Jean-Christophe Lagarde : "pourquoi attendre 17 jours pour rendre le masque obligatoire ?"

Jean-Christophe Lagarde était l’invité du “petit déjeuner politique” de Benjamin Glaise et Laurence Garcia le 15 juillet 2020 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Jean-Christophe Lagarde interviewé par Benjamin Glaise et Laurence Garcia sur Sud Radio le 15 juillet 2020 à 7h40.

Emmanuel Macron a parlé aux Français dans un entretien en direct le 14 juillet 2020 durant lequel il avait annoncé le "nouveau chemin" de la fin de son quinquennat. Un sondage Twitter lancé par SudRadio montre que les Français l’ont essentiellement trouvé "déconnecté". Pour Jean-Christophe Lagarde, président de l'UDI et député de Seine-Saint-Denis, il a surtout été "inquiétant".

 

"Il m’a donné le sentiment de ne pas savoir où il nous conduisait"

Alors qu’il avait dit "le 14 juillet vous en saurez plus sur le nouveau chemin que je veux proposer", "il m’a donné le sentiment de ne pas savoir où il nous conduisait". De nouveaux chemins, "il n’y en avait pas", estime le député. "Il y a eu une longue défense de son bilan" alors que les Français "le connaissent", juge le président de l’UDI. Or, "le boulot du président, c’est de fixer un cap, de donner une ligne, d’essayer de nous rassembler derrière quelque chose".

Sur l’épidémie, qui a été évoquée par le président lors de cette intervention du 14 juillet 2020, "je pense que le chef de l’État, le gouvernement, n’en font pas assez sur le sujet". "Il faut que nous soyons raisonnables pour de ne pas resubir ce que nous avons subi." Emmanuel Macron a confirmé que "les signes de reprise de l’épidémie sont là", ce que confirment également les médecins et le personnel hospitalier. En Mayenne, département "absolument pas touché" par la pandémie lors de la première vague, des cas ont été recensés.

 

"Il faut 17 jours pour pouvoir porter un masque dans les lieux clos ? Pourquoi ?"

Concernant les mesures de lutte contre la pandémie, Emmanuel Macron a annoncé l’obligation du port du masque dans les lieux publics clos. Mais cette obligation n’entrerait pas en vigueur avant le 1er aout 2020. "J’ai une incompréhension."

"Il a fallu 48h au gouvernement pour nous annoncer qu’on était confinés, qu’on devait tous rester chez nous ; il faut 17 jours pour pouvoir porter un masque dans les lieux clos ? Pourquoi ?"

Le président de l’UDI rappelle, notamment que, "quand on a la photo à l’instant T, aujourd’hui, du niveau de pandémie, c’est en fait celle d’il y a 15 jours, puisqu’il y a 14 jours de délai avant que la maladie ne se déclare". De fait, Jean-Christophe Lagarde espère "que le Premier ministre va annoncer une accélération de cette mesure" du port du masque obligatoire, demandée par ailleurs par les médecins.

Il concède que "ça n’est agréable pour personne" et qu’il est normal que les Français veuillent "revenir à une vie normale", mais "l’OMS elle-même dit ça n’est pas pour demain". "Si on veut protéger des vies, si on veut protéger notre économie, nos emplois", il faut être "raisonnable", estime le député de Seine-Saint-Denis. "Et si la raison ne suffit pas, il faut que la règle l’impose."

 

Emmanuel Macron "a cherché d’abord à essayer de faire oublier Jupiter"

Durant son intervention, Emmanuel Macron a répété certains termes comme "conscience" ou "dialogue social". Jean-Christophe Lagarde estime surtout que ce discours était celui d’un "Président qui a cherché d’abord à essayer de faire oublier Jupiter". Toutefois, pour le député, "C’est l’épreuve des faits qui nous montrera si c’est un discours sans lendemain ou si c’est une méthode".

Le député de Seine-Saint-Denis estime que cette méthode du dialogue est celle que le Premier ministre Jean Castex, qui tiendra son discours de politique générale le 15 juillet 2020 à l’Assemblée nationale, "souhaite appliquer". "Mais là encore, c’est l’épreuve des faits."

"Quand on gouverne depuis trois ans, les mots ne suffisent plus", estime Jean-Christophe Lagarde pour qui "ce sont les gestes, les actes, les décisions concrètes qui finissent par être convaincants ou pas".

 

"Ne disons pas aujourd’hui : ‘il ne faut pas faire d’efforts’"

Emmanuel Macron, entre autres, a annoncé 100 milliards d’euros pour le plan de relance économique, l’exonération des cotisations pour les jeunes ou encore 300.000 contrats d’insertion, sans forcément expliquer d’où vient cet argent. "Concrètement, le retour de l’argent dans le débat politique est inquiétant : c’est-à-dire que nous sommes en train de dépenser beaucoup d’argent que nous n’avons pas."

