Élisabeth Lévy : "Derrière ce traitement de l’électorat RN, il y a un mépris social"

Lors de son édito politique, Élisabeth Lévy aborde le sujet du mépris en vers l'électorat du Rassemblement Nationale

 

Ça y est, l’élection est passée et Emmanuel Macron est le président de tous les Français. 

 

Toutes-et-tous. D’abord, une évidence, ceux qui expliquent, comme Mélenchon, qu’Emmanuel Macron a été mal élu sont de mauvais perdants. 

Mais en politique, comme en amour, il faut être deux. On aimerait être sûr que, pour Emmanuel Macron, tous les Français méritent la même attention. 

Pendant la quinzaine antifa. Marine Le Pen et ses électeurs ont été traités d’extrême droite, (avec respect et bienveillance), exclus du champ républicain sans le moindre argument,  à part qu’ils disent “Grand remplacement”. Il ne suffit pas de s'embrasser à Folleville pour que tout soit pardonné. 

Dans son discours de dimanche soir, ses électeurs lepénistes sont arrivés en dernière position après ses électeurs et abstentionnistes. Et aux ralliés rouge et vert du deuxième tour les mamours et les concessions. Loue leur sens du devoir. Aux lepénistes, on dit qu’on veut bien les considérer comme des êtres humains. À condition qu’ils se la ferment. 

 

C’est un procès d’intention ? 

 

Vous verrez. Depuis quarante ans, les mêmes imprécations morales et indignations à deux balles ont accompagné l’ascension de la droite nationale de quelques pourcents à un quart des électeurs. Aucun gouvernement ne leur parle, comme s’ils étaient contagieux (cordon sanitaire). 

La gauche olfactive a gagné. On ne se demande pas si leurs inquiétudes sont fondées, on se bouche le nez, quand ils disent qu’ils ne se sentent plus chez eux, on dénonce ces esprits étriqués. C’est tellement chouette la créolisation et le vélo quand on vit à Paris, derrière des frontières sociales invisibles.  

En 2017 Macron a mené campagne en Saint-Georges terrassant le dragon populiste (insulte de l’époque). Il a dit que s’il ne les faisait pas reculer (les populistes), ce serait un échec. MLP est passée de 33 à 41%. Et elle aura peut-être dix députés. 

Ces électeurs, on les engueule, on les plaint. Nul ne parle de leur tendre la main, de satisfaire certaines de leurs demandes identitaires ou politiques.

 

En plus, ils sont loin. À Paris, 85% pour EM et 15%. pour MLP. La France lepéniste est inconnue des lieux où s’élabore la politique. Comme au Fouquet's : il y a une coupure abyssale entre les milieux décideurs et le reste de la population française. 

La vérité, c’est que derrière ce traitement, dimension de mépris sociale évidente. Ces ploucs ignorants antivax et poutinophiles ne voient pas leur chance d’avoir un tel président. Ils finiront par s’y faire.