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Prison de Rennes-Vezin : surpopulation et conditions de détention difficiles

Dans leur cellule de moins de 10 m2 à la prison de Rennes, récemment épinglée pour sa surpopulation, les deux détenus qui la partagent s'attachent à tout ranger soigneusement afin de rendre la promiscuité plus supportable.

Un détenu observe par la fenêtre dans sa cellule à la prison de Rennes-Vezin.
Loic VENANCE - AFP

Dans leur cellule de moins de 10 m2 à la prison de Rennes, récemment épinglée pour sa surpopulation, les deux détenus qui la partagent s'attachent à tout ranger soigneusement afin de rendre la promiscuité plus supportable.

"On est très maniaques, on nettoie tous les jours", explique M. W., l'un des occupants de "la cellule la plus propre" du centre pénitentiaire de Rennes-Vezin, à la députée socialiste d'Ille-et-Vilaine Claudia Rouaux, accompagnée par l'AFP lors d'une visite parlementaire.

"On a été jusqu'à trois" dans la cellule, "c'était compliqué", témoigne cet homme incarcéré dans le quartier de la maison d'arrêt depuis 31 mois, qui souhaite rester anonyme.

La députée socialiste Claudia Rouaux devant l'enceinte de la prison de Rennes-Vezin, le 12 octobre 2026

La députée socialiste Claudia Rouaux devant l'enceinte de la prison de Rennes-Vezin, le 12 octobre 2026

Loic VENANCE - AFP

En septembre, un rapport de la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) a pointé la surpopulation au sein de l'établissement. "Lorsque l'espace individuel disponible est inférieur à 3m2, hors sanitaire", la Cour européenne des droits de l'homme "considère qu'il existe une forte présomption de violation" d'un article de la Convention européenne "prohibant les traitements inhumains ou dégradants", a-t-elle souligné.

Mis en service en 2010, ce centre pénitentiaire, qui n'accueille que des hommes majeurs, compte 988 détenus pour 712 places. La barre des 1.000 détenus a été frôlée cet été, un niveau où "tout est embolisé", affirme Aude Wessbecher, nommée directrice en février, et qui estime à trente le nombre d'agents pénitentiaires manquants. "On a eu jusqu'à trois cellules à quatre" personnes, regrette-t-elle aussi.

- "Chaises musicales" -

La surpopulation, nourrie par l'allongement de la durée moyenne des séjours, ainsi que les effectifs insuffisants nuisent "à notre capacité à répondre au mieux à la prise en charge" des détenus, reconnait la responsable.

Entre "jeux de chaises musicales" pour répartir des prisonniers aux profils très différents et échanges avec la justice sur des peines alternatives à l'incarcération, "c'est une lutte au quotidien pour trouver des solutions", résume Mme Wessbecher.

Ne vaudrait-il pas mieux orienter des détenus souffrant de troubles psychiatriques graves vers des établissements spécialisés pour libérer des places? demande Mme Rouaux.

Mais le manque de places touche aussi les établissements psychiatriques. "La suspension de peine pour des raisons psy existe mais elle est très peu appliquée... et surtout, il faut une solution d'aval", répond Eva Tico, psychiatre au sein de la prison, dans laquelle les personnes souffrant de pathologies psychiatriques et addictologiques sont surreprésentées.

Outre la promiscuité, qui "accentue les phénomènes de stress, d'anxiété et d'insécurité" selon la CGLPL, les listes d'attente "augmentent pour aller au sport, à l'école, aux ateliers", note Mme Wessbecher.

Depuis sa cellule au bout d'un couloir, M. W. s'estime chanceux sur ce point. "De 7h45 à 13h45 je travaille à l'atelier", à emballer des compotes. Pour les détenus qui ne travaillent pas, en revanche, "c'est 22 heures en cellule" et deux heures de promenade par jour, dans des cours minérales, équipées d'un agrès de musculation.

Un détenu (g) distribue les repas dans la prison de Rennes-Vezin, le 12 octobre 2026

Un détenu (g) distribue les repas dans la prison de Rennes-Vezin, le 12 octobre 2026

Loic VENANCE - AFP

"J'ai vu un peu de tout ici, pas mal de décès", lance-t-il également.

Selon la CGLPL, qui a constaté une "banalisation de la mort en détention" à Rennes-Vezin, 22 personnes écrouées sont mortes entre janvier 2024 et février 2026 dont douze en détention ordinaire, parmi lesquelles deux ont péri à la suite de l'incendie de leur cellule et sept se sont données la mort.

Affecté par ces décès car "on se connaît un peu tous" en prison, M. W. confie vouloir faire partie du dispositif des "codétenus de soutien", lancé en 2019 et composé de volontaires formés aux premiers secours pour épauler des détenus suicidaires. Déçu, il signale que pour l'instant, "ils ne m'ont jamais rappelé".

Par Anne MEYER / Rennes (France) (AFP) / © 2026 AFP

#Prison #Rennes #France #Justice #HumanRights

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