Jean-François Copé : le maire est "un peu le médecin généraliste" de la République

Jean-François Copé, Maire LR de Meaux et ancien Ministre, était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 26 janvier 2021 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Jean-François Copé interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio le 26 janvier 2021 à 7h40.

Jean-François Copé : "Les acteurs de terrain sont en réalité ceux qui font le boulot"

Le reconfinement de la population semble inévitable pour les scientifiques, mais l’exécutif semble temporiser. Emmanuel Macron n’y serait en effet pas vraiment favorable. "De toute façon, c’est aux politiques de décider", estime Jean-François Copé. "C’est un peu comme les sélections de l’équipe de football : tout le monde a son avis sur la question.L’ancien ministre refuse toutefois la comparaison avec les 66 millions de procureurs d’Emmanuel Macron : "la formule est extrêmement inadaptée pour ne pas dire insultante". "Il est normal que chaque Français ait un avis." Mais c’est au chef de l’État de décider, c’est "pour ça qu’il est là", rappelle le maire de Meaux.

S’il concède que la situation est loin d’être simple et appelle à "l’indulgence", "il y a quand même un certain nombre de réflexes que l’on pourrait avoir parce que ça fait maintenant près d’un an qu’on gère cette crise". Selon Jean-François Copé, Emmanuel Macron se donne le maximum de temps possible "pour décider quel type de confinement, parce qu’on sait très bien que ça n’aura pas les mêmes conséquences". Le maire de Meaux aimerait que soit possible de "préserver l’ouverture des écoles et les commerces" tout en confinant "suffisamment pour continuer de se battre et en finir avec ce cauchemar sanitaire". Pour lui, "ce que décidera le président de la République sera bien, on est là pour être solidaires".

L’ancien ministre estime que le problème principal est "la manière dont on associe les acteurs de terrain qui sont en réalité ceux qui font le boulot". "L’affaire de la vaccination est encore un cas d’école", analyse le maire de Meaux. Il souligne que les maires, dont il fait partie, n’ont pas reçu "de message dès octobre-novembre pour nous dire Messieurs les maires, à Meaux, à Reims, à Tourcoing, à Nice, partout, préparez-vous". "Nous n’avons jamais eu de message" ce qui a conduit les maires de France à pousser un coup de gueule adressé au gouvernement : "vous êtes fous, on n’y arrivera pas". Il explique que dans la salle de spectacle de Meaux "nous pourrions faire facilement 1.000 à 1.200 vaccinations par semaine, nous sommes poussivement à 500, parce que les doses ne sont pas là".

 

"Emmanuel Macron est mal placé quand il engueule ses ministres alors qu’on sait pertinemment que c’est lui qui commande"

Le coupable de cette situation, pour le maire de Meaux, n’est pas forcément l’administration qui a "bon dos : quand ça ne marche pas, c’est toujours l’administration". Un de ses professeurs de l’ENA, raconte Jean-François Copé, lui a dit qu’un "ministre, avant d’être le gars qui donne son nom de famille à une loi, ou qui fait une bonne émission de radio ou de télé, c’est d’abord le patron de son administration. Le ministre c’est le patron de son administration".

La situation actuelle est donc "la responsabilité du politique". Pour l’ancien ministre, commander n’est pas faire une annonce après un conseil de Défense "et vous vous débrouillez avec l’annonce" ; "le rôle du commandement est, certes, de définir un cap, mais aussi de prendre une décision et de s’assurer qu’elle est appliquée". "On voit bien qu’il y a des défaillances de chaînes de commandement en France, estime Jean-François Copé, car tout ça n'a pas été suffisamment organisé". La faute revient à Emmanuel Macron qui "est mal placé quand il engueule ses ministres alors qu’on sait pertinemment que c’est lui qui commande", aux ministres eux-mêmes "quand ils insultent les maires".

 

"Le maire est un peu le médecin généraliste" de la République

"De manière générale, ceux qui tiennent la République au quotidien et sur lesquels, finalement, on ne s’appuie pas suffisamment, ce sont les maires. Ce sont eux qui gèrent des tas de problèmes, des choses qui ne sont pas ni dans les codes, ni dans les livres… On fait comme on peut, c’est notre métier."

