Jean-Michel Baylet : "Il faut préserver le modèle agricole français"

Jean-Michel Baylet, ministre de la Ruralité, de l'aménagement du territoire et des collectivités était l'invité de Sud Radio et TV Agri, en direct du salon de l'agriculture.

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Aujourd'hui, en tant que ministre, croyez-vous encore aux petites fermes, aux petits producteurs, ou est-ce qu'il faudrait que la France franchisse ce pas et se tourne vers une agriculture plus intensive ?D'abord, je ne suis pas ministre de l'Agriculture, mais de la Ruralité, de l'aménagement du territoire et des collectivités. Je pense qu'il faut préserver le modèle agricole français. Le système expansif que nous voyons dans certains pays n'est pas forcément cohérent avec l'agriculture française. Il y a déjà de très grandes exploitations, en particulier céréalières ou betteravières, mais il y a aussi à côté des exploitations familiales, qui sont plutôt de petites exploitations, souvent de polycultures, celles-là méritent d'être soutenues et elles doivent vivre, parce qu'elles sont la spécificité du modèle agricole français. C'est là que nous trouvons les bonnes productions, bio ou pas, mais des produits de très bonne qualité, qui doivent s'organiser davantage en circuit court, comme j'en ai vu ce matin sur le salon, et qui permettront aux agriculteurs de mieux s'en sortir et aux consommateurs de manger de bons produits.Justement, sur cette question des circuits cours et de cette ruralité, il y a un département que vous connaissez bien et où ça fonctionne, c'est celui du Gers, où on a de petits producteurs qui alimentent les cantines, les petits restaurants d'entreprises, les mairies. Ça prouve aussi que cette agriculture et cette ruralité peuvent fonctionner ? Je crois que, pour cette ruralité, l'avenir est là, parce que nous savons les comportements de la grande distribution. Les petits producteurs ont souvent peu de moyens et sont souvent démunis face à une telle puissance de feu, même s'il est souhaitable qu'y compris dans la grande distribution, on vende les produits de ces agriculteurs. Mais il faut que les élus, et là, je suis directement dans mes responsabilités, créent les conditions pour que dans les services publics, les élus et les représentants des grandes administrations, on mange local, on mange les productions locales, de qualité. On s'est longtemps heurté à des problèmes de marché, puisque, normalement, on doit lancer des appels d'offres ouverts, y compris européens, à un niveau assez bas. Mais, maintenant que tout cela a été pris en compte et qu'on a un peu assoupli les choses, il faut absolument que, dans nos cantines, on mange des bons produits de chez nous.A la fin des années 1990, Jacques Chirac, déjà, décrétait un plan pour couvrir, pour les téléphones mobiles, la globalité de la France. On est en 2016, il y a encore des zones qui ne sont pas couvertes, alors que l'agriculture est de plus en plus numérique, c'est-à-dire qu'on a besoin de la 3G et de la 4G. Qu'allez-vous faire ? Non seulement je vais faire mais j'ai déjà fait, puisque pas plus tard que la semaine dernière, avec Emmanuel Macron, nous avons réuni à Bercy l'ensemble des opérateurs français pour exiger qu'ils ne se préoccupent pas que des villes, où naturellement leurs investissements sont rentables, mais qu'ils couvrent aussi la ruralité, que ce soit en téléphonie mobile, vous faîtes bien de le rappeler, parce qu'il y a encore des zones blanches et que c'est tout à fait inadmissible, ou que ce soit concernant le numérique. Je rappelle que le Gouvernement a lancé un plan numérique. Dans mon propre département, j'avais créé, quand j'étais président du conseil général, le schéma départemental de l'aménagement numérique, nous avions obtenu 25 millions d'euros d'aides de l'Etat, ce n'est pas rien. Il est indispensable que le numérique soit aujourd'hui dans les campagnes. 3G, 4G, on verra. Haut débit, très haut débit, on verra, mais en tout cas, c'est aussi indispensable à la vie que le téléphone il y a 30 ans.Comment est-ce que vous pensez pouvoir influer, vous au niveau du Gouvernement, mais peut-être aussi au niveau de la commission européenne, face au modèle de la politique agricole commune qui, en gros, est le modèle argentin, c'est-à-dire une exploitation de 30 000 hectares, pour intervenir et soutenir cette spécificité agricole française, mais aussi européenne ? D'abord, je travaille main dans la main avec Stéphane Le Foll, qui ne mérite pas les critiques à son encontre, car il a à gérer une crise conjoncturelle et structurelle dans des difficultés extrêmes, même si je comprends le désespoir et donc la colère de certains. Ensuite, nous allons, mi-avril, réunir à nouveau un comité interministériel sur la ruralité, présidé par le Premier ministre lui-même, et prendre un certain nombre de mesures complémentaires au précédent comité interministériel qui s'était déroulé à Vesoul il y a un an et qui avait quand même pris 67 décisions, qui sont extrêmement importantes pour la ruralité et qui ne sont pas assez connues et pas assez appliquées. Je peux vous le dire en avant-première ici, je vais demander aux préfets de nommer dans chaque département un sous-préfet ruralité, avec un comité de pilotage, composé d'élus et de responsables agricoles, pour arriver à appliquer ces mesures et, naturellement, ce comité interministériel sur la ruralité qui va se dérouler au mois d'avril prendra un certain nombre de mesures complémentaires, celles qui sont attendues et celles qui sont nécessaires aujourd'hui pour continuer à soutenir la ruralité.