single.php

La canicule peut-elle mettre en péril le secteur agricole et ravager le blé ?

Par La rédaction

ENTRETIEN SUD RADIO - Face aux températures records (pour un mois de mai) de ces trois derniers jours, Laurent Carles, céréalier occitan, alerte sur des pertes potentielles de 20 % du rendement du blé d’ici la fin de la semaine. La canicule fragilise une nouvelle fois le secteur agricole, déjà largement touché par la hausse des charges et des prix du carburant. 

Le changement climatique s’impose encore une fois dans la vie des agriculteurs. Après les pluies diluviennes de 2014 et 2021, c’est la canicule qui pose de sérieux problèmes à ce secteur depuis trois ans. « La chaleur brûle directement la tête de la plante », explique le céréalier Laurent Carles. Et sans plante, le métier devient impraticable. Voici ce que déplore cet agriculteur originaire d’Occitanie au micro de Sud Radio.

« La chaleur brûle directement la tête de la plante »

Ces situations climatiques se répètent depuis plusieurs années déjà ?

« Oui, ça fait deux ou trois ans que ça dure comme ça. Ce n’est même pas encore un problème de stress hydrique. La chaleur brûle directement la tête de la plante, qui ne peut plus féconder correctement. Ce n’est donc pas seulement un manque d’eau aujourd’hui, c’est vraiment la chaleur qui pose problème. »

Essayez-vous d’anticiper ces épisodes de chaleur ?

« Malheureusement, j’ai 30 ans et je ne devrais pas parler comme ça, mais pour anticiper tout ça, la solution, ce serait peut-être d’arrêter. Aujourd’hui, la culture française va très mal. Beaucoup d’agriculteurs se posent des questions. Depuis trois ou quatre ans, beaucoup se demandent si le pays veut encore garder ses agriculteurs. J’envisage peut-être d’arrêter de produire si rien ne s’améliore. Peut-être passer tout en herbe ou au bio, puisque c’est visiblement la direction qu’on nous demande de prendre. Ça pousse à réfléchir. »

« Si on perd 50 % de nos productions avec la chaleur, on met la clé sous la porte »

Ces fortes chaleurs arrivent de plus en plus tôt ces dernières années. Est-ce pire qu’avant ?

« Pire qu’avant, je ne sais pas. J’ai 30 ans, mais ça fait plus de dix ans que je suis installé et ça fait plus de dix ans que c’est comme ça. On a des années très pluvieuses, des années très chaudes. Il ne faut pas oublier qu’en 2014, on a eu un été catastrophique où il n’a fait que pleuvoir. En 2021-2022, ça a été pareil. On n’a pas connu uniquement des épisodes de canicule. »

Certains agriculteurs parlent de pertes pouvant atteindre 50 % de leur production pendant ces épisodes de chaleur. Est-ce réaliste selon vous ?

« 50 %, si on en arrive là, on met la clé sous la porte. Il nous faut la récolte pour boucler l’année. Si on perd 50 %, ce n’est plus tenable. Qu’on parle de 15 à 20 %, peut-être qu’à la fin de la semaine on pourra commencer à évoquer ce chiffre-là, oui, très clairement ! »

« En fin de semaine, on pourra probablement déjà parler de 20 % de pertes »

Vous pouvez encore irriguer actuellement ?

« Oui, on a de quoi irriguer. Pour l’instant, il n’y a pas de restrictions. Peut-être qu’au 10 juillet, ce sera différent, mais aujourd’hui, ce n’est pas encore le cas. En réalité, on n’irrigue même pas en ce moment. Il y a encore suffisamment de réserves d’eau dans le sol pour tenir la culture. Le vrai problème, c’est vraiment la chaleur qui brûle la récolte. »

Quelles sont aujourd’hui vos principales inquiétudes pour les prochains jours ?

« Malheureusement, les inquiétudes, ce sont surtout les finances à la fin de l’année. Si on reste toute la semaine à 30-37 degrés, vendredi ou samedi soir, on pourra probablement déjà parler de 20 % de pertes. Quand on est habitué à faire 100 quintaux de blé et qu’on en perd 20 %, ça fait très mal. Ce n’est même plus notre marge, c’est directement notre revenu. S’ajoutent à cela le carburant, mais aussi les intrants qui ont doublé. Ça pose énormément de questions. »

L'info en continu
16H
15H
14H
13H
Revenir
au direct

À Suivre
/