Bruno Retailleau : "la France est en train de tomber en dépression"

Bruno Retailleau, Sénateur de Vendée et président du groupe LR au Sénat, était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 19 novembre 2020 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Bruno Retailleau interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio le 19 novembre 2020 à 7h40.

Bruno Retailleau : "Les Français ne trouvent pas en face d’eux des règles de bon sens, la confiance s’effrite"

Emmanuel Macron devrait parler aux Français la semaine du 23 novembre 2020 pour annoncer la forme que prendra le déconfinement 2. Bruno Retailleau attend "deux choses" : "de la clarté" et "une perspective" d’un côté, et "du bon sens" de l’autre. Pour lui, les Français "ne comprennent rien du tout aux règles bureaucratiques qui ont été édictées" : "comment voulez-vous qu’ils comprennent qu’on puisse être autorisé à acheter une bouteille de vin chez une caviste et non pas un livre chez un libraire ?"

Le gouvernement semble faire preuve de prudence, notamment à cause de l’échec du premier déconfinement au printemps 2020. Jean Castex, pour le sénateur de Vendée, "n’est pas obligé de faire payer de ses erreurs l’ensemble des Français". Il souligne notamment qu’aucune étude n’a prouvé que les petits commerces sont des foyers de contamination et même, qu’au contraire, une étude réalisée par l’université américaine de Stanford dit l’inverse "parce qu’on peut contrôler les choses dans un petit commerce de proximité".

Pour autant, il reste la question des galeries marchandes, fermées, où un risque de cluster est plus élevé. "Je pense que dans les prochains jours le gouvernement devrait donner des perspectives, notamment aux commerces, en disant ‘vous allez, à partir du 27 novembre, pouvoir ouvrir’ à deux conditions". Ces conditions, que le président du groupe LR au Sénat a proposées, ce sont "un protocole renforcé" et "en donnant la main aux Préfets" pour les choix et les décisions.
La fermeture des commerces devient, selon Bruno Retailleau, grave "parce que quand les Français ne trouvent pas en face d’eux des règles de bon sens, la confiance s’effrite".

 

"On est dans l’Absurdistan, ce royaume autonome de France des technocrates"

Bruno Le Maire a demandé, lors d’une intervention au Sénat mercredi 18 novembre 2020, de décaler le Black Friday. "Tout ça c’est de la foutaise", juge le sénateur de Vendée : "il n’en a aucun pouvoir". "Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu’on est dans l’Absurdistan", juge-t-il reprenant le terme employé par un magazine allemand. "L’Absurdistan c’est ce royaume autonome de France des technocrates. Bruno Le Maire, pas plus qu’aucun autre membre du gouvernement, n’a pas la possibilité, le pouvoir" d’annuler cette journée de promotions. "C'est par ce qu'ils ont fait cette erreur avec les commerces de proximité qu'ils sont en train d'essayer de se mélanger les pinceaux ! Pour lui, c'est une nouvelle trouvaille pour nous emmener sur une fausse piste".

Il prend en exemple l’autorisation qui a été donnée aux fleuristes de vendre des sapins coupés de Noël à l’extérieur, mais "pas des fleurs coupées". "Ça veut dire que le gouvernement pense que le sapin de Noël est peut-être moins contagieux que la fleur coupée."

 

"On est en train de tuer des petites entreprises françaises"

Revenant sur le Black Friday, le sénateur rappelle que cette journée de promotions "est un chiffre d’affaires à peu près de 6 milliards" et que le e-commerce ne représente qu’un milliard. "Le reste c’est du commerce physique, traditionnel. On est en train de tuer des petites entreprises françaises déplore le sénateur. Quand le gouvernement dit qu'il paiera, "le chèque, c'est le quoi qu'il en coûte et ce sera l'argent des Français, cette dette il faudra bien la rembourser ! souligne-t-il. Le gouvernement paie, il n'a que cette seule réponse, mais les commerçants veulent vivre des fruits de leur travail, ils ne veulent pas de subventions !"

 

"La France est en train de tomber dans une dépression, pas seulement économique et sociale"

Selon un sondage Ifop/Fiducial paru le 19 novembre 2020, 85% des Français s’inquiètent d’une possible explosion sociale dans les mois à venir. Bruno Retailleau estime qu’elle peut être évitée "précisément en redonnant de la confiance". Cette confiance "a été effritée parce que pendant le premier confinement, il y a eu le mensonge sur les masques qui a abîmé la parole publique". Mais c’est également la faute au "manque de bon sens". "La France est en train de tomber dans une dépression, pas seulement économique et sociale, mais dans une dépression tout court."

Il demande donc au gouvernement "une vraie stratégie" qui consisterait dans "les tests, le traçage et l’isolement", notamment en mettant des personnes dans des hôtels qu’on réquisitionnerait "pour mettre les personnes malades". "Il vaut mieux isoler les personnes malades qu’isoler tous les biens portants. Ça me semble être du bon sens." Pour le président des Républicains, "avec les tests antigéniques, on peut tester de façon massive pour pouvoir isoler les malades". Il précise aussi se battre pour les tests salivaires. "La Vendée a acheté des machines produites en Vendée dont la technologie vient d'une biotechnologie française sur les tests salivaires, il n'y a toujours pas le tampon administratif ! Encore une fois la bureaucratie françaises..." déplore-t-il.

 

"Il faudra se faire vacciner, je pense qu’il faudra des publics prioritaires"

Pfizer et Moderna ont annoncé avoir mis au point des vaccins efficaces à plus de 90% et le gouvernement préparerait une campