Deux mois après l'interruption du concert de la DJ Barbara Butch à Grenoble, une soirée de musique électronique durant laquelle elle devait se produire à Amiens a été annulée après un appel au boycott d'une association pro-palestinienne.
"Les conditions nécessaires à la sécurité et à l'accueil du public ne sont plus réunies", a justifié la salle de concert associative La Lune des Pirates, qui avait programmé trois artistes le 19 septembre, parmi lesquels Barbara Butch, dont les soutiens estiment que les appels au boycott de la part de militants pro-palestiniens sont le faux-nez d'attaques antisémites.
"L'appel au boycott a fonctionné, le concert est annulé", a réagi la section amiénoise de l'association France-Palestine Solidarité (AFPS), criant "victoire" sur Instagram.
Frédéric Fauvet, maire socialiste d'Amiens et président de la métropole amiénoise, a défendu dans une réaction transmise à l'AFP une décision "difficile" qui "relève malheureusement du seul principe de réalité".
"La configuration du lieu ne permettait pas de garantir la sécurité de l'évènement", a ajouté l'édile, disant regretter "que les organisateurs aient été contraints d'en arriver là".
A partir de mercredi après-midi, plusieurs responsables de droite et du centre ont condamné l'annulation de cette soirée.
Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de la lutte contre les discriminations, a dénoncé sur CNews "un acte de lâcheté", "une capitulation de la part de cette salle de concert".
"On ne peut pas, comme ça, déprogrammer une artiste de scène pour une seule raison: elle est juive, et comme elle est juive, elle subit aujourd'hui des appels au boycott", a ajouté la ministre déléguée.
- "Intimidations politiques" -
Cette annulation est "inacceptable", s'est également indigné sur X le président LR de la région Hauts-de-France Xavier Bertrand.
"On ne choisit pas les artistes qui ont le droit de monter sur scène en fonction de leurs opinions, de leur religion ou des combats qu'on leur prête. En France, ce ne sont pas les intimidations politiques qui doivent faire la programmation culturelle", a ajouté M. Bertrand.
"Après Grenoble, Amiens: Barbara Butch encore empêchée de jouer, et l'extrême gauche qui jubile. On ne capitule pas devant la meute du boycott", a réagi, également sur X, le député Rassemblement national Sébastien Chenu, vice-président de l'Assemblée nationale.
Yonathan Arfi, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), a lui aussi condamné sur X une "capitulation" et a appelé l'Etat "à exercer son autorité pour que ce concert puisse se tenir".
La soirée annulée devait intervenir dans le cadre de l'inauguration de la nouvelle salle de La Lune des Pirates, dont la construction a été financée en partie par Amiens Métropole, le département de la Somme et la région Hauts-de-France.
Barbara Butch, militante queer, est la cible d'attaques régulières sur son orientation sexuelle ou son poids depuis qu'elle a été l'un des visages de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Paris en 2024.
Son concert à Grenoble le 18 juillet, cible d'un appel au boycott notamment de la part de l'antenne grenobloise de La France insoumise, avait été interrompu au bout d'une vingtaine de minutes par des "jets de projectiles", selon la mairie de Grenoble qui a annoncé porter plainte.
Les militants reprochaient à la DJ sa participation en 2025 à un événement organisé à la résidence de l'ambassadeur de France en Israël, et d'avoir signé une tribune en faveur de la proposition de loi Yadan, qui visait à "lutter contre les nouvelles formes d'antisémitisme", contestée et retirée depuis.
Dans la foulée, la ministre de la Culture Catherine Pégard avait annoncé fin juillet l'envoi de deux circulaires destinées aux préfets et aux magistrats du siège pour renforcer l'application des sanctions contre le délit d'entrave à l'expression artistique.
Par Caroline Nelly PERROT et Kenan AUGEARD / Lille (AFP) / © 2026 AFP
#BarbaraButch #Concert #Amiens #Boycott #Politics