"Un caprice de gosse" d'Emmanuel Macron et du prince héritier saoudien, un mégaprojet "inutile et délètère" pour la région parisienne : des dizaines de défenseurs de l'environnement se sont mobilisés dimanche à Cergy contre le projet de parcs d'attractions, dont un sur l'univers manga, dans le Val-d'Oise.
Fin août, le président français Emmanuel Macron et le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed ben Salmane avaient annoncé la construction de trois parcs à thème à Cergy-Pontoise, à 35 kilomètres au nord-ouest de Paris, pour un investissement de 6 milliards d'euros.
Ce projet "est né d'une discussion" entre les deux hommes en décembre 2024 à Riyad, lorsqu'ils ont découvert leur "passion commune" pour les mangas "et notamment Dragon Ball Z", avait expliqué une conseillère du président.
"Je ne vois pas ce que les mangas viennent faire dans l'aménagement du territoire", raille en ce dimanche un militant écologiste, Bernard Lou, qui y voit plutôt "un caprice de gosse".
L'infatigable octogénaire participe à l'animation d'ateliers d'informations sur le mégaprojet pour quelques dizaines de personnes qui, bravant le froid, se sont rassemblées sur le parvis de la gare de Cergy-Préfecture. Et il distille ses conseils de lutte, tirés de l'expérience de militants de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) contre un projet d'aéroport.
L'entrée du parc d'attractions Mirapolis, avec le personne rabelaisien de Gargantua, à Courdimanche, dans le Val-d'Oise, le 11 mai 1987
Patrick HERTZOG - AFP/Archives
Le parc potentiellement dédié à Dragon Ball serait construit sur le site de l'ancien parc Mirapolis dans le Val-d'Oise, fermé il y a 35 ans, avec son énorme Gargantua.
Bernard Lou préside le Collectif pour le Triangle de Gonesse, qui a obtenu en 2019 l'abandon du projet Europacity, un mégacomplexe de commerces et de loisirs dans l'est du département.
"On a un peu l'impression que, vu qu'ils n'ont pas réussi Europacity, ils essaient de mettre un autre projet, un peu de cette nature", estime d'ailleurs Alicia Delvig, cofondatrice du collectif "Mirapolis aux habitants".
Un projet "inutile et délétère pour l'aménagement du territoire", selon la jeune femme de 26 ans qui travaille dans l'immobilier.
"On sort d'un été caniculaire et aujourd'hui on va faire venir des milliers de touristes en plus et artificialiser des terres. C'est complètement anachronique", juge cette ex-directrice de campagne d'une candidate LFI aux dernières municipales.
- "Fourre-tout" -
A même le sol, plusieurs personnes s'affairent à dessiner des pancartes sur lesquelles on peut lire "De la biodiversité, pas de précarité", ou encore "Des agriculteurs, pas des roller coasters (montagnes russes, en anglais, NDLR)".
Des manifestants hostiles au projet de parcs d'attractions dans le Val-d'Oise rassemblés à Cergy-Pontoise, le 8 novembre 2026
Kenzo TRIBOUILLARD - AFP
"Quand on vit aussi près, on s'inquiète de ce qu'ils vont faire", témoigne une habitante de Marines, petite ville du Vexin, venue avec sa fille et son petit-fils.
"Il n'y a eu aucune concertation avec les habitants", dénonce Maxime Tranier, 27 ans, en recherche d'emploi, s'inquiétant notamment pour les transports. "Ca va être hyper galère", prédit-il.
"J'ai vraiment l'impression d'être pris pour un imbécile", ajoute Franck Clavaud, 51 ans, médiateur culturel. Habitant d'un HLM à Courdimanche, à quelques centaines de mètres de la zone à aménager, il craint les nuisances et l'impact environnemental.
"Une fois qu'on a détruit des espaces naturels, on ne peut pas faire marche arrière", prévient-il alors que, sur la place, sont exposées des affiches rappelant les espèces qui vivent dans la zone, comme la mésange bleue ou la grenouille rieuse.
L'inquiétude est d'autant plus palpable chez les opposants au projet que le flou l'entoure.
Un des personnages du manga japonais "Dragon Ball" au centre d'exposition Tokyo Big Sight à Tokyo, le 6 octobre 2024
Philip FONG - AFP/Archives
Si un parc à thème consacré à l'univers de Dragon Ball avait été évoqué par la presse, avant même l'annonce officielle, il a ensuite été question plus généralement des mangas.
"On parle maintenant de +destination intégrée+", annonce au micro Vincent Gayrard, membre des Amis de la terre, et qui, comme le reste de l'assistance, ne comprend pas bien ce que cela signifie.
"C'est un truc fourre-tout, on ne sait pas quoi mettre dedans, mais il faut construire!", dénonce-t-il, déplorant la vision de ceux qui pensent que "la nature a horreur du vide".
Par Kevin TRUBLET / Cergy-Pontoise (France) (AFP) / © 2026 AFP