Présidentielle : "Je ne crois pas qu'on puisse acheter les Français" affirme Éric Woerth

Le débat de la présidentielle "n’est pas hors contexte" selon Éric Woerth, député de l'Oise et président de la Commission des Finances. Il était l'invité du “petit déjeuner politique” sur Sud Radio.

Woerth présidentielle macron
Éric Woerth, interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio, le 17 mars 2022, dans "le petit déjeuner politique". 

Emmanuel Macron va présenter son programme pour la présidentielle tandis que les tensions internationales sont au plus haut et que des manifestations pour le pouvoir d'achat sont annoncées en France. Éric Woerth a répondu aux questions de Patrick Roger.

 

Plan de résilience : "Quand on sort le chéquier, on ne le sort qu'une fois"

Jean Castex a présenté le plan de résilience pour que les Français, particuliers comme professionnels, puissent faire face à la hausse des prix des carburants et à l’inflation généralisée. Parmi les mesures du plan à 7 milliards d’euros, des baisses sur les prix des carburants ciblées sur les pêcheurs ou encore les agriculteurs, alors que certains demandent une baisse de la TVA. "Ça revient exactement à la même chose", déclare Éric Woerth. "Sauf que, quand on sort le chéquier, on ne le sort qu'une fois."

Pour la fiscalité, ce serait différent : "quand on baisse la fiscalité, on ne la réaugmente pas". Or, souligne le président de la Commission des Finances, "on a besoin de la fiscalité sur l’énergie pour financer les dépenses publiques".

 

Éric Woerth : "Le gouvernement rend les surplus de TVA"

Les montants que rapporte la TVA aux caisses de l’État sont en effet plus importants si les prix augmentent, mais "pas la TICPE, elle est sur le volume". "C’est pour ça que le gouvernement rend les surplus de TVA", explique le député de l’Oise, par le biais des baisses annoncées des prix des carburants. "C’est équivalent à une baisse de la TVA, au fond, mais ponctuelle."

Celui qui soutient désormais Emmanuel Macron demande : "est-ce que parce qu’il y a une élection présidentielle il ne faudrait pas aider les Français ?". Les prix augmentent en effet fortement, une hausse soutenue par les tensions géopolitiques mais aussi la sortie de la crise de la Covid-19. "Oui, il faut aider à un moment donné", souligne-t-il. Il s'agit toutefois de "dépenses d’argent public" qui demandent à ce que "derrière" il y ait "une politique très sérieuse de finances publiques" afin de réduire les dépenses et donc la dette.

Il rappelle, en tant qu’ancien ministre du Budget, "sous Nicolas Sarkozy, on a dépensé à peu près la même chose". Pour Éric Woerth, "on attend, en France, de l’État, qu’il soutienne un pays lors d’une crise", ce qui n’est pas le cas de tous les pays puisque dans certains, juge le député, "on laisse les gens crever".

 

Salaires : "Les entreprises doivent faire ce qu’elles peuvent alors que leurs marges se réduisent à cause des coûts"

Des manifestations sont annoncées, le 17 mars 2022, pour demander une augmentation des salaires, proposition par ailleurs de certains candidats à la Présidentielle. Éric Woerth explique qu’aujourd’hui "les salaires, ça dépend des entreprises". "Les entreprises doivent faire ce qu’elles peuvent alors que leurs marges se réduisent à cause des coûts."

Pour le député de l’Oise, "l’augmentation des salaires ne peut être que la résultante des entreprises". Il juge qu’il est en effet impossible d’augmenter les salaires "aussi fortement que ne le voudrait un certain nombre de gens" car cela étranglerait les entreprises elles-mêmes.

 

Le programme pour la présidentielle d’Emmanuel Macron est "un programme de réforme profonde du pays"

Emmanuel Macron va présenter, le 17 mars 2022, son programme pour la présidentielle dont certains détails ont fuité : âge de départ à la retraite à 65 ans, baisse de la taxation sur les successions ou encore le RSA conditionné. Valérie Pécresse a déclaré que ce programme est une "pâle copie" du sien et de celui du parti Les Républicains. "Je n’avais pas commenté le programme de Valérie Pécresse", rappelle Éric Woerth qui le qualifie malgré tout "d’absolument classique". "Je conteste le positionnement politique de LR."

Celui qui se dit "favorable à une vision optimiste de la vie" juge que le programme des LR ne transmet pas cet optimisme. Pour lui, "la France doit investir" et "être la plus ouverte possible". "Je crois en une France européenne", explique le président de la Commission des Finances ; "et ce n’est pas le cas, malheureusement, de la majorité des Républicains".

Dans son deuxième mandat, estime le député de l’Oise, Emmanuel Macron aura toute la liberté "de réformer". Le programme d’Emmanuel Macron est "un programme de réforme profonde du pays", déclare Éric Woerth. "Ce n’est pas un programme de brutalité."

 

Présidentielle : le débat "n'est pas hors contexte" et celui-ci est "écrasant"

Les adversaires d’Emmanuel Macron critiquent fortement les annonces faites, déclarant qu’il sort le carnet de chèques pour faire campagne tandis que certains, comme Gérard Larcher, estiment que la légitimité du Président pourrait être entachée car il "enjambe la campagne". "On n’a pas le droit de dire ça", déclare Éric Woerth. De telles déclarations sont "presque un appel à créer des barricades". Il rappelle que la légitimité des maires élus durant la crise sanitaire n’est pas remise en cause, alors même que ceux-ci élisent les Sénateurs.

Alors qu’une partie de l’opposition déclare qu’il n’y a pas de débat en France, le président de la Commission des Finances souligne qu’un débat "n’est pas hors contexte". Et ce contexte est "écrasant" entre la sortie de la crise sanitaire et la guerre en Ukraine. "Le président de la République a évidemment à faire face."

"Est-ce qu’il y a une neutralité présidentielle, de l’action présidentielle, à un moment donné où le monde entier vit une crise comme rarement il en a vécu ?" Les raisons qui poussent Emmanuel Macron à agir sont "factuelles", souligne Éric Woerth qui demande aux LR si Nicolas Sarkozy "serait resté immobile" dans la même situation. "Je ne crois pas que les Français soient achetables, je ne crois pas qu’on puisse acheter les Français par des mesures."

 

 

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