En France, chaque année, les désertions augmentent. En 2022, 1 485 soldats ont quitté leur unité de manière illégale, soit une hausse de 56 % par rapport à 2021. Dans un contexte géopolitique tendu où les questions de défense reprennent de l’ampleur avec une armée professionnelle, ces désertions posent un véritable problème au sein de l’état-major français. Pourtant, l’Élysée cherche à sensibiliser sur l’importance de l’armée, notamment avec l’annonce d’Emmanuel Macron, en novembre dernier, d’un service militaire volontaire. Le départ de soldats de leurs postes marque ainsi une forme de dissonance qui fait quelque peu tâche avec l'engagement militaire.
Mais qu’est-ce qui pousse ces hommes et ces femmes à partir, alors qu'en cas de désertion, les militaires risquent jusqu’à trois ans de prison et dix ans en période de guerre ? Dans un documentaire d’Envoyé spécial consacré au sujet, de nombreux soldats interrogés pointent plusieurs carences. Pour beaucoup, c’est avant tout la perte de sens qui explique ces départs. Certains évoquent également des cas de harcèlement ou de violence. La durée des contrats, de cinq à dix ans, est aussi un élément fréquemment cité pour expliquer ces abandons de poste.
L'immaturité de certaines recrues
En mai dernier, un rapport parlementaire tirait la sonnette d’alarme sur la situation. Point central de ces désertions selon les parlementaires : l’immaturité de certaines nouvelles recrues. Chaque année, l’armée attire de nombreux jeunes, parfois sans projet d’avenir clairement établi, qui recherchent avant tout un emploi, un salaire, un tremplin ou une échappatoire. Or, la vie militaire est particulière. Le choc est souvent brutal pour ces jeunes recrues : elle impose une discipline stricte, un cadre rigide et une hiérarchie omniprésente, qui peuvent déstabiliser des profils insuffisamment armés pour ce type de profession.
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Les réseaux sociaux, reflet déformant de la réalité ?
À l’origine de cette dissonance, on peut également noter un imaginaire collectif façonné par les réseaux sociaux, les jeux vidéo ou les films de guerre, qui présentent une image idéalisée du métier de militaire, très éloignée de la réalité. Une fois confrontés à la vérité du terrain, beaucoup préfèrent abandonner.
Mais derrière cette augmentation des désertions se cache un malaise plus profond : celui de l’attractivité et de la fidélisation des militaires français. Dans ce contexte, il est difficile de ne pas se souvenir des propos du Chef d’état-major des armées, évoquant la possibilité d’un choc avec la Russie d’ici trois à cinq ans, et rappelant qu’il fallait être prêt à «perdre nos enfants » dans l’hypothèse d’une guerre future. Mais si les soldats de métier quittent déjà leurs postes, comment motiver le reste de la population civile à rejoindre les rangs de l’armée en cas de conflit ?