Pour Jean-François Copé, le maire est "un peu le médecin généraliste" car il doit trouver des solutions à des problèmes du quotidien. Selon lui, le rôle des maires est majeur. Il regrette que les maires ne soient jamais mis "en amont des dispositifs" sauf quand la situation est critique. "Une réorganisation du fonctionnement du pays devrait être imaginée à l'aune de ce que nous vivons estime-t-il. L'intérêt de l'action publique est de tirer les leçons et d'être en anticipation, prendre du recul. Nous aurons un gros travail à faire pour tirer toutes les leçons de la manière dont nous gérons cette crise, en regardant aussi les autres pays".

 

"Demain Pasteur, Sanofi, réussiront sur d’autres choses. Il ne faut pas accabler"

L’institut Pasteur, le 25 janvier 2021, a annoncé arrêter les recherches sur son candidat vaccin contre la Covid-19 faute de résultats satisfaisants. "J’étais très triste, parce que c’est un des fleurons mondiaux de la recherche scientifique." Pour autant, "ça fait partie de la vie" que d’échouer parfois, juge Jean-François Copé. "Chapeau à ceux qui réussissent, et puis demain Pasteur, Sanofi, réussiront sur d’autres choses. Il ne faut pas accabler."

 

"D'une manière générale, je n'aime pas beaucoup les référendums"

François Bayrou se dit favorable dans Le Figaro le 26 janvier au référendum sur la proportionnelle mais pas sur le climat. "D'une manière générale, je n'aime pas beaucoup les référendums affirme Jean-François Copé. Je pense que le grand rendez-vous c'est l'élection présidentielle sur un programme, pour un homme, un projet politique, une manière de gouverner. L'expérience est là pour le démontrer, lors d'un référendum on ne vote jamais pour la question qui est posée, ça donne lieu à toutes les dérives possibles, y compris extrémiste et populiste ! Par ailleurs, la démocratie représentative est ce qui structure notre République explique-t-il. Cette idée selon laquelle le président de la République et les députés sont élus au suffrage universel pendant 5 ans, durée pendant laquelle on leur confie la charge du pays, il y a des oppositions, on discute, chacun doit écouter l'autre, et au bout des 5 ans on décide par un nouveau vote si on arrête ou si on continue".

"Sur le fond des choses, l'histoire de cette idée du référendum sur l'environnement pour changer la Constitution m'inquiète énormément ajoute l'ancien ministre. En réalité, dans les termes choisis, les conséquences juridiques derrière sont considérables : nous ne pourrons plus construire une route, un aéroport, développer le pays sans être sous les fourches caudines du juge qui décidera si oui ou non il considère qu'on a violé ou non la Constitution prévient-il. C'est l'esprit de responsabilité qu'il impose et c'est du domaine de la loi ! Notre message est de respecter les Accords de Paris" souligne-t-il.

Sur la proportionnelle, "je n'y est jamais été favorable rappelle-t-il. Pour lui, un parlement ne sert pas à représenter toutes les diversités politiques, il faut une majorité claire. La proportionnelle intégrale signifie que les majorités se font avec 2-3 voix qui viennent des minorités et ce seraient les minorités qui feraient basculer les choses. Quand on rentre de la proportionnelle, on crée de l'instabilité comme on l'a connue sous la IVè République".

 

"Un pays dans une grande démocratie ne peut pas vivre et perdurer s'il n'y a pas de l'autorité"

Jean-François Copé réaffirme sa volonté que les maires aient plus de pouvoir en matière de police. "Gérald Darmanin est venu à Meaux voir in situ ce que nous avons réalisé avec la police municipale qui est armée, avec un équipement remarquable, qui travaille en complémentarité de la police nationale. Nous avons 260 caméras de vidéo-surveillance et nous avons diminué la délinquance par deux !"

"Il y a un travail de maillage, qui n'est pas fait à Paris parce que Madame Hidalgo y est défavorable, mais qui doit être la norme en France. Sur ces sujets-là, la réserve opérationnelle fait partie de ces idées selon lesquelles chacun doit se sentir concerné par la question de l'autorité estime-t-il. Un pays dans une grande démocratie ne peut pas vivre et perdurer s'il n'y a pas du progrès mais aussi de l'autorité".

 

Cliquez ici pour écouter "L’invité politique" avec Patrick Roger

Toutes les fréquences de Sud Radio sont ici !