Amélie de Montchalin arrive lundi à la présidence de la Cour des comptes, directement depuis Bercy, une situation qui a soulevé des inquiétudes sur un possible conflit d'intérêts.
Dimanche, le décret mettant officiellement fin à ses fonctions de ministre de l'Action et des Comptes publics a été publié au Journal officiel dans la foulée de l'annonce par l'Elysée de la nomination de David Amiel pour lui succéder.
Nommée le 11 février, Amélie de Montchalin va prendre ses fonctions de première présidente de l'organisme de contrôle moins de deux semaines plus tard.
Elle deviendra alors la première femme à prendre les rênes de cette institution plus que bicentenaire, chargée de veiller sur les deniers publics, succédant à Pierre Moscovici.
Voulue par le président Emmanuel Macron, cette nomination fait grincer des dents alors qu'Amélie de Montchalin, pur produit du macronisme, est âgée de seulement 40 ans. Ce poste prestigieux est généralement confié à d'anciens ministres ou parlementaires, profils expérimentés en fin de carrière.
Ce mandat est irrévocable, seulement borné par une limite d'âge théorique à 68 ans.
Mais son arrivée rue Cambon fait surtout des remous pour le possible conflit d'intérêts d'une ministre sortante chargée de se prononcer sur le déficit public ou les choix budgétaires d'un gouvernement dont elle aura fait partie.
"Elle va être à la fois juge et partie sur les comptes de 2025 et les prévisions pour 2026", relève François Ecalle, ancien magistrat de la Cour des comptes et spécialiste des finances publiques. Il dit cependant "relativiser beaucoup" ce problème, en raison de "la collégialité" de la Cour.
La première présidente par intérim, Carine Camby, a aussi tenu à rassurer sur les garde-fous existants.
Lors d'une conférence de presse jeudi, elle a expliqué que "l'indépendance et l'objectivité des rapports" est préservée car ils sont "délibérés dans les chambres de la Cour" sans que le premier président participe aux discussions.
Amélie de Montchalin sera par ailleurs reçue par le collège de déontologie pour examiner tout possible conflit d'intérêts, a-t-elle ajouté.
Pour des magistrats financiers, qui ont signé une tribune collective dans Le Monde, sa nomination révèle "une faille institutionnelle" de la Ve République. Ils appellent à "une réforme", notamment des "conditions de nomination du premier président".
Avant les Comptes publics, Amélie de Montchalin avait été secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, ministre de la Fonction publique puis ministre de la Transition écologique, poste qu'elle avait quitté après sa défaite aux élections législatives en 2022.
AFP / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP