Bruno Retailleau : "Les Français n'attendent pas que le président de la République fasse guili-guili avec je ne sais quel humoriste"

Bruno Retailleau était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 28 mai 2020 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Bruno Retailleau interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio le 28 mai 2020 à 7h40.

L’application StopCovid a été adoptée au Sénat le 27 mai 2020 lors du vote consultatif. Bruno Retailleau, sénateur Les Républicains de Vendée, a voté en sa faveur : "le gouvernement ne devait pas se contenter de nous confiner, mais il fallait en même temps une stratégie plus offensive." Stratégie qui passe par le dépistage massif, le traçage des contacts, et l’isolement. "Il faut dépister, tracer, isoler."

 

Les garanties "sur le volontariat, sur le caractère temporaire, sur une instance de contrôle et sur la transparence" demandées par le sénateur concernant l’application StopCovid "ont été remplies", estime-t-il. "Ce n’est pas parce que je suis dans l’opposition que je m’oppose systématiquement ; j’ai considéré que c’était une application assez respectueuse de nos libertés publiques."

 

"On ne sait pas qui sont les personnes qu’on a croisées"

StopCovid a été développée en France. "Je voulais une solution souveraine", explique le Sénateur qui compare la situation avec l’Allemagne "est dans les mains de Google et d’Apple", car elle a utilisé la solution développée par les deux géants américains.

Sur l’utilité de StopCovid, Bruno Retailleau l’explique : "on a des brigades épidémiologiques qui sont chargées, lorsqu’on a un cluster, qu’il y a une personne malade, de voir tous les contacts qu’ils ont pu croiser et donc contaminer." Mais, lorsqu’on est dans l’espace public "vous ne savez pas qui sont les gens, vous ne pouvez pas retracer ces contacts." "Le digital est un moyen à la condition qu’il respecte nos libertés", juge le sénateur qui précise que StopCovid "les respecte beaucoup plus que les applications qu’on a dans nos smartphones" et dont les données sont envoyées outre-Atlantique.

"Si on prend les précautions alors on doit être un peu plus libres de nos mouvements"

Edouard Philippe doit dévoiler la phase 2 du déconfinement jeudi 28 mai 2020 en fin d‘après-midi. Sur la question de savoir si Bruno Retailleau est favorable à l’assouplissement de la limite des 100 kilomètres, il répond simplement : "bien sûr". "La stratégie de mise sous cloche, c’est la stratégie, finalement, de ceux qui n’en ont pas d’autre."

Le confinement a entraîné "un écroulement économique et un écroulement social avec des conséquences qui seront rudes". "La vie doit reprendre le dessus." Notamment, car "en France et ailleurs, l’épidémie est en train de refluer". "Si on prend les précautions alors on doit être un peu plus libres de nos mouvements."

Bruno Retailleau est également favorable à l’obligation des masques dans les transports. "J’estime que le confinement, ça a été la restriction la plus brutale, la plus générale de nos libertés." "Franchement, je préfère porter un masque plutôt que d’être cloîtré chez moi", juge Bruno Retailleau.

"Il faut s’habituer à vivre avec le virus et donc à vivre avec le risque"

Concernant l’ouverture des bars et des restaurants "il faut faire attention", explique le sénateur LR. "Le risque zéro ça n’existe pas, il faut s’habituer à vivre avec le virus et donc à vivre avec le risque."

Le sénateur rapporte à Sud Radio les remontées de terrain de sa circonscription concernant les règles sanitaires pour la réouverture des piscines. "Ils m’ont montré deux documents", relate-t-il, un de l’ARS d’Aquitaine et un autre de l’ARS de Vendée qui ne présentaient pas les mêmes règles sanitaires alors que ce sont "deux régions qui se jouxtent". "Stop à la bureaucratie", demande le sénateur, "la France en a beaucoup pâti".

"Les plages cet été devront être surveillées pour faire respecter les consignes"

Pour ce qui est de l’ouverture des plages, stratégique notamment pour le tourisme, le sénateur de Vendée estime que les plages dynamiques sur lesquelles on ne peut pas s’asseoir, mais juste circuler sont une bonne solution. "Globalement, ça s’est bien passé." "Nos parcs et nos jardins sont ouverts, mais nos jardins, nos parcs, c’est aussi nos plages."

Néanmoins, la sécurité reste une priorité : "évidemment, on ne doit pas s’entasser." "Les plages cet été devront être surveillées pour faire respecter les consignes." Pour le sénateur c’est même "la condition pour que les Français puissent partir en vacances".

