Elisabeth Lévy : "Débat Macron/Le Pen : c'est la fin de la politique"

Élisabeth Lévy réagit au débat de l’entre-deux-tours opposant Marine Le Pen et Emmanuel Macron.

Élisabeth Lévy réagit au débat de l’entre-deux-tours opposant Marine Le Pen et Emmanuel Macron.

Ce débat entre les deux sous-ministres du budget était terrible ennuyeux. Et tous les gens avec qui j’ai assisté se sont ennuyés aussi. Le meilleur moment était quand Léa Salamé a dit "c’est fini". Explosion de joie. C'était consternant de bout en bout. Pas une drôlerie. Pas une phrase que nos successeurs pourront ressortir.  Pas une référence historique ou culturelle. Lui avait du mal à cacher son arrogance et sa satisfaction et elle voulait tellement être gentille et calme qu’elle en était inodore. 

On attendait deux visions de la France et on a eu deux technos se chamaillant à coups de mesures. Lui, oui, est bien meilleur dans l’exercice mais n’entraîne pas. La vie publique réduite n'est pas une litanie de problèmes et de solutions. Sur la Russie, c'était indigne : son seul sujet était son prêt. Le mot Chine et son rapport avec elle n'a pas été traité . Sur le voile, le ressassement des mêmes arguments : « la question du voile c’est la question d’une religion » a dit Emmanuel Macron. Marine Le Pen n'a pas même répondu. Elle rate encore l’occasion de lui parler de l’angoisse existentielle des Français qui voient un autre peuple émerger dans leur pays.

Bien entendu sur twitter, la claque macroniste disait : elle est nulle et la claque lepéniste : il est mauvais. 

Donc, rien à retenir ? 

Si, la fin de la politique. Comme le dit Nicolas Mathieu dans Le Figaro, c’est le règne universel du tableau Excel. Les citoyens ne sont que des consommateurs. Mais l’homme ne se nourrit pas que de pain. La politique c’est la résolution pacifique des conflits et la définition du bien commun. Là il n’a été question que de nos intérêts catégoriels. Aucun appel à quelque chose qui serait plus grand que nous. Le roman national a disparu même chez Marine Le Pen qui veut gérer en mère de famille. Il faut lire Patrick Buisson dans Le Point : il nous parle de deux candidats de la sortie du politique : "le besoin irrépressible des hommes ne tient ni à la demande de justice ni à la demande d'ordre, mais à la demande de signification. Ils veulent qu'on les ravitaille en espérance et même en utopie". Le moins qu’on puisse dire c’est que sur ce plan là, on est restés sur notre faim. Et qu’on se prenait à regretter que les deux finalistes ne soient pas Zemmour et Mélenchon.