L'édito politique de Thierry Guerrier - "Du côté du gouvernement, on veut absolument croire que l'opinion est en train de se retourner"

Notre éditorialiste a sa petite idée de ce que va donner cette semaine de grève, parlant même de "paroxysme". Entre négociations qui tournent en rond et soutien relatif aux grévistes d'une majorité des Français, le gouvernement semble se mettre le compas dans l’œil.

L'édito politique de Thierry Guerrier

 

DANS VOTRE ÉDITO POLITIQUE, CE MATIN… VOUS REVENEZ SUR L’ENJEU QUE REPRÉSENTE, SELON VOUS, LA SEMAINE SOCIALE ET POLITIQUE QUI S’OUVRE AUJOURD’HUI… 

OUI, PARCE QU’APRÈS UN MOIS DE CONFLIT SUR LA RÉFORME DES RETRAITES ET ALORS (JE LE RAPPELLE) QUE LE GOUVERNEMENT S’EST OCTROYÉ DES VACANCES, COMME SI LA SITUATION DE BLOCAGE ÉTAIT PRESQUE ANODINE, AU LIEU DE NÉGOCIER FISSA, LA BATAILLE DES EGOS ET LE BRAS DE FER DES JUSQU’AU-BOUTISTES RISQUE BIEN D’ATTEINDRE SON PAROXYSME, CETTE SEMAINE…

C’EN EST DÉSESPÉRANT… LE PAYS ENCAISSE LES GALÈRES ENGENDRÉES PAR LES BLOCAGES SANS BRONCHER… ET, DISONS LES CHOSES : LES PME, LES ARTISANS, LES COMMERÇANTS ET TOUS CEUX QUI TENTENT DE REJOINDRE LEUR TRAVAIL FONT LES FRAIS DU CONFLIT LE PLUS LONG DEPUIS BIEN LONGTEMPS, ET À QUOI ASSISTE-T-ON ?

AU FACE À FACE D’ACTEURS QUI SONT DANS LA POSTURE POLITIQUE ET QUI DONNENT L’IMPRESSION D’ÊTRE « HORS SOL », C’EST À DIRE DE S’AFFRONTER, SANS MESURER LES CONSÉQUENCES DE CE QU’ILS FONT VIVRE AUX FRANÇAIS…

 

MAIS LES NÉGOCIATIONS VONT REPRENDRE DEMAIN… ELLES VONT PEUT-ÊTRE PERMETTRE UNE SORTIE DE CRISE ? 

IL SERAIT PLUS QUE TEMPS ! POURTANT, CE QUI M’INQUIÈTE, C’EST QUE NOUS SOMMES DANS UNE SITUATION OÙ LES RADICAUX DES DEUX BORDS (À MATIGNON, COMME CHEZ LES SYNDICATS QUI REFUSENT TOUT COMPROMIS), DANS LES DEUX CAMPS ON SE SENT ASSEZ FORT POUR NE RIEN LÂCHER ! 

DU CÔTÉ DU GOUVERNEMENT, ON VEUT ABSOLUMENT CROIRE QUE L’OPINION EST EN TRAIN DE SE RETOURNER ET QU’ELLE VA BIENTÔT MAJORITAIREMENT DÉSAPPROUVER LES GRÉVISTES… ET ON FONDE CET ESPOIR SUR LE SONDAGE IFOP-JDD D’HIER QUI MONTRAIT UN RECUL DE 6 POINTS DU SOUTIEN À LA GRÈVE, MÊME SI CELUI CI RESTE ENCORE LÉGÈREMENT MAJORITAIRE… 

DU COUP, LE NOUVEAU SECRÉTAIRE ÉTAT CHARGÉ DE LA RÉFORME, LAURENT PIETRASZEWSKI, S’EST PERMIS DE FERMER LA PORTE À LA RÉINTRODUCTION (DANS LA DISCUSSION) DE CERTAINS CRITÈRES DE PÉNIBILITÉ, SOUHAITÉS PAR LES SYNDICATS… LES NÉGOS N’ONT PAS ENCORE REPRIS, ON NOUS PARLE DE DIALOGUE, ET LE GOUVERNEMENT COMMENCE PAR FERMER DES PORTES ! CE N’EST PAS DE BONNE AUGURE, VOUS L’AVOUEREZ… 

BON, MAIS EN FACE, LE RECUL DU SOUTIEN POPULAIRE NE SEMBLE PAS VRAIMENT TOUCHER LES PLUS DURS ?

METTEZ VOUS À LEUR PLACE : COMMENT RAISONNENT LES SYNDICALISTES LES PLUS DÉTERMINÉS ? 

ILS SE DISENT QU’ILS NE VONT PAS LÂCHER MAINTENANT, APRÈS AVOIR TENU SI LONGTEMPS, ALORS MÊME QU’ILS N’ONT RIEN OBTENU SUR L ‘ESSENTIEL, SUR L’ÂGE PIVOT NOTAMMENT… 

REPRENDRE LE TRAVAIL CE SERAIT DU GÂCHIS, PENSENT-ILS, ET ILS PARIENT SUR LE BASCULEMENT ÉVENTUEL DES PORTS ET SURTOUT DES RAFFINERIES DANS LE CONFLIT, POUR QUE LE GOUVERNEMENT FINISSE PAR PRENDRE PEUR DES CONSÉQUENCES POLITIQUES D’UNE SITUATION QU’ON FINIRA PAR LUI REPROCHER…

LE GOUVERNEMENT VA-T-IL TENIR ?

C’EST TOUTE LA QUESTION… ET ON SENT D’AILLEURS DES TENSIONS EN SON SEIN…

ENTRE UN PREMIER MINISTRE, ÉDOUARD PHILIPPE, « DROIT DANS SES BOTTES », QUI VEUT LAVER L’AFFRONT DE 1995, ET QUI NE VEUT RIEN LÂCHER… ET UN BRUNO LEMAIRE, LE MINISTRE DE L’ÉCONOMIE, QUI N’A QUE FAIRE, LUI, DE SAUVER L’HONNEUR DES JUPPÉISTES, ET QUI S’AGAÇAIT HIER DANS LE JDD DE L’ABSENCE D’UN VÉRITABLE DIALOGUE…

LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, EMMANUEL MACRON, VA PEUT-ÊTRE, DU COUP, DEVOIR TRANCHER ENTRE CES DEUX LIGNES… ENTRE CEUX QUI S’ARC QUE BOUTENT, ET CEUX QUI PENSENT QUE « CE CONFLIT DOIT CESSER » !