Diana Filippova : "Comment gouverner des hommes qui se croient libres ?"

Diana Filippova, à la tête de l'agence éditoriale Stroïka, cofondatrice du mouvement citoyen Place Publique et auteure du livre "Technopouvoir : Dépolitiser pour mieux régner" (éditions Les Liens qui libèrent), était l’invitée d’André Bercoff, lundi 13 janvier sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Diana Filippova invitée d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Prendre du recul par rapport au discours progressiste

Comment les technologies et les politiques s'allient-ils dans la gérance de notre société ? Y a t-il des risques pour les libertés individuelles ? Diana Filippova s'est penchée sur ces questions dans son dernier livre Technopouvoir : Dépolitiser pour mieux régner, en souhaitant "prendre du recul par rapport aux discours qui sont à l'intérieur du technologique et de la politique". 

 

C'est en prenant ses distances avec les discours "centrés autour de l'idée du progrès, de la croissance universelle et de cette collusion idéologique et discursive qui s'est nouée depuis deux siècles entre ceux qui créent les technologies et ceux qui ont le pouvoir à la fois au sein des institutions, mais aussi le pouvoir symbolique, économique et culturel", que Diana Filippova a tenté de comprendre l'utilisation des technologies par le pouvoir "pour instituer un certain état de société, comme la démocratie libérale très économiciste", précise-t-elle. D'un autre côté, il s'agit, dans ce livre, de comprendre "pourquoi les technologies n'ont jamais été que des technologies mais également des techniques de pouvoir, de gouvernement", continue l'auteur.

Les libertés en question

"Comment gouverner des hommes qui se croient libres ?", s'interroge Diana Filippova qui estime que nous sommes "très déterminés par plein de choses : le milieu social, l'éducation...". Pour elle, la liberté s'exerce quand "on en prend conscience et quand on arrive à s'insérer dans cette brèche où on arrive à défaire ces déterminismes". À ceux qui disent que "nous sommes des êtres de pure liberté, de pure volonté, me paraît des dispositions tout simplement fausses", insiste-t-elle. Mais pas question de brimer toutes les libertés : "pour mieux gouverner, orienter les conduites, il faut aussi donner plus de libertés pour que les gens puissent subsister", estime-t-elle.

Mais comment définir la liberté ? "Il y a la question de la consommation qui est une technique de pouvoir très ancienne, celle du tournant du XVIIIe-XIXe siècle", répond l'auteur, mais "il y a d'autres libertés, c'est le fameux libertarianisme qui est un espèce de mélange entre la croyance en la liberté, la volonté de s'abstraire de tout déterminisme et en même temps une foi assez forte dans le libéralisme économique et le capitalisme", explique Diana Filippova. "Cette idéologie assez mixte a présidé au développement de certaines technologies où les libertés individuelles sont au centre alors même que ces technologies sont utilisées pour mieux nous orienter", remarque-t-elle.

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