Elisabeth Levy: un délinquant n'est pas une victime

Chronique

 

Alors que le Congrès de l’Association des maires France commence demain, des maires sonnent l’alarme dans le Journal du dimanche

Toutes les deux minutes, la police enregistre une plainte pour une violence gratuite. Face à cette situation, une cinquantaine de maires en appellent solennellement au président de la République au Premier-ministre et à la nation tout entière. Liste des signataires montre que la brutalisation de l’espace public (ensauvagement) n’est pas l’apanage des banlieues difficiles, elle gangrène aussi les petites villes dont le nom évoque la quiétude provinciale comme Auxerre, Dijon ou Tulle.

Litanie des nuisances bien connue : « banalisation de l’économie parallèle », « omniprésence de rodéos de motos et de voitures », « équipements publics vandalisés, dégradés ou mis hors service, véhicules incendiés, voitures de police et de services de secours caillassées, autobus et tramway cibles de jets de projectiles ». Le plus symptomatique : ce sont les agressions incessantes contre policiers pompiers et toutes personnes dépositaires de l’autorité publique. Question est bien celle de l’autorité qui n’est pas respectée.

 

Que veulent les signataires ?

Restent plutôt vague. S’inquiètent de la modification de la carte judiciaire (fermeture de tribunaux). Et demandent « un redéploiement spécifique et pertinent des moyens et des effectifs pour assurer un meilleur maillage territorial et une plus grande réactivité des services. » Ce langage technocratique pourrait s’appliquer à l’hôpital ou à l’école.

Urgence : faire le bon diagnostic sur l’origine de cette violence. Pour en finir avec la culture de l’excuse.

 

Selon vous, comment s’explique cette violence ?

Ce qu’elle n’est pas : une réponse à la ghettoïsation, à la discrimination ou à la pauvreté. Insulte à tous les pauvres qui ne pensent pas que brûler une école maternelle va améliorer la situation. Quelle que soit sa condition sociale, un délinquant n’est pas une victime.

Analyse de Maurice Berger pour Figarovox. Pédopsychiatre travaille en Centre Éducatif Renforcé.Il publie Sur la violence gratuite en France. Adolescents, hyperviolents, témoignages et analyses aux éditions de l’artilleur. Voit de plus en plus de jeunes qui n’ont plus accès à la parole pour régler un conflit : « L’impulsivité prime, l’autre n’est plus considéré que comme un objet sur lequel décharger sa tension, comme une gêne à éliminer ». Ces comportements viennent essentiellement de l’éducation, ou plutôt de l’absence d’éducation. Ces enfants n’apprennent pas à faire fonctionner leur imaginaire, à jouer, ie à faire comme si. Maurice Berger évoque aussi des structures familiales claniques dans lesquelles « le but n’est pas qu’un sujet pense par lui-même, son identité est d’abord d’appartenir au groupe ».

Un point fait l’unanimité: le plus grave, c’est l’impunité après la première atteinte aux personnes : « droit de tabassage » dit Maurice Berger. Quoi qu’en disent les pleureuses compassionnelles, la priorité c’est de protéger la société. Le seul moyen d’y parvenir n’est pas de câliner les délinquants c’est de les sanctionner lourdement dès le premier forfait.