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Médicaments anti-obésité : comment la France est passée de la pénurie à la prolifération

Par Hugo Paillart

Analyse Sud Radio - Wegovy, Mounjaro, Ozempic… Explosion des prescriptions, remboursement depuis juin 2026, marché noir et détournements : Sud Radio fait le point sur la prolifération des médicaments anti-obésité.

Surpoids : quand l’apparence devient un obstacle social

En quelques années, les analogues du GLP-1 sont passés du statut de traitement anti-diabète confidentiel à celui de phénomène de société. Wegovy, Mounjaro, Ozempic : ces noms, autrefois réservés aux dossiers médicaux, s'affichent désormais sur les réseaux sociaux, dans les cabinets de médecine générale et jusque dans les débats parlementaires. Une prolifération qui pose autant de questions d'accès aux soins que de santé publique.

Une obésité qui touche près d'un Français sur six

L'obésité concerne aujourd'hui près de 10 millions de personnes en France, un chiffre qui a plus que doublé en trente ans et qui touche environ 17 % de la population. Classée maladie chronique par l'Organisation mondiale de la santé dès 1997, elle a longtemps été prise en charge presque exclusivement par des mesures hygiéno-diététiques, faute de traitement médicamenteux réellement efficace.

L'arrivée des analogues du GLP-1 a changé la donne. Ces molécules, initialement développées pour traiter le diabète de type 2, ralentissent la digestion et augmentent la sensation de satiété. Les études cliniques font état de pertes de poids moyennes de 15 % en un an, un résultat sans précédent pour un traitement médicamenteux.

Le remboursement, tournant de l'année 2026

Longtemps freinée par leur prix — entre 180 et 400 euros par mois en pharmacie — l'adoption de ces traitements a connu une accélération décisive en 2026. Deux arrêtés publiés au Journal officiel le 28 mai ont officialisé leur remboursement par l'Assurance maladie à partir du 15 juin, à hauteur de 65 %, un taux porté à 100 % pour la grande majorité des patients concernés en raison de leur prise en charge en affection longue durée.

Ce remboursement reste toutefois strictement encadré. Seuls deux profils sont éligibles : les personnes présentant un IMC égal ou supérieur à 40 (obésité massive), et celles avec un IMC égal ou supérieur à 35 associé à une comorbidité. Les traitements ne peuvent être prescrits qu'en seconde intention, après l'échec d'une prise en charge nutritionnelle suivie, et nécessitent un justificatif d'accompagnement à la prescription établi par un médecin spécialiste.

Depuis juin 2025 déjà, tout médecin généraliste peut initier et renouveler ces traitements, alors que cette prérogative était auparavant réservée aux endocrinologues — une mesure qui a mécaniquement élargi l'accès à des millions de patients supplémentaires.

Un marché sous tension entre deux géants pharmaceutiques

Cette démocratisation s'accompagne d'une bataille commerciale féroce entre les deux laboratoires qui dominent le marché. Eli Lilly, avec le Mounjaro, revendiquait 68 % de parts de marché en France en janvier 2026, devançant désormais Novo Nordisk et son Wegovy. Le groupe danois, qui avait pourtant mené la course en tête depuis le lancement du Mounjaro fin 2024, a averti que ses ventes pourraient reculer jusqu'à 13 % sur l'année. La prochaine étape de cette course : le passage à la forme orale, un comprimé quotidien sans injection ni contrainte logistique, qui pourrait encore élargir la patientèle.

Détournements, marché noir et pénuries : l'envers du décor

Mais cette prolifération a un coût sanitaire. L'Ozempic, initialement conçu pour les diabétiques, est massivement détourné à des fins de perte de poids purement esthétique, un usage hors indication que l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a explicitement interdit. Ce détournement a des conséquences concrètes : il prive des patients diabétiques de leur traitement et contribue aux tensions d'approvisionnement observées ces dernières années.

Face à l'engouement mondial, un marché noir s'est également développé, alimenté notamment par des génériques produits en Inde et par des ventes en ligne sans ordonnance, exposant les acheteurs à des risques de contrefaçon. La Commission européenne a annoncé dès février 2026 un plan d'action incluant un renforcement des contrôles douaniers et une surveillance accrue des plateformes de vente en ligne.

Sur le plan de la pharmacovigilance, l'Agence européenne du médicament examine par ailleurs des signalements de pensées suicidaires et auto-agressives chez certains patients traités, aux côtés d'effets secondaires plus courants comme les nausées, troubles digestifs, pancréatites ou calculs biliaires.

Une révolution thérapeutique, pas une solution miracle

Malgré leur efficacité démontrée, les autorités sanitaires rappellent que ces traitements ne dispensent pas d'un accompagnement global. Sans modification durable des habitudes alimentaires et maintien d'une activité physique, la reprise de poids à l'arrêt du traitement est quasi systématique. C'est tout l'enjeu du plan obésité 2026-2030 annoncé par le gouvernement, censé accompagner les patients au-delà de la seule prescription médicamenteuse.

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