Hypermarchés : êtes-vous prêts à faire vos courses le dimanche sans caissières ?

Faut-il accepter que les magasins, le dimanche, ouvrent l'après-midi sans employés ? Est-ce une avancée pour la société française alors qu'il y a près de 6 millions de chômeurs dans notre pays ?

Un Géant Casino d'Angers a ouvert l'après-midi du dimanche 25 août, sans caissiers. (Photo by Pascal GUYOT / AFP)

La question du jour : êtes-vous prêts à faire vos courses le dimanche après-midi dans des hypermarchés sans caissières ? Si cela est déjà courant au Japon ou aux États-Unis, c'est assez récent en France. Dimanche 25 août, un Géant Casino a créé la polémique en proposant cette offre à ses clients.

 

"Ça tue les centres-villes"

Un Géant Casino d'Angers a ouvert l'après-midi du dimanche 25 août, mais en ne proposant que des caisses automatiques, sans salariés. Michel Taube, éditorialiste sur Sud Radio, est le premier à réagir : "Pourquoi ont-ils ouvert ainsi un dimanche après-midi un hypermarché sans caissières ? C'est à cause de la législation française qui est hyper complexe, hyper dissuasive. Je n'ai qu'un souci : il y a 5 millions de chômeurs en France. Je suis partisan que l'on ouvre tous les commerces qui sont volontaires, 24 heures sur 24, qu'on double ou qu'on triple le salaire des caissières et des caissiers, et on gagnera sur tous les tableaux parce que tous les commerces seront disponibles, il y aura moins de chômage en France et il y aura moins de machines. Malheureusement dans notre pays, c'est bloqué, on ne peut pas le faire. Emmanuel Macron n'a pas osé faire cette révolution".

Thierry Guerrier, autre éditorialiste, lui aussi réagit : "C'est vrai qu'il faut intégrer de la souplesse, mais le vrai souci c'est moins la présence de ces automates, parce qu'il restera toujours des gens pour mettre en rayon et même des caissiers, le vrai sujet, c'est l'ouverture le dimanche après-midi, la distorsion de la concurrence que ça implique avec les commerçants des centres-villes. Les élus de terrain qui font un travail considérable pour redynamiser leur centre-ville, sont concurrencés d'une façon violente par ces hyper qui ont plus de facilité et qui contournent la réglementation. Ça tue les centres-villes ! C'est une des raisons du mouvement des Gilets Jaunes, cette désertification des centres-villes". André Bercoff, pour sa part, évoque les entreprises, comme Amazon, qui livre les commandes : "Il est là le problème ! Les concierges aujourd'hui n'en peuvent plus : c'est elles qui reçoivent les paquets. Les gens se font livrer".

"Le débat, d'un point de vue technique, sera clos par la technologie"

Philippe Moati, professeur d’économie à l’Université Paris Diderot, coprésident de l'Obsoco (Observatoire société et consommation), explique : "Le débat sur l'ouverture des commerces le dimanche est très ancien. On sent bien que l'on va sortir de ce débat par la technologie. L'automatisation des magasins qui était une perspective lointaine jusqu'à maintenant, devient un point d'horizon tout à fait palpable et justement si, grâce à l'automatisation, il y a un subterfuge qui consiste à aller chercher des salariés qui ne sont pas employés par l'enseigne, on arrive à respecter la loi tout en ouvrant le dimanche, il est évident que la grande distribution va s'engouffrer là-dedans ! Le débat, d'un point de vue technique, sera clos par la technologie et va nous confronter au fond du débat, qui est un débat de société qui est : 'Est-ce qu'on a envie d'une proportion croissante des gens qui travaillent le dimanche ?'"