Jacqueline Lalouette : "Si on démolit Colbert, il faut démolir tout Louis XIV"

L’historienne Jacqueline Lalouette, pour son livre " Les statues de la discorde " aux éditions Passés Composésétait l’invité d’André Bercoff le 23 février 2021 sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états ".

L’historienne Jacqueline Lalouette invitée d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

À l’occasion de la sortie de son livre Les statues de la discorde, l’historienne Jacqueline Lalouette est revenue au micro d’André Bercoff sur le phénomène des déboulonnages de statues qui s’est accru durant ces derniers mois, voire cette dernière décennie.

Jacqueline Lalouette : "J'évite d’employer le terme déboulonner, sauf dans son sens métaphorique"

L’historienne Jacqueline Lalouette et auteure du livre Les statues de la discorde rappelle tout d’abord que le verbe déboulonner est trop souvent utilisé dans les cas de l’abattage de statue. Certaines statues "par définition ne peuvent pas être déboulonnées " comme par exemple celles détruites durant l’été 2020 en Martinique. "Joséphine de Beauharnais et Victor Schoelcher étaient des statues de marbre", il faut donc selon Jacqueline Lalouette éviter "d’employer le terme déboulonner, sauf dans son sens métaphorique".

La pratique de "déboulonner " des statues déjà présentes dans le monde depuis une dizaine d’années a connu une expansion fulgurante en 2020. Pour Jacqueline Lalouette, la normalisation de ce phénomène s'oppose à l'essence même de ces statues. "Je suis hostile à leur destruction mais même à leur retrait ou leur abattage (...) car il s’agit d’objets patrimoniaux". Des objets d’art qui parfois sont nés sous les mains des plus grands sculpteurs "Il y a des statues une fois que c’est fini, c’est fini, on ne les refera jamais, par exemple, le Victor Schoelcher de Fort-de-France par le sculpteur Anatole Marquet de Vasselot".

"Si on démolit Colbert, il faut démolir tout Louis XIV"

Une autre raison s’oppose à la destruction de ces statues, celle de la logique derrière le choix du personnage abattu. "Si on commence à détruire cette statue-là, pour telle raison, pourquoi est-ce qu’on n'irait pas détruire cette autre statue pour une raison différente ?"Jacqueline Lalouette prend l’exemple du navigateur et découvreur Pierre Belain d’Esnambuc, dont la statue a été abattue à Fort-de-France. "Pierre Belain d’Esnambuc qui a créé le premier établissement français en Martinique en 1635. Mais pour qui travaillait Pierre Belain d’Esnambuc ? Il travaillait pour le Cardinal de Richelieu qui était le fondateur de la compagnie de Saint Christophe. Alors si on démolit Belain d’Esnambuc, il faut remonter à Richelieu."

Ainsi, si on suit cette logique, on peut l’appliquer à beaucoup d’autres grands personnages historiques. Jacqueline Lalouette reprend l’exemple de Colbert dont la statue a été vandalisée car il était le second nom signataire du Code noir, alors même que "le Colbert signataire de l’ordonnance de 1685, ce n’est pas Jean-Baptiste Colbert, le grand Colbert, c’est son fils". Et si l’on souhaite aller plus loin Louis XIV est le premier signataire de cette ordonnance ainsi, "si on démolit Colbert, il faut démolir tout Louis XIV", rappelons que le château de Versailles fait partie de l’oeuvre de ce dernier.

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