"On est dans une démocratie d'opinion, le ressenti vaut presque autant que la réalité"

Béligh Nabli, chercheur à l'IRIS et auteur de La République du soupçon

Chercheur à l’IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) et auteur de "La République du soupçon", Béligh Nabli était l’invité ce lundi du Grand Matin Sud Radio pour évoquer le climat politico-judiciaire actuel.

Les affaires judiciaires sont-elles vouées à rythmer éternellement la vie politique actuelle en France ? Cette question, beaucoup de Français se la posent et la déplorent de plus en plus, dans un contexte politique particulièrement marqué par ces affaires depuis plusieurs années maintenant. Chercheur à l’IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) et auteur de "La République du soupçon", Béligh Nabli était l’invité ce lundi du Grand Matin Sud Radio. Alors que l’ouvrage débute précisément sur le placement en garde à vue de Nicolas Sarkozy dans la nuit du 1er au 2 juillet 2014 pour soupçon de trafic d’influence dans le cadre de l’affaire Bettencourt, l’auteur s’amuse de la coïncidence entre la sortie du livre et la nouvelle garde à vue de l’ex-chef de l’État la semaine dernière.

"L’exigence d’exemplarité monte dans l’opinion publique"

"D’une certaine manière, j’ai l’impression que Nicolas Sarkozy est mon chargé de communication. Tant mieux pour moi, tant pis pour lui… Plus généralement, ce n’est pas son cas qui est important, mais l’évolution de notre système politique et démocratique, qui est rythmé depuis les années 1980 par ces scandales et ces affaires où nos hommes politiques ne sont pas à la hauteur de l’exigence d’exemplarité. Cette exemplarité est inhérente à notre projet politique – la République –, mais la nouveauté c’est qu’elle monte dans l’opinion publique. Il y avait une forme de tolérance de nos concitoyens par rapport aux mœurs politiques. Depuis quelques années, cette tolérance baisse de manière drastique et il y a une forme de défiance envers le politique", affirme-t-il.

L’auteur regrette par ailleurs la réponse apportée à cette exigence qui montent. "Les politiques sont pragmatiques : ils ont compris le message qui vient de nos concitoyens et essayent de traduire cette demande en acte. Que font-ils ? Ils font adopter des lois. Sauf que ce sont des lois prises dans la panique de ces scandales (affaire Cahuzac, affaire Fillon). À aucun moment on ne prend le temps de réfléchir aux vraies causes. Le problème fondamental, c’est que ces scandales sont liés à ce qu’est notre système et ses problèmes de fond. (…) Il n’est pas possible de penser qu’on évitera de futures affaires en votant simplement des lois. Selon moi, le problème réside dans la culture politique. Les politiques doivent véritablement intégrer de nouvelles mœurs, un peu à l’image de ce qui se passe dans les pays anglo-saxons ou plutôt scandinaves où, pour le coup, il n’y a pas beaucoup de lois mais une grande exigence des politiques envers eux-mêmes", souligne-t-il.

"77% des Français pensent que les politiques sont corrompus"

"Chaque année, une étude sur la confiance politique est publiée par le Cevipof. Selon cette étude, les Français pensent à 77% que les politiques sont corrompus ou plutôt corrompus. Les trois quarts des Français qui pensent ça, c’est inacceptable, inconcevable ! Et pourtant, on vit avec…", ajoute-t-il, avant répondre à l’argument selon lequel trop de transparence serait nuisible à la démocratie et la présomption d’innocence. "Nous sommes dans une démocratie d’opinion où la perception, le ressenti, vaut pratiquement autant que la réalité. Si les citoyens ont le sentiment qu’il y a une corruption généralisée du système politique, c’est suffisant pour nous alerter", clame-t-il.

Réécoutez en podcast l’interview de Béligh Nabli dans le Grand Matin Sud Radio

 

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