Alain Finkielkraut au sujet de Sylviane Agacinski : "un véritable scandale qui témoigne du dogmatisme régnant dans l’université française"

Une conférence débat prévue à l’Université de Bordeaux avec la philosophe Sylviane Agacinski, opposée à l’ouverture de la GPA aux couples de femmes et aux célibataires, a été annulée. Une décision qui scandalise l’écrivain et philosophe.

Alain Finkielkraut revient sur l'annulation d'une conférence de Sylviane Agacinski à l'université de Bordeaux.

Finalement, l’université a cédé aux menaces qu’un collectif faisait peser sur la conférence à laquelle la philosophe Sylviane Agacinski devait participer. La raison de cette annulation : les organisateurs craignaient de ne pas pouvoir assurer la sécurité des participants. En effet, la philosophe est opposée à l’ouverture de la GPA aux couples de femmes et aux célibataires. Est-ce la liberté d’expression qui est menacée ?

 

Ne pas parler aux "réactionnaires"

"Je suis éberlué et scandalisé, c’est extrêmement grave, confie l’écrivain et philosophe Alain Finkielkraut au micro de Patrick Roger. Je la reçois demain pour une émission sur les enjeux de la bioéthique. Le climat est de plus en plus dur aujourd’hui en France. En témoigne notamment l’inflation du terme "réactionnaire". Pour les partisans de la PMA pour toutes les femmes et de la gestation pour autrui, il n‘y a pas de débat. Ils s’inscrivent dans une vision de la démocratie comme mouvement vers l’égalité des conditions et l’émancipation des individus. Pour eux, leurs adversaires sont des obstacles, même des vestiges, voire des déchets. "Réactionnaires" veut dire survivants déplorables d’un monde condamné, qui arpentent la terre après leur date de péremption. Il ne faut pas leur parler".

"Pourquoi ce sectarisme, pourquoi cette violence ?", s’interroge le philosophe sur l’antenne de Sud Radio. "Dans l’esprit d’un certain nombre de prétendus progressistes, nous ne sommes pas tous contemporains. Il y a les vivants de plein droit et les survivants. Nous sommes tous contemporains et avons le droit de nous interroger ensemble. La démocratie, au sens propre, c’est la délibération en commun sur le sens à donner, sur le bien commun. Or, cette délibération est rendue impossible par ce progressisme qui n’entend que ses propres arguments, et rejette dans les poubelles de l’histoire tous ceux qui pensent autrement".

"Un politiquement correct obtus et méchant"

Cette annulation d’une conférence débat à l’Université de Bordeaux avec la philosophe Sylviane Agacinski, "témoigne de la violence et du dogmatisme qui règne dans l’université française", estime Alain Finkielkraut. "Elle s’aligne sur le pire de l’université américaine, un politiquement correct obtus et méchant. On ne saura plus dans quelle université les étudiants pourront s’élever l’esprit".

"Sylviane Agacinski a toujours appartenu à la gauche et on la traite de réactionnaire ?", s’exclame le philosophe. Ça ne veut plus rien dire. On explique que la PMA pour toute les femmes met fin à une discrimination, et la discrimination c’est le racisme. Donc vous ne pouvez pas élever la moindre objection. Vous demandez si la médecine est encore dans son rôle quand elle cesse d’être uniquement thérapeutique ; si cette extension des droits individuels jusqu’au droit à l’enfant ne pose pas un problème ; si les enfants n’ont pas le droit eux-mêmes d’avoir un père et une mère. Toutes ces questions deviennent interdites alors qu’elles devraient se poser, à un moment où nous changeons le paradigme de la médecine, de la famille… "