Deux manifestants, accusés d'avoir frappé des policiers lors de la mobilisation sociale du 31 octobre à Paris, ont porté plainte contre des membres des forces de l'ordre pour violences aggravées et, pour l'un d'entre eux, pour agression sexuelle.
Leurs plaintes ont été présentées mercredi, a appris l'AFP dimanche de sources proches du dossier. Sollicité par l'AFP pour savoir s'il avait ouvert une enquête, le parquet n'a pas répondu dans l'immédiat.
Les deux hommes ont été parallèlement présentés samedi à un magistrat, qui a décidé qu'ils seraient jugés ultérieurement pour violences sur personne dépositaire de l'autorité publique, d'après une autre source proche du dossier.
Il est reproché à l'un des manifestants d'avoir donné un coup de poing au visage d'un policier, a-t-elle ajouté. Ce dernier s'est vu prescrire "trois jours d'incapacité totale de travail (ITT) pour des dents cassées et cinq jours d'ITT psychologique", a précisé à l'AFP la préfecture de police de Paris (PP).
Le second manifestant est soupçonné d'avoir porté des coups de poing à un autre fonctionnaire, sans entraîner d'incapacité de travail, selon ces deux sources. Les deux fonctionnaires ont "déposé plainte", a indiqué la PP.
Les deux manifestants, qui ont été placés sous contrôle judiciaire, démentent catégoriquement les faits reprochés.
L'un des avocats de la défense, John Bingham, a dénoncé auprès de l'AFP une "justice à deux vitesses", avec une présentation "très rapide" des jeunes à un magistrat, quand "on peut s'attendre que les policiers visés par la plainte seront entendus dans bien plus longtemps".
Si des plaintes ont été déposées "pour des faits commis lors de leur interpellation ou de leur garde à vue, une enquête sera ouverte et permettra d'établir les circonstances exactes des faits et de faire toute la lumière sur cette affaire", a assuré la PP.
L'un des deux manifestants, qui affirme avoir eu une ITT de 15 jours, a raconté sa version des faits à l'AFP.
Alors qu'il manifestait lors du troisième samedi de contestation sociale contre la vie chère, Léo (prénom modifié) affirme avoir "eu peur pour (sa) vie" quand il s'est retrouvé encerclé par des effectifs de la BRAV-M (Brigade de répression de l'action violente motorisée). "Je me suis dit : +C'est l'heure de la bavure+."
- "Entièrement nu" -
Léo se souvient d'avoir "été percuté par quelqu'un qui courait dans (sa) direction". Ensuite, "on me dit qu'un policier a eu une dent cassée".
Des manifestants lancent des projectiles en direction des forces de police à Paris, le 31 octobre 2026
Ed JONES - AFP/Archives
Il est interpellé et menotté, un policier lui "saisit les parties génitales" et "serre avec force ses testicules et son pénis" en l'insultant : "T'es ma petite pute", "On va te défoncer", "Tu vas voir, ça va être fun, y a pas de caméra dans la bagnole", selon des éléments de sa plainte dont l'AFP a eu connaissance.
"Aucune palpation de sécurité ne saurait consister à saisir et à serrer avec force les parties génitales d’une personne", accuse la plainte, dénonçant une agression sexuelle par violence et contrainte.
Léo raconte avoir vomi de douleur lors du transport au commissariat, après qu'un policier lui a frappé la tête contre la paroi du véhicule.
Dans ce même fourgon se trouvait le second plaignant.
À leur arrivée au commissariat parisien, les deux hommes sont "balayés au sol", prenant de nombreux coups, affirme Léo. "Il y avait deux caméras remplies de scotch adhésif histoire de ne rien voir."
Le second plaignant décrit un interrogatoire violent "entièrement nu", d'après sa plainte dont l'AFP a eu connaissance.
"T'as mis la patate au collègue ?", lui demande un policier, avant que ce fonctionnaire ne lui "coupe le souffle" par un coup dans le foie. "Respire ou on t'encule", lui a asséné un policier, toujours selon son récit.
Léo bute sur les mots quand il raconte à l'AFP les suites de sa fouille. "J'ai 21 piercings. On me demande de tout enlever, évidemment je suis pas apte, j’ai les mains moites. On me dit que, pour chaque piercing que je n'arrive pas à enlever, c’est une claque. J’ai pris une trentaine de claques, des bousculements, des insultes."
"Je suis terrifiée par le récit glaçant de cette garde à vue", a commenté auprès de l'AFP Alice Becker, son avocate.
Aujourd'hui, Léo "avoue avoir peur" de retourner manifester.
Par Clara WRIGHT / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP
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