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Harold Bernat : "Un professeur de philosophie ne peut pas se défiler face au monde"

Professeur agrégé de philosophie à Bordeaux, et auteur de "La défaite de la majorité : "Liberté, égalité, fraternité ou la mort" aux éditions Atlantiques Déchaînées, Harold Bernat était l’invité de “Bercoff dans tous ses états".

Harold Bernat
Harold Bernat, invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

"On a élu en 2017, un président philosophe", commence Harold Bernat. "Cela a été évidemment construit à grand renfort de publicité, à grand renfort de construction médiatique de tout un champ culturel Français. Celui-ci a tenu à nous vendre, grâce au pouvoir du capital, un philosophe".

Cette élection a donné l’occasion à Harold Bernat de réfléchir à la question : "Que devient aujourd’hui la philosophie dans l’espace médiatique ?". "Cela fait très longtemps que je me pose cette question. Je me la pose en tant que professionnel parce que je suis professeur de philosophie, j’enseigne à temps plein en terminale, depuis 22 ans et c’est mon métier ainsi que mon gagne pain. Je ne fais pas des ménages pour vendre des livres. Sous ce quinquennat du président philosophe, mon métier a été attaqué comme jamais il ne l'a été, puisqu’on a vu la fin de la série littéraire qui existe en France depuis 1808".

 

Harold Bernat : "Le président philosophe est celui qui a détruit l'enseignement de la philosophie"

"Il n’y a plus de séries dans un baccalauréat. La philosophie qui était la matière dominante dans la série littéraire avec 8 ou 9 heures d’enseignement, cet enseignement a disparu", juge l’auteur de La défaite de la majorité : Liberté, égalité, fraternité ou la mort. "Il n’a pas complètement disparu, il y a quatre heures pour toutes ces séries. En revanche, il a disparu en tant que cet enseignement qui privilégiait un approfondissement en particulier en série littéraire avec une vraie formation. Beaucoup d’élèves faisaient ensuite des études littéraires ou des classes préparatoires littéraires. Il y avait quelque chose de très fort dans cet enseignement", explique Harold Bernat.

"Le paradoxe est là : le président philosophe, vendu par les médias, est celui qui a détruit dans l’institution l’enseignement de la philosophie", déclare Harold Bernat au micro de Sud Radio. "La question derrière tout ça est simple : À qui profite le crime ? C’est très simple. Le crime profite à ceux qui n’ont pas intérêt à ce que les membres de l’institution pensent. Penser dans l’institution, c’est pas seulement jouer avec des éléments de culture générale, c’est donner aux élèves la capacité de réfléchir. Il se trouve que la spécificité de cet enseignement qui est particulier en terminale, c’est que le professeur de philosophie ne peut pas se défiler face au monde qui est le sien et qui est le monde des élèves".

 

"Si je botte en touche, je ne fais plus mon métier"

"Lorsqu’il y a eu des manifestations pour les retraites, des élèves sont allés dans la rue", raconte le professeur de philosophie. "J’ai un exemple très précis, ça s’est passé à Stalingrad à Bordeaux. Il y a eu usage de LBD, de tirs, contre des élèves de premières, terminales. Mon fils y était, il était en seconde à ce moment-là. C’était sa première manifestation et il m’a envoyé un SMS me disant : ‘ Papa c’est la guerre’. Voilà la première expérience de manifestation de mon fils qui est né en 2003. Ce jour-là, une élève a été éborgnée. Il s’agissait d’une jeune fille de 17 ans".

"Les élèves me parlent de ça. Ils me disent : 'Monsieur, qu'en pensez-vous ?’. Selon l’application de Monsieur Blanquer, selon son application de la laïcité, mon devoir de réserve m’oblige à botter en touche", explique Harold Bernat. "Si je botte en touche, je ne fais plus mon métier. Je suis dans un choix qui est très simple. Soit je fais mon travail de professeur de philosophie, c’est-à-dire je rends intelligible une situation pour des élèves de terminale sur quelque chose qu’ils vivent. Soit je me défausse. En me défaussant et je me cache derrière une dimension tout à fait normopathique, c’est-à-dire que j’applique à la lettre la règle, j’obéis et je n’en parle pas".

 

Cliquez ici pour écouter l’invité d’André Bercoff dans son intégralité en podcast.

 

Retrouvez “Le face à face” d’André Bercoff chaque jour à 12h dans Bercoff dans tous ses états Sud Radio.

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