L'avocat parisien Emmanuel Pierrat a admis, dès l'ouverture de son procès jeudi, s'être rendu coupable de harcèlement moral contre seize anciens collaborateurs qui l'accusent de les avoir insultés, terrorisés, ou encore humiliés en rabaissant leur travail.
"Je reconnais la globalité des faits que vous avez évoqués à mon encontre", a dit d'emblée l'avocat à la présidente du tribunal correctionnel, Nathalie Gavarino, qui venait d'ouvrir les débats par la lecture des faits reprochés, commis entre 2015 et 2021.
Le mitan des années 2010, c'est le moment où Emmanuel Pierrat aurait changé. C'est aussi l'époque d'un drame familial qui l'a "mis par terre". "J'ai un peu perdu mes moyens à ce moment-là", "j'ai essayé de donner le change auprès de mes équipes" mais de manière "maladroite et inappropriée", "je suis devenu très dur au cabinet", "sans doute violent", proférant "des propos déplacés, vraiment déplacés", énumère l'avocat, passible de deux ans de prison et 30.000 euros d'amende.
Il raconte aussi la pression de l'équilibre économique d'un cabinet qui grossit et dont la trésorerie est fragile, un accident qui lui occasionne des douleurs chroniques, ou encore ses propres débuts de jeune avocat soumis à la violence managériale, "à l'ancienne". "Cela n'excuse pas, mais c'est un contexte qui explique un management de plus en plus durci", dit-il.
- "Menteur patenté" -
La présidente demande s'il cherche à se poser en victime. Emmanuel Pierrat se récrie: "J'ai fait mal à des gens", "ce que j'ai fait, ce n'est pas bien, ce n'est pas normal, ce n'est pas légal".
L'un des plaignants, Nino Arnaud, ne croit pas en la sincérité de son ancien patron: "Il a été admirablement préparé" par son conseil, Caroline Toby, ironise-t-il. Mais "il n'y a aucune sincérité là-dedans, c'est un type qui est un menteur patenté", assène le jeune avocat, qui a travaillé quinze mois dans le cabinet entre 2018 et 2019.
Un de ses confrères, qui ne souhaite pas être identifié, se souvient des "menaces quotidiennes d'être viré, de ne pas être payé", raconte les cris, les insultes, les scènes et les pleurs des collaborateurs.
Spécialiste de la propriété intellectuelle, romancier et essayiste, Emmanuel Pierrat, 57 ans, a défendu de nombreuses personnalités du monde culturel ou littéraire: les écrivains Michel Houellebecq, Édouard Louis, Gabriel Matzneff, le plasticien Claude Lévêque ou encore le journaliste Jean-Pierre Thibaudat, qui avait révélé l'existence d'inédits de Louis-Ferdinand Céline.
La liquidation judiciaire de son cabinet a été prononcée en 2023, l'année où une procédure disciplinaire sur ces faits de harcèlement s'était conclue par une interdiction d'exercice d'un an, pour "un comportement agressif, insultant et humiliant", "pérenne et systémique", accompagné d'une "absence préoccupante de prise de conscience de la situation".
Lors de l'enquête préliminaire du parquet, 38 anciens salariés, avocats collaborateurs ou assistants juridiques, avaient décrit "un climat de peur, de tensions et de pression" ou encore "un management par la terreur".
Ils ont raconté des portes claquées, des hurlements, des objets jetés, des réunions d'agenda chaque vendredi qui tournaient à l'humiliation publique, un licenciement après un arrêt de travail, ou encore un "système de listes" de tâches à effectuer qui "aurait été dévoyé pour devenir un outil de surveillance", décrit Nathalie Gavarino.
Jugée pour complicité, son ancienne associée, Sophie Viaris de Lesegno, 52 ans, "n'a rien à faire" au tribunal comme prévenue, ajoute Emmanuel Pierrat. Elle est soupçonnée d'avoir surveillé les salariés, de ne pas être intervenue et de n'avoir pas alerté les autorités.
Le procès doit se tenir jusqu'au 29 mai.
Par Nicolas GAUDICHET / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP