Emmanuel Hirsch : "L'envie de démocratie s'est un peu estompée"

Emmanuel Hirsch, auteur de "Une démocratie endeuillée" aux éditions Eres, était invité le 12 novembre 2021 sur Sud Radio dans le rendez-vous du 12h-14h, "Bercoff dans tous ses états”.

Emmanuel Hirsch
Emmanuel Hirsch invité dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Pour Emmanuel Hirsch, "on est dans une démocratie endeuillée". Elle est "endeuillée aussi de beaucoup d’illusions". "On a été très vulnérabilisé", juge-t-il. Et ce "à tous les niveaux : au niveau de l’Etat, au niveau de nos vies individuelles, au niveau de nos certitudes". "Donc ce n’est pas uniquement le deuil des victimes qui sont nombreuses qu’on déplore", explique le professeur d’éthique médicale. "Il n’y a pas que les personnes qui sont décédées, il y a leurs familles qui sont touchées. Il y a aussi les personnes malades qui n’ont pas pu se faire traiter, qui n’ont pas bénéficié d’accueil qu’ils auraient pu attendre de la part de l’hôpital", explique Emmanuel Hirsch. Par exemple, "en matière de cancérologie, les conséquences que ça va avoir seront tragiques", juge l’auteur de Une démocratie endeuillée.

"Puis il y a aussi un deuil du point de vue de la vie démocratique", juge Emmanuel Hirsch, "parce qu'après le premier confinement, on était moins dans l’urgence, on aurait pu attendre un certain nombre d’initiatives en termes de débat de société". "Au moment où on est dans la perspective d’échéance importante, qui touche à la vie de la démocratie, on voit que le débat s’est radicalisé", explique l’auteur de Une démocratie endeuillée. Pour lui, "l’envie de démocratie, on a le sentiment qu’elle s’est un peu estompée".

 

Pour Emmanuel Hirsch, "pour surmonter un deuil, il faut d’abord analyser ce que l’on a vécu"

"Pendant des mois on a eu des solidarités. On a eu un rapport à l’autre qui n’était pas discriminant qu’il soit migrant ou qu’il soit vulnérable", explique le professeur d’éthique médicale. Pour lui, "on a été vraiment dans des solidarités extrêmement fortes". "Quand vous êtes endeuillés il faut surmonter le deuil. Et pour surmonter un deuil, il faut d’abord analyser ce que l’on a vécu, ce qu’on ressent, la perte, les douleurs", explique Emmanuel Hirsch. Il faut ensuite "être dans des initiatives vis-à-vis du futur". Mais aujourd’hui, "on ne se met pas, par rapport à ce que l’on a vécu, dans une capacité de surmonter réellement tout ce qui a été défis et épreuves", juge Emmanuel Hirsch.

"Alors que beaucoup de choses exceptionnelles se sont passées, je reproche qu’il n’y ait pas eu un inventaire", explique Emmanuel Hirsch. "Vous savez que le président de la république a confié à Didier Pittet un rapport portant sur, à la fois ce qu’il s’est passé et comment se préparer à d’autres situations de crise", continue-t-il. "A l’axe 3 du rapport de Didier Pittet", celui-ci explique qu’il faut "créer très rapidement une concertation au niveau de la société pour essayer de diagnostiquer, d’une certaine manière avec une méthodologie, ce qui s’est bien ou mal passé", explique Emmanuel Hirsch.

 

"Il faut se préparer à la gouvernance de la pandémie"

"Ma critique ne va pas contre le gouvernement", explique l’auteur de Une démocratie endeuillée. "Chacun a fait ce qu’il pensait devoir faire", juge Emmanuel Hirsch. "Ma critique c’est qu’on aurait pu enrichir le processus gouvernemental décisionnel d’un certain nombre d’expertises qui n’étaient pas réductibles à l’expertise scientifique", déclare Emmanuel Hirsch au micro de Sud Radio. Pour lui, "il fallait mobiliser la société". "Et aujourd’hui à quelques jours, peut-être, d’une cinquième vague, est-ce que l'on est prêts ? Prêts à aborder des difficultés ?" demande-t-il. "Si demain on avait un ravage plus important, comme c’est le cas dans beaucoup de pays du monde aujourd’hui, est-ce que l’on pourrait faire face ?", se demande-t-il. "De quelle manière notre démocratie sera-t-elle résiliente ?".

Pour Emmanuel Hirsch, "la gouvernance erratique n’est pas liée à la pandémie". "J’avais travaillé sur un ouvrage collectif sur le H1N1", raconte le professeur d’éthique médicale. "On avait travaillé l’hypothèse d’une crise importante entre 2006 et 2009 qui n’est pas heureusement arrivée". "Il y a tout un ensemble de textes qui disent que quand on se prépare à une pandémie, il faut se préparer à la gouvernance de la pandémie", explique-t-il. "Il faut créer un rapport de confiance entre la société, les scientifiques et ceux qui gouvernent".

 

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