Quel avenir pour le statut de la Corse ?

Au lendemain des émeutes, le gouvernement promet l'autonomie à la Corse. Comment cette décision est-elle accueillie sur l'île ?

Après plusieurs nuits d’émeute, le gouvernement promet l’autonomie de la Corse afin d’apaiser les tensions.

Une lutte armée "anachronique"

Comment cette décision est-elle accueillie ? "Cela fait trente ans que j’ai appelé à la dissolution du FLNC. Je voyais bien ce qui allait se passer, la guerre interne, explique Léo Battesti, ancien leader du FLNC (Front de libération nationale corse). Ceci dit, je ne vais pas renier mon passé. Je considère qu’aujourd’hui c’est disproportionné et anachronique de prétendre vouloir mener une lutte armée dans une île qui a beaucoup de perspectives devant elle. L’essentiel a été fait, le fait corse est établi. Nous nous sommes battus pour faire reconnaître que nous sommes un peuple, nous avons une langue. C’était un mépris, moi qui ai passé toute ma scolarité sans avoir une seconde d’enseignement dans ma propre langue."

"Aujourd’hui, les Corses, de manière massive, veulent que la Corse s’organise, traite ses problèmes. Des organisations armées sont complètement en décalage par rapport à cette réalité." Cette proposition d’autonomie est-elle une bonne chose ? "Enfin ! Vous aviez eu des promesses du candidat Macron, qui avait dit qu’il fallait que les Corses prennent en main leur destin, rappelle ce chef d'entreprise, par ailleurs initiateur du collectif dénonçant "l'emprise mafieuse" en Corse. Plus rien n’a été fait depuis. Il y a eu l’impact désastreux de l’assassinat du préfet Érignac, cela a faussé les choses. On peut comprendre que la famille fasse pression, c’est légitime. Maintenant, cela fait tant d’années que c’est passé. Le corps préfectoral a fait de la résistance et a un peu court-circuité le politique."

Un rejet massif de la jeunesse corse

"Dans une île, dans des votes massifs avec une participation massive, près de 70% des gens veulent soit l’autonomie soit l’indépendance. On ne peut pas continuer comme cela. Aujourd’hui, il y a eu une décision de prise, et je pense qu’elle est positive. Il faut que la Corse prenne plus en charge ses destinées, adapte les lois. S’il y a une crise de la démocratie, c’est aussi parce que les citoyens, les esprits se sont parisianisés, juge Léo Battesti, ancien leader du FLNC. Le FLNC a brandi la menace d’une insurrection. "Je ne sais pas qui c’est. C’est un communiqué bref, assez sommaire, qui reprend des évidences. L’essentiel n’est pas là. C’est de bonne guerre, mais cela ne pèse plus comme il y a trente ans, quand c’était des centaines de personnes sur le terrain."

"Il y a un rejet massif de la jeunesse corse du système politico-français, parisien. Quand, en plus, vous avez une affaire Colonna atroce, avec une responsabilité de l’administration pénitentiaire et de l’État, l’émotion est terrible. Je ne suis pas pour qu’il y ait des débordements. Mais je ne vais non plus les montrer du doigt. Notre jeunesse s’est battue dans les années 1970. Nous avons posé le problème politique. Nous avons eu des avancées considérables."

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