la mentalité était: si tu veux quelque chose, il faut bosser pour l'avoir. Je viens d'une famille d'ouvriers. Donc j'ai beaucoup travaillé dans des usines en intérim. J'ai aussi fait un bac pro vente. Il y avait beaucoup de stages dans le secteur agroalimentaire, dans les Intermarché etc. Je bossais quasiment toutes mes vacances scolaires."
Arrive la pandémie du Covid en 2020.
- "Motivé tout le temps" -
"Je ne voulais pas rester à la maison. Mes parents m'ont dit que c'était mieux de bosser. Donc je travaillais à D'Aucy, aux surgelés. Ca forge un mental. Le vélo c'est dur mais beaucoup moins que l'usine."
Travailler lui permet aussi de mettre de l'argent de côté et, BTS en management en poche, il se donne alors un an pour tenter sa chance en mode "ça passe ou ça casse" avec le club de Nantes qui monte en Continentale (3e division) aux côtés de Louis Barré, aujourd'hui chez Visma.
Et ça passe !
"Pour moi, c'est une chance d'avoir connu ça et d'avoir été beaucoup moins sérieux en juniors et en espoirs. Aujourd'hui je préfère largement être cycliste que sortir parce que ça je l'ai déjà fait. Et je suis encore plus reconnaissant de ce que je suis aujourd'hui."
Alors que certains jeunes frôlent déjà le burn out, lui se sent encore "tout frais" et "motivé tout le temps".
"Je pense que j'ai encore beaucoup de marge de progression en ce qui concerne la performance et le professionnalisme. Avec l'équipe, on essaie d'améliorer ma préparation pour que j'optimise tout."
L'année dernière, il s'est, de lui-même, "acheté une tente à hypoxie et un home-trainer".
"D'année en année, j'améliore les choses et j'espère qu'un jour, je serai à 100%."
Par Jacques KLOPP / Calpe (Espagne) (AFP) / © 2026 AFP