Élisabeth Lévy : "Certaines expressions de l’islam inquiètent parce qu’elles changent la France"

Élisabeth Lévy réagit à l'article de Kilian Kogan dans le JDD : ces musulmans français qui s’expatrient chez Erdogan.

Élisabeth Lévy revient sur l'article de Kilian Kogan dans le JDD : ces musulmans français qui s’expatrient chez Erdogan.

Thibault, 32 ans, ancien boulanger isérois converti à l’islam. Il a quitté la France avec femme et enfants pour éviter "l’assimilation afin que ses enfants restent musulmans toute la vie". Il choisi la Turquie parce que la mentalité plus proche de la France que d'autres pays comme le Maroc ou l'Égypte. On peut se refaire mais pas complètement.

C’est déjà un phénomène sociologique parce qu'il y avait aussi hier un long article dans le New York Times intitulé : «Le départ en sourdine des musulmans de France». Ils fuient la supposée islamophobie française, les discriminations, le plafond de verre. Ils choisissent les soit sociétés multiculturelles.

Ces expatriés ont plus ou moins de ressentiment pour la France. Pour Mourad, qui prodigue des conseils (excellents) aux futurs arrivants attablé dans un hôtel de bord de mer, Macron, dit-il, fait la guerre aux musulmans. Salma est encore amère d’avoir dû enlever son voile au lycée.

Il y aussi souvent des jeunes couples tentés par l’aventure. Parce que la Turquie c'est l'slam et le MacWorld associés. Ici, on te demande pas trois millions de papiers pour tout, ça change la vie, dit Halyna, une jeune femme marrante et volubile.

La France ne perd-elle pas une richesse ?

Les émigrants sont les plus diplômés et les plus dégourdis. Mais revenons aux musulmans. Pourquoi partent-ils ? Certains souffrent que l’islam soit au cœur du débat public et qu'on en parle beaucoup trop dans la campagne Présidentielle. On comprend. Mais ils devraient comprendre que certaines expressions même archi-pacifiques de l’islam inquiètent, parce qu’elles changent la France. C’est vrai, beaucoup de français ne veulent pas voir des footballeuses voilées.

Aussi talentueux soient-ils, ces citoyens qui n'aiment pas, qui n’adhèrent pas aux règles implicites de la vie en commun, ne sont pas heureux, donc ils ne sont pas une richesse. Ils n’aiment pas notre laïcité, notre liberté d’expression, nos caricatures. C’est leur droit. Mais nous n’allons pas changer pour eux. La France ce n’est pas McDo : on ne vient pas comme on est. On ne ramène pas sa religion dans l’espace public car c'est notre tradition.

Des millions de musulmans se sont fondus dans la masse française et s’en trouvent très bien. Si d’autres ne veulent pas le faire et choisissent de partir vers des cieux plus accommodants, et il y en a beaucoup, bonne chance à eux. Mieux vaut une séparation raisonnable qu’une cohabitation crispée qu’on n‘ose plus appeler vivre-ensemble.