Mais la dette qui se profile pour la France à cause du Covid-19 n’est pas un problème pour Jean-Christophe Lagarde, alors que celle contractée "sans utilité", celle que la France traîne depuis des années, l’est. "Ne disons pas aujourd’hui : ‘il ne faut pas faire d’efforts’." "Tout ce que vous n’allez pas faire pour sauver les entreprises aujourd’hui, pour sauver les emplois aujourd’hui, vous coûtera beaucoup plus cher." Les mesures d’aides permettent en effet de "préserver les contribuables de demain".

Les annonces concernant l’emploi des jeunes sont toutefois à remettre dans le contexte : Jean-Christophe Lagarde rappelle qu’Emmanuel Macron "a supprimé 180.000 emplois aidés" depuis le début du quinquennat. S’il annoncer en créer 300.000, "ça fait 120.000 de plus pour faire face à la crise". Au total, le gouvernement semble annoncer que pratiquement tous les jeunes "vont se retrouver là-dedans", dans les diverses mesures annoncées. "Je ne suis pas très sûr que ce soit une réalité concrète qui se traduira sur le terrain."

 

Réforme des retraites : "en travaillant 37 heures par semaine, on aboutirait au même résultat"

Une grande réforme est revenue sur le devant de la scène : celle des retraites. Le gouvernement, qui l’avait mise entre parenthèses durant la crise sanitaire, a annoncé qu’il comptait la relancer et la terminer, malgré les réticences des syndicats. Pour Jean-Christophe Lagarde, le flou règne sur ce sujet, "on sait surtout qu’il ne veut pas dire ce qu’il va faire".

Le député de Seine-Saint-Denis juge que le gouvernement a "commis une erreur" au sujet de cette réforme. "Il y a une réforme systémique, qui est la retraite par points, qui est nécessaire et que les Français comprenaient", mais, sur cette réforme, Emmanuel Macron "a voulu rajouter une réforme paramétrique, c’est-à-dire modifier l’âge de la retraite".

Le président de l’UDI prévoit que "cette deuxième réforme, il va la laisser tomber", pour revenir à la première. "La seconde ce sera un des débats de l’élection présidentielle" estime l’élu.

Jean-Christophe Lagarde considère "absurde" le report de l’âge de départ à la retraite de deux ans pour les faire travailler "plus longtemps". Cette augmentation du temps de travail peut être faite "au cours de la carrière professionnelle". "Au lieu de travailler 35 heures, en travaillant 37 heures par semaine, on aboutirait au même résultat, et c’est 20 à 25 minutes par jour." Une telle réforme, selon le député, serait largement mieux appréciée qu’un rallongement de deux ans en fin de carrière.

 

"Ne pas faire cette dette vous coûte plus cher à la sortie"

L’autre question qui se pose pour la France post-Covid, c’est celle du remboursement de la dette. Le gouvernement a annoncé qu’il n’y aurait aucun nouvel impôt pour la payer, ni même une augmentation. Une position avec laquelle Jean-Christophe Lagarde est d’accord. "Vous avez une dette qui est nécessaire", réitère l’élu, contrairement aux "2.300 milliards de dette" de la France qui "n’étaient pas nécessaires".

"Ne pas faire cette dette vous coûte plus cher à la sortie." Il prend l’exemple d’Air France, qui a reçu 7 milliards d’euros d’aides de la part de l’État. "Si vous ne donnez pas d’argent à Air France, la boîte meurt" ce qui va causer encore plus de casse sociale que celle annoncée. En cas de fermeture d’Air France, "les milliers d’employés disparaissent de la circulation, vont au chômage et vous coûtent de l’argent". Au final, ne pas donner d’argent à ces entreprises entraîne que "vous perdez la boîte comme contribuable, vous perdez les salariés comme contribuables et les salariés vous les indemnisez au chômage. Vous perdez trois fois".

 

"Il faut absolument limiter la casse"

Au niveau du plan de relance de la France, pour Jean-Christophe Lagarde "la priorité c’est d’éviter les destructions" d’emplois. "Il faut absolument limiter la casse". L’UDI, explique son président, a fait "deux propositions très simples et très concrètes".

La première est la transformation du prêt garanti par l’État (PGE) en "quasi fond propre" ce qui entraînerait que le remboursement ne se ferait pas "à partir de janvier prochain", soit dès 2021, mais laisserait le remboursement en suspens pendant "deux ans" pour être ensuite étalé "sur dix ans". "On passe la crise, et ensuite ils remboursent."

L’autre proposition concerne les entreprises en "redressement judiciaire ou en liquidation judiciaire". Alors qu’aujourd’hui la règle veut qu’on paye "les salariés" et "ensuite l’État et la Sécu", l’UDI juge que ce serait plus utile de "payer les fournisseurs" afin d’éviter que les défaillances et les problèmes d’argent ne se transmettent d’une entreprise aux autres.

 

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