Affaire "Ligue du Lol" : faut-il une police des réseaux sociaux ?

Réseaux sociaux
CHANDAN KHANNA / AFP

Alors que l’affaire de cyber-harcèlement de la #LigueDuLol se répand, faut-il une police des réseaux sociaux ? C’est la question posée aux auditeurs par Véronique Jacquier dans "Info vérité" sur Sud Radio, le 12 février 2019. Avec pour invités :
- Olivier Iteanu, avocat à la cour d’appel de Paris, auteur du livre Quand le digital défie l’État de droit (éditions Eyrolles) ;
- Thomas Fauré, président du réseau social Whaller ;
- Arthur Messaud, juriste à l’association « La quadrature du net » ;
- Jérémie Mani, PDG de Netino by Webhelp.

Info Vérité est diffusée tous les jours à 7h10 et 9h15 dans la matinale animée par Cécile de Ménibus et Patrick Roger.

 

Depuis hier, une affaire de cyber-harcèlement agite le web et la presse : celle de la #LigueDuLol. Des journalistes de différentes rédactions (Libération, Les Inrocks…) regroupés au sein de ce groupe ont harcelé des jeunes femmes pendant des années. Mais que faire pour lutter contre les torrents de haine que l’on trouve sur Twitter ou Facebook ?

Faut-il interdire l'anonymat ?

Depuis l’été dernier, il existe une loi pour condamner le cyber-harcèlement en meute. Elle prévoit deux ans de prison et 30.000 euros d’amende. "Dans le cas de la Ligue du Lol, malheureusement, les faits sont prescrits, souligne Véronique Jacquier. Ils se sont déroulés entre 2009 et 2012". Mais au vu de cette terrible histoire, Marlène Schiappa, la secrétaire d’État à l’Égalité entre les hommes et les femmes, réfléchit à allonger les délais de prescription.

Au-delà de ce cas emblématique de cyber-harcèlement sexiste se pose plus largement la question de l’anonymat sur Internet. Twitter foisonne d’insultes, notamment depuis le début de la crise des "gilets jaunes". Alors, que faire pour lever l’anonymat ? "Nicolas Sarkozy et François Hollande proposaient d’être obligé de fournir une pièce d’identité lors de l’inscription à un réseau social, rappelle Véronique Jacquier. Mario Stasi, le directeur de la Licra, a souhaité hier que l’hébergeur ait l’obligation de donner l’adresse IP de celui qui s’exprime". Le secrétaire d’État chargé du Numérique, Mounir Madjoubi, temporise. Il n’est pas pour la levée de l’anonymat car, si on le fait, « les gens iront déverser leur haine ailleurs ». D’autant plus que cet anonymat est tout relatif : en 2018, 500 personnes ont été condamnées pour des propos haineux tenus sur les réseaux sociaux.
 

Mais une police du Web fonctionnerait-elle ? "Il faudrait que ce soit le système policier et judiciaire classique qui s’occupe de ces enjeux, estime Véronique Jacquier. Sinon, c’est confier beaucoup de responsabilités aux plateformes qui sont des personnes privées". L’Allemagne l’a fait : en 24 heures, Facebook,Twitter et YouTube doivent être capables de retirer du contenu, sous peine d’une amende de 50 millions d’euros. "Attention, c’est une dérive dangereuse pour la démocratie, juge cependant  Véronique Jacquier. Aurions-nous pu avoir le débat sur les caricatures de Mahomet publié par Charlie Hebdo il y a quelques années ? Les caricatures seraient-elles en ligne ? Ce n’est pas sûr…". Attention également à la tentation totalitaire d’un État doté d’une police des réseaux sociaux, qui tomberait dans la censure et non dans la régulation. Peut-être vaut il mieux accepter que la liberté d’expression soit au-dessus de tout…
 
"Je suis d’accord pour une police du Net, confie Olivier Iteanu, avocat à la cour d’appel de Paris. Car toutes les activités humaines se transportent sur les réseaux numériques. À partir du moment où il y a des groupes humains, il y a des gens qui transgressent les règles. Il faut les identifier et les poursuivre. La partie de gendarme et de voleur n’est pas la plus facile pour les policiers, car les moyens pour se cacher sur les réseaux sont nombreux. Il faut un partenariat public privé, dans cette affaire. En théorie, aujourd’hui, une injure publique suffit. Il existe des plateformes en ligne pour se déclarer plaignant dès la première insulte. Il ne faut jamais laisser les choses se dérouler. Après, il existe des faux profils, des trolls, des professionnels de cela. Ce n’est pas une question facile, nous sommes des mutants, en train d’évoluer avec ces nouveaux outils".

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Retrouvez "Info Vérité" du lundi au vendredi avec Véronique Jacquier à 7h10 et 9h15 sur Sud Radio, dans la matinale de Cécile de Ménibus et Patrick Roger.

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