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Indemnisation après les JO : « Ils nous ont promis des aides… puis silence total »

Par Elliott Léonard

ENTRETIEN SUD RADIO - L’État n’a pas respecté son engagement d’aider les commerçants qui ont subi les répercussions des JO sur leur chiffre d’affaires. Mathieu Pacaud, chef du restaurant Le Divellec, est venu s’exprimer, au micro de Sud Radio, quant à cette injustice qu’il subit depuis presque deux ans.

(Photo by THOMAS SAMSON / AFP)

Pendant la période des Jeux olympiques, de nombreux commerçants parisiens ont dû fermer boutique pour des questions, notamment, de sécurité. Même sans fermer, les répercussions sur leur chiffre d’affaires ont été très importantes. Des aides avaient été promises, mais n’ont jamais été versées. Mathieu Pacaud, restaurateur à Paris, témoigne.

"On a perdu 80 % de notre chiffre d'affaires"

Maxime Lledo : Dans quelle situation est votre restaurant aujourd'hui, et pourquoi parlez-vous de scandale d'État ?

Mathieu Pacaud : Nous, on a un restaurant qui est sur les Invalides, à Paris, rue Fabert exactement. Et en avril 2024, tout ce quartier-là a commencé à être bloqué. Nous, les restaurateurs, on a quand même des clients qui viennent, il faut qu'on puisse travailler. (...)

Donc, Gabriel Attal nous a promis des aides. Se doutant un peu de la suite, on est restés ouverts pour maintenir nos salaires, n’utiliser aucun levier, afin qu'ils ne puissent pas nous dire derrière : « Vous avez fermé donc vous ne pouvez pas recevoir les aides. »

À un moment, on nous a dit de retirer les terrasses qu'on avait montées. Donc, ça fait beaucoup de clients en moins. Surtout qu'à Paris, quand il fait beau, les gens aiment bien être dehors. Suite à ça, ils ont commencé à monter des barricades de 25 mètres de haut tout autour. On a perdu 80 % de notre chiffre d'affaires.

Entre les promesses qui vous ont été faites et aujourd’hui, il y a eu la dissolution de l’Assemblée nationale. Concrètement, où en êtes-vous aujourd'hui avec les démarches d'indemnisation ?

Quand les JO se terminent, je commence à être vraiment dans une situation économique plus que difficile. Et je demande : où sont les aides ? La réponse du gouvernement, c'est de dire : « Non, on n'a rien promis. C'est le gouvernement d'avant qui vous a promis des choses. »

Ils se renvoient la faute. La France, c'est quand même une démocratie. Normalement, il y a une continuité d’État.

"Je reçois un reçu m’expliquant que je ne suis pas éligible aux aides"

Le gouvernement a quand même mis en place des plateformes d’indemnisation, qu’en avez-vous pensé ?

C'est des heures de paperasse. Il faut un expert-comptable. Il faut tout sortir, tous les chiffres, jour par jour, prouver que, par rapport à l'année dernière, il y a une perte. Donc, on remplit tout, mais aucune nouvelle.

Il s'avère qu'un jour, je suis invité à l'Élysée, je vois le président Emmanuel Macron, et je lui pose la question des aides. Il me répond qu’il s'en occupe. Le lendemain, on reçoit un mail. Puis, il ne se passe plus rien. En décembre cette année-là, donc quasiment un an et demi après, ils nous renvoient un message disant : « Ne vous inquiétez pas, à la fin du mois, avant la fin de l'année, vous allez être indemnisés. » Et depuis, silence total.

Et depuis la fin de l'année dernière, avez-vous eu des nouvelles ?

Aucune nouvelle. Et c'est pour ça que j'ai mis un post. Suite à ça, un ancien ministre m’appelle et me chante la messe. Et le surlendemain, je reçois un reçu m’expliquant que je ne suis pas éligible aux aides.

Donc, on va engager une procédure. On est plusieurs restaurateurs, on est en train de se regrouper pour attaquer l’État en justice, parce qu'à un moment donné, on ne peut plus rester silencieux face à ça.

"Vous ne pouvez pas payer vos salaires... l'état vous met quand même des amendes"

Vous êtes combien de restaurateurs dans ce cas ?

Je pense que la majorité des restaurateurs ont perdu du chiffre d'affaires. Il y a eu, à Paris, des zones qui étaient vraiment pénalisées. Il y a eu des péniches qui n'ont pas reçu d'aide, alors qu'on sait tous que tout est basé sur la Seine et qu'aucune péniche ne pouvait naviguer. Dans les faits, ils vous annoncent des aides, mais la réalité, c'est qu'on ne connaît pas les conditions d'octroi de ces aides.

Et pendant ce temps, vous avez des stands tenus par des sodas américains qui avaient accès aux périmètres olympiques pour y vendre leur nourriture. Vous l'avez vécu directement aux Invalides ?

Sur les Invalides, ils ont mis ces barricades pour faire du tir à l'arc. À l'intérieur de ce périmètre, il y avait un restaurant géré par Coca-Cola. On leur a dit : « On a les structures, on a les salariés, on peut venir faire à manger dedans », afin que tous les commerçants participent. On nous répondait : « Non, c'est trop compliqué, vous comprenez, pour des raisons de sécurité. » Ils font venir Coca-Cola pour aller servir de la merde aux gens, alors qu'on est quand même en France, le pays de la gastronomie. (…)

En fait, c'est un ras-le-bol général, parce qu'on passe son temps à payer des centaines de milliers d'euros de taxes, d'impôts, et par-dessus ça, on ne peut pas travailler. Vous savez, le pire, quand vous perdez 80 % de votre chiffre d'affaires, vous ne pouvez pas payer vos salaires, parce que c'est très compliqué. Donc, il faut trouver des solutions. Des actionnaires, qui sont sensibles à tout ça, ont remis de l'argent, mais c'était compliqué de payer les charges sociales. L’État vous met quand même des amendes.

Quand on promet quelque chose, on tient ses promesses. Sinon, ce n’est plus un État de droit, ça devient n'importe quoi. Dans ce cas-là, nous ne payons plus nos taxes, nous ne payons plus la TVA, nous ne payons plus rien, chacun fait ce qu'il veut, et puis ce sera l'anarchie et la révolution. J'ai l'impression que c'est ce qu'ils cherchent.

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