A droite, bataille en vue entre constructifs et tenants d'une opposition claire

Pierre-Yves Bournazel, élu en se revendiquant de la majorité présidentielle, fait partie des députés LR "constructifs" ©LIONEL BONAVENTURE - AFP
Pierre-Yves Bournazel, élu en se revendiquant de la majorité présidentielle, fait partie des députés LR "constructifs" ©LIONEL BONAVENTURE - AFP

Au sein des Républicains, une bataille s'annonce entre les tenants d'une opposition claire au gouvernement et ceux qui se disent prêts à voter la confiance. Au point d'aboutir à la création de deux groupes distincts à l'Assemblée ?

Lundi, au lendemain du second tour des législatives, qui ont permis à la droite de sauver les meubles - 137 députés élus dont 113 LR, alors qu'ils en escomptaient deux fois moins après le premier tour - Les Républicains sont devant plusieurs écueils, chacun porteur d'un risque de divisions, voire d'éclatement du parti.

Premier écueil: la formation des groupes politiques à l'Assemblée. Les constructifs, ou Macron-compatibles, sont-ils en mesure de constituer leur propre groupe ? Ou se joindront-ils aux autres LR sous la présidence de Christian Jacob, qui devrait, selon plusieurs sources LR, être reconduit dans ses fonctions? 

Lundi, ils essayaient de se compter. Les principaux sont connus, Thierry Solère, Franck Riester, Pierre-Yves Bournazel... Parmi les autres (dont beaucoup de primo-élus), combien sont sur la même ligne ? Se tourneront-ils vers les UDI également "Macron-compatibles"?

"Le principal, c'est qu'on soit en cohérence avec nos valeurs, libérale-sociale, européenne et humaniste", explique à l'AFP M. Bournazel, qui veut saisir "la chance historique pour le pays de se réformer. Je veux aider Edouard Philippe (le Premier ministre issu des rangs de LR) à y parvenir".

"Faire un groupe avec l'UDI, on y travaille", confie un autre constructif francilien. Toutefois, pour un responsable UDI, les Macron-compatibles de LR "ont l'air moins déterminé qu'il y a 24 heures".

Peut-être parce qu'"ils ont fait moins bien que prévu", selon un responsable LR : vu le nombre d'élus LR qui se positionnent clairement dans l'opposition, "proportionnellement, ils pèsent beaucoup moins".

Le deuxième écueil est plus délicat : le vote de la confiance au gouvernement, le 4 juillet, jour du discours de politique générale de M. Philippe. 

"Dans la vie parlementaire, il y a deux moments importants, le vote de la confiance et le vote du budget. Sur tout le reste, on peut discuter, mais pas sur ça. Quand on vote la confiance ou le budget, on se situe clairement dans la majorité", affirme ce responsable. 

Rénover sans s'entretuer

Quid des constructifs qui ont déjà pris la décision de voter positivement le 4 juillet, tels Solère, Riester, Bournazel et d'autres juppéistes ?

"C'est eux qui prendront l'initiative de se séparer du parti", tranche le même. "L'opposition constructive sera notre ligne. Mais dans 'opposition constructive', il y a 'opposition'. Voter la confiance, c'est signer un chèque en blanc au gouvernement." 

C'est donc début juillet qu'une première ligne de fracture pourrait couper LR. M. Bournazel affirme qu'il ne "désespère pas d'être rejoint par beaucoup de Républicains" sur ce point. Mais "ceux qui ont eu peur de mourir parce qu'ils étaient opposés à un candidat En Marche! ne vont certainement pas se laisser donner des leçons par ceux qui ont gagné sans être confrontés à un macroniste", assure un ancien ministre.  

En admettant que Les Républicains trouvent les moyens de rester ensemble aux cours des semaines à venir - c'est aussi dans leur intérêt de montrer à leurs électeurs, dont beaucoup ont boudé les urnes, leur capacité à se rénover sans s'entretuer - une nouvelle ligne de fracture, potentiellement mortifère, pourrait apparaître à l'automne. 

Début novembre se tiendra le congrès du parti, avec l'élection d'un nouveau président.

Deux conceptions de la ligne idéologique de LR devraient s'affronter: d'un côté celle de Laurent Wauquiez, partisan d'une droite assumée, qui a remporté la présidence de Rhône-Alpes-Auvergne sans l'appui de la gauche, a de quoi séduire un corps électoral constitué sous la présidence Sarkozy du parti. De l'autre, celle de Xavier Bertrand, au positionnement plus central, devenu président des Hauts-de-France avec l'appui de la gauche. 

Jean-François Copé, protagoniste, avec François Fillon, d'une guerre fratricide fin 2012 pour la présidence du parti, est l'un des rares à plaider pour une "direction collégiale".

"Ce qui nous a perdus, ce n'est pas le leadership, c'est la guerre des chefs", a mis en garde dimanche Valérie Pécresse, présidente LR d'Ile-de-France. 
 

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