Le printemps puis l'été 2026 feront date. Et laisseront des cicatrices très profondes dans l'activité du monde agricole et rural, qui n'a pas fini de panser ses plaies après plusieurs ces mois de sécheresse, de canicules et autres épisodes de chaleur extrême. Tout l'été, les images choc se sont multipliés : un maraîcher mosellan contraint de broyer 70 % de ses salades invendables, des troupeaux de brebis, vaches et chèvres contraints de redescendre des hauteurs des Hautes-Pyrénées faute d'herbe, une production laitière en chute libre, des fruits rachitiques,...
Une catastrophe n'arrivant jamais seule, en Gironde, le mégafeu de juillet a ravagé directement 1 600 hectares agricoles et touché indirectement 7 000 hectares supplémentaires, rendant les récoltes impossibles, les parcelles inaccessibles ou les productions invendables. Pour un préjudice total évalué à environ 6 millions d'euros et une centaine d'exploitations affectées.
GPS, carburant, cuivre : tout est bon dans le tracteur
Alors que la ministre de l'Agriculture, de l'Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire de France, Annie Genevard, doit dévoiler ces prochains jours un plan global d'aide et un fonds d'urgence - sans en préciser à ce stade ni le contenu ni le chiffrage - pour ne laisser « aucun agriculteur seul », un autre mal ronge les professionnels : les vols répétés de matériel. Une inquiétude qui s'ajoute à la liste déjà longue des soucis d'un exploitant.
Depuis 2020, des réseaux structurés venus principalement de Lituanie, de Pologne et de Moldavie pillent aussi bien les GPS intégrés aux tracteurs que les pièces en cuivre des moteurs, juqu'au siphonnage du gazole. Un phénomène documenté avec précision par plusieurs enquêtes judiciaires. Sur dix ans, les vols dans les exploitations agricoles ne progressent plus mais restent élevés avec 10 700 faits enregistrés en 2025 contre 12 400 en 2016.
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L'appât du gain
Au fil du temps, c'est la nature du butin qui a le plus changé. Les vols de GPS agricoles, marginaux en 2016 (0,4 % des faits), représentent aujourd'hui plus de 8 % des vols recensés car les boîtiers de guidage par satellite peuvent valoir jusqu'à 20 000 euros ! Les vols de carburant, eux, suivent d'assez près les prix à la pompe : leur part était passée de 12 % à 20 % des vols agricoles entre 2021 et 2022, dans le sillage de l'invasion de l'Ukraine, avant de retomber, en 2025, à peu près à son niveau de 2016. Mais le gazole est de nouveau « tendance » depuis le début du conflit au Moyen-Orient et le blocage du détroit d'Ormuz. Un véritable appât pour les voleurs. Le vol de carburant obéit en effet à une logique simple : celle du prix. Depuis mars, le prix du GNR a grimpé de plus de 60 centimes le litre.
L'isolement, qui faisait jusque-là la tranquillité des exploitants, en fait des cibles potentielles. En décembre, par exemple, une opération de police à Moulins (Allier) a permis de retrouver des tracteurs et du matériel dérobés à des exploitants de Saône-et-Loire et de la Nièvre, pour un dommage estimé à 500 000 euros ! Dans le Tarn, au mois de mars, c'est une cuve de 2 400 litres de GNR qu'Olivier Rabaud, céréalier à Saint-Sulpice-la-Pointe, a retrouvée vidée en une nuit. Fin mai, Julien Roussel, jeune viticulteur installé près de Béziers, a porté plainte à la gendarmerie de Murviel-lès-Béziers : deux de ses tracteurs, délestés de leur batterie et de leur gazole, se sont retrouvés inutilisables du jour au lendemain.

Un préjudice de 5 millions d'euros !
C'est sur le matériel de valeur comme les GPS et engins télescopiques que la justice met le plus régulièrement au jour des filières structurées, loin du vol isolé. Le constat n'est pas neuf. En février 2020 déjà, interpellé à l'Assemblée nationale sur la multiplication des vols dans les fermes, le ministre de l'Intérieur de l'époque, Christophe Castaner, avait mis en avant le démantèlement d'un réseau de ressortissants lituaniens responsable, selon lui, du vol de 700 GPS agricoles pour un préjudice avoisinant 5 millions d'euros.
Le schéma s'est répété depuis, presque à l'identique. En décembre 2025, le parquet de Bordeaux annonçait le démantèlement d'un nouveau réseau : huit ressortissants lituaniens, âgés de 20 à 38 ans, interpellés simultanément dans quatre villes de Lituanie le 26 novembre, au terme d'une enquête d'un an lancée après une vague de 150 vols en Occitanie pour un préjudice proche de 2,5 millions d'euros, avec des circuits d'exportation organisés vers des receleurs installés en Lituanie et aux États-Unis.
🇫🇷 La sécheresse qui frappe la France est qualifiée de « véritable catastrophe »
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🗣️ @smessaertluc :"Il y aura une baisse historique de plus de 35 % du maïs. La réalité, c'est qu'il n'y a plus d'argent et que nos agriculteurs sont en train de décapitaliser" pic.twitter.com/KcwP5VUm5M
Des réseaux issus des pays de l'Est
A chaque fois, le mode opératoire est « particulièrement rodé » avec repérages en amont, effractions nocturnes dans des silos ou champs, matériel dissimulé dans une carrière isolée, des fausses identités et autres fausses plaques pour quitter le territoire français au plus vite, avant de prendre la direction des pays de l'Est. Une criminalité itinérante et transfrontalière rodée et particulièrement bien organisée.
Aujourd'hui, certains gendarmes alertent et redoutent que la menace ne s'aggrave. Interrogé sur le vol d'engins de chantier (un phénomène de même nature qui touche le secteur du BTP), le lieutenant-colonel Pierre Ledroit, du Plateau d'investigation véhicules de la gendarmerie nationale, évoque une demande « très forte » venue des pays d'Europe de l'Est, et aujourd'hui d'Ukraine, susceptible d'alimenter durablement ces trafics. Une inquiétude que des gendarmes ont formulée, selon nos confrères de France Info, en des termes voisins pour le matériel agricole : une éventuelle sortie de guerre en Ukraine, loin de tarir la demande, pourrait au contraire la faire bondir, la reconstruction appelant précisément ce type d'engins.
Une délinquance toujours plus inventive
Promulguée le 19 août dernier, la loi d'urgence agricole comporte un volet destiné à durcir les sanctions contre les vols commis dans les fermes. Matériel électrique, GPS et carburant y sont mentionnés, mais aussi l'outillage, les animaux ou les produits frais, eux aussi prisés par les voleurs et délinquants de tout poil. Reste à voir si ce texte suffira à enrayer une délinquance toujours plus « inventive » et qui ne cesse de se reconstituer aussitôt qu'elle a été démantelée.