Soyez libre avec vous, Elisabeth Lévy. Vous allez revenir sur le décès de Lionel Jospin et de LFI qui a gagné la mairie de Creil dans l’Oise. Quel est le rapport ?
« Le rapport c'est que la victoire de LFI à Creil, une ville de 35 000 habitants qui était un bastion socialiste depuis plus d'un siècle, et bien la victoire de l'insoumis Omar Yaqoob, c'est la conséquence lointaine d'une décision prise il y a 37 ans par Lionel Jospin, alors ministre de l'Éducation Nationale.
En septembre 89, trois adolescentes qui refusent d'ôter leur voile islamique sont exclues d'un collège de Creil. Et durant des semaines, la France s'écharpe sur ses foulards. Entre ceux qui veulent une laïcité ouverte, inclusive, et les partisans d'une conception stricte, c'est la guerre. Finkielkraut, Debré, Elisabeth Badinter et d'autres adjurent Lionel Jospin d’empêcher « le Munich de l'école républicaine ».
Lionel Jospin a inventé le « tenez bon, puis cédez »
Et un certain Jean-Luc Mélenchon s’énerve. « On n'arrive pas à l'école déguisée en afghan ou je ne sais pas quoi », dit-il. Mais une grande partie de la gauche, biberonné à SOS Racisme et aux droits à la différence, défend la liberté de se voiler. Et le 25 octobre, à l'Assemblée nationale, en suivant le Conseil d'État qui recommande de laisser les chefs d'établissement se débrouiller, Lionel Jospin invente le « pas de vague », le « tenez bon et puis cédez » à l'Assemblée nationale :
Lionel Jospin : "Si se produisent comme se sont produits des cas de blocage, c'est-à-dire d'enfants qui vont à l'école, notamment avec un foulard sur la tête, je préconise que les directeurs d'établissement et les enseignants disent à ces enfants et à leurs parents qu'ils ne doivent pas venir à l'école dans ces conditions. S'il y a blocage et s'il y a refus, je dis alors l'école doit accepter et accueillir ces enfants."
"L'islamisation est allée très vite"
C'était en 89. Lionel Jospin n'est pas responsable de la suite.
« Bien sûr, les hommes ne savent pas l'histoire qu'ils font. Le très honorable Lionel Jospin ignore évidemment qu'en laissant le voile islamique entrer à l'école publique, il scelle la rupture entre la gauche et la laïcité et qu'il enterre l'assimilation républicaine.
Et quand, en 2004, 15 ans plus tard, l'Assemblée adopte l'interdiction des signes religieux à l'école, il est trop tard, l'islamisation est déjà allée très vite. Au nom de la religion des droits individuels, la gauche va encourager le communautarisme. Son message aux arrivants est clair, venez comme vous êtes, c'est la France McDo et les Frères Musulmans, eux, testent notre résistance. Et cette résistance est bien molle.
"Les enfants d'immigrés et les musulmans : une clientèle électorale inexploitée"
Quand ils découvrent en 2017 que les enfants d'immigrés et les musulmans constituent une clientèle électorale inexploitée, Jean-Luc Mélenchon, deux ans après l'assassinat de Charb, opère un tournant islamo-gauchiste et Omar Yaqoob, le maire de Creil, va rejoindre LFI. Pourquoi ? Parce qu'elle vomit Israël après le 7 octobre.
Alors bien sûr, c'est difficile d'écrire une histoire qui n'a pas eu lieu, ça s'appelle une uchronie, mais si Lionel Jospin avait déclaré solennellement à propos de cette affaire de voile : « tout pour les individus, rien pour les communautés », la France du 21ème siècle serait peut-être, pour les musulmans, ce que la France du 19ème a été pour les juifs, le pays de l’émancipation. »
Retrouvez Soyez Libre dans le Grand Matin Sud Radio au micro de Patrick Roger.