Elisabeth Lévy : "La cohabitation pourrait convenir à Emmanuel Macron"

Législatives 2022 : selon la plupart des commentateurs, la France serait ingouvernable. Elisabeth Lévy réagit.

Législatives 2022 : selon la plupart des commentateurs, la France serait ingouvernable. Elisabeth Lévy réagit.

Si gouverner suppose avoir un projet clair pour le pays validé par une majorité d’électeurs, ils ont raison. Mais même si Ensemble! avait la majorité absolue ce ne serait pas le cas vu qu’on ne sait toujours pas ce que veut Emmanuel Macron: la retraite à 65 ans au nom de la rigueur budgétaire ? Le quoi qu’il en coute ? Du bleu partout ou la lutte contre les violences policières ? La lutte contre le séparatisme ou le féminisme voilé ? 

En réalité, tant que les oppositions ne s’allient pas pour faire tomber le gouvernement, cette situation pourrait convenir à Emmanuel Macron. Parce que faute de pouvoir, s’appuyer sur une majorité solide, il lui suffirait de ne pas déplaire à tout le monde en même temps. 

Mais comment peut-il gouverner sans majorité ?  

Avec une majorité changeante. Un coup à droite, un coup à gauche. L’assemblée est l’incarnation du "en même temps". Emmanuel Macron est culturellement plutôt de gauche, post-national et multi-culti, et économiquement plutôt à droite. Il pourrait faire passer ses lois tantôt avec un camp tantôt avec l’autre. Par exemple, faire voter la réforme des retraites avec la droite en agitant le spectre rouge et faire adopter des réformes sociétales avec la gauche en brandissant la menace de la réaction (il va bien nous trouver une loi LGBT de derrière les fagots). 

Enfin, il pourra menacer tout le monde avec le danger de l’extrême droite comme ils disent. Et continuer à ignorer ces électeurs qui souffrent de l’insécurité culturelle et de l’insécurité tout court et qui risquent bien d’être les cocus de l’histoire. 

Si on est optimiste, cette nouvelle configuration pourrait obliger les macronistes à faire l’apprentissage du compromis et à tenir compte de la pluralité de la société française. Pas sûr qu'Emmanuel Macron soit soudain à l’écoute de ses contradicteurs. Elisabeth Borne a parlé de majorité d’action. Le risque c’est qu’on ait plutôt une majorité d’inaction et que le deuxième quinquennat d’Emmanuel Macron soit plutôt celui de l’immobilisme qui n’a nullement empêché Chirac d’être très populaire.