Concernant la réouverture du parc du Puy du Fou, l’élu LR estime qu’il "y a eu beaucoup de bruit". "Ce que je constate c’est que dans le courant du mois de juin d’autres parcs vont rouvrir." "Je suis pour que la vie reprenne le dessus. C’est fondamental parce que si on ne le fait pas notre société s’écroulera."

"Je ne suis pas pour la politique-spectacle, c’est la défiguration de la politique"

Emmanuel Macron a appelé Jean-Marie Bigard, ce qui n’a pas manqué de créer un microscandale en France. "Je n’en ai rien à faire", tranche le sénateur. "C’est de la politique spectacle." Il estime que "les Français sont au-dessus de ça."

Les Français "attendent qu’on leur apporte des solutions", estime Bruno Retailleau. "Les Français n'attendent pas que le président de la République fasse guili-guili avec je ne sais quel humoriste."

"C’est le show-biz, c’est tout ce que les Français n’aiment pas." "Je ne suis pas pour la politique-spectacle", précise l’élu qui estime que "c’est la défiguration de la politique". "Ce que je reproche souvent à Emmanuel Macron, c’est de prendre des airs de comédien."

"On demande qu’il puisse y avoir deux procurations par personne"

Dans le cadre du deuxième tour des Municipales, la solution du vote par correspondance est évoquée afin de limiter l’abstention. Une solution à laquelle Bruno Retailleau est loin d’être opposé "je l’avais évoqué il y a déjà deux mois", précise-t-il. Sur les risques de fraude, principale critique de ce système, le sénateur estime que "la fraude est souvent partout, et il y a des moyens aussi de la contredire."

"On demande qu’il puisse y avoir deux procurations par personne" ce qui permettrait "d’articuler la protection des Français et la participation des Français". Le sénateur est donc à la fois favorable au vote par procuration et par correspondance si bien qu’il y aura "un amendement pour faciliter le vote par correspondance" au Sénat, proposé par le groupe Les Républicains.

"Ce sera une catastrophe sociale et économique"

Le plan de relance de l’économie du parti Les Républicains sera présenté "dans quelques jours", annonce Bruno Retailleau et le groupe du Sénat le présentera "mi-juin". "Ce sera un document extrêmement complet."

L’Insee a annoncé, le 27 mai 2020, un PIB en baisse de 20% au deuxième trimestre pour la France. Pour le sénateur, cela signifie qu’en fin d’année "on ne sera pas à -8%, on sera à -10%, on aura un million de chômeurs de plus sans doute." "Ce sera une catastrophe sociale et économique."

Les Républicains veulent donc faire "des propositions pour les jeunes, notamment, pour les apprentis" qui "vont arriver sur le marché du travail." "Je propose que pour ces apprentis, pour ces jeunes on ait zéro charges."

"Nos milliards iront relancer les usines chinoises"

Le plan européen de relance pèse 750 milliards d’euros. "Ce sera notre argent de demain", juge Bruno Retailleau, "ou alors l’argent de nos enfants ou de nos petits-enfants". "Je pense qu’il doit y avoir une cohérence de principe."

Pour lui, si l’Europe ne change pas sa politique commerciale, notamment avec la Chine, "nos milliards iront relancer les usines chinoises". "Je demande que l’Europe change de logiciel, qu’on soit capables de créer des champions européens donc changer la doxa sur la concurrence et aussi sur le libre-échange."

"J’attends toujours qu’Emmanuel Macron soumette au vote du Sénat le fameux CETA." Le texte établit le libre-échange avec le Canada et le Sénat veut "s’y opposer". "Je ne suis pas contre a priori pour le libre-échange, je veux la réciprocité."

"En Marche c’est, en réalité, un seul homme, c’est Emmanuel Macron"

Agnès Buzyn a annoncé, le 27 mai 2020, le maintien de sa candidature à la mairie de Paris malgré les scandales dont elle a été le centre durant le confinement. Pour le sénateur de Vendée, "c’est un échec pour En Marche". "Je crois que sur les milliers de communes de 9.000 habitants, LR a dû en gagner près de 60%, je crois qu’En marche n’a gagné que 5%."

"Quelles grandes villes En Marche est en mesure de conquérir en France ? Aucune." Pourquoi ? Pour le sénateur, c’est simple : "En Marche c’est, en réalité, un seul homme, c’est Emmanuel Macron".

 

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