Le regard libre d'Elisabeth Lévy - "L'écologie selon Pompili : la rééducation par la contrainte"

La ministre de la Transition écologique souhaite interdire les publicités qui promeuvent tout ce qui, de près ou de loin, n'entre pas dans les codes de l'écologie. Plus de voiture, plus de voyages, plus de Nutella.

Tous les matins à 8h15, le regard libre d'Elisabeth Lévy dans le Grand Matin Sud Radio.

Barbara Pompili veut interdire la publicité pour les voitures à essence. 

Et pas seulement. La ministre de la Transition écologique a dans le collimateur d’autres produits comme le Nutella et les fast-foods. En revanche, pas de mesures en préparation pour les offices de tourisme. On pourra encore avoir des spots sur les belles plages nos DOM-TOM.  

Le texte du gouvernement est prévu pour la fin de l’année. Mais déjà, Pompili est doublée sur sa gauche. Deux transfuges de LREM - du groupe EDS - ont déposé hier un projet (appelé “loi Evin Climat”) prévoyant « un encadrement de la publicité sur les produits et à fort impact environnemental ». Encadrer pour eux : interdire ou taxer. Ce projet sera examiné le 8 octobre. Les fabricants de voiture ont de quoi s’inquiéter. Mais les médias aussi. Pour les télés et les radios, cela conduirait à des pertes de recettes publicitaires pourraient se chiffrer à un milliard d’euros.

Tout le monde trouve normal qu’on interdise la pub pour l’alcool ?

Demandez aux viticulteurs s’ils trouvent ça normal alors qu’ils se battent pour que le vin soit considéré comme à part. La politique de santé publique a un objectif clair : faire baisser la consommation d’alcool. On pourrait comprendre pour le Nutella : il s’agit de lutte contre l’obésité et la protection de la jeunesse qui sont légitimes.

La protection de l’environnement est aussi légitime. Mais à part la méditation, toute activité humaine pollue. Dans le cas de la bagnole, un secteur qui emploie 200.000 personnes en France et plusieurs millions en Europe, il y a une certaine hypocrisie. On n’interdit pas la fabrication et la vente, au contraire on subventionne l’offre. Mais il ne faut pas que ça se voie. Cachez-moi donc ce sein que je ne saurais voir. 

En somme, il ne faut rien faire ?

On ne fait pas rien. Il y a de diverses incitations pour rouler propre. La France est l’un des pays les plus vertueux en matière de carbone. Mais le changement ne peut pas être brutal ni imposé d’en haut par les militants. La voiture n’est pas qu’une question économique ou climatique. Elle fait partie de nos vies. Beaucoup de gens ne veulent pas y renoncer. Même son de cloche pour les voyages : une pub vantant quatre jours à New York est inacceptable selon Matthieu Orphelin. Faut-il nous rééduquer par la contrainte ? 

Ces idées viennent des citoyens. Ou plutôt... 

De la convention citoyenne, ce qui n’est pas pareil. Celle-ci n’a aucune légitimité pour faire la loi. Ils ont aussi une nouvelle idée de taxe au poids sur les voitures. Autant dire que cette usine à gaz supposée répondre à la demande de démocratie des Gilets jaunes pourrait bien réveiller leur colère (aux Gilets jaunes). Pompili devrait méditer les paroles de Pompidou et arrêter d’emmerder les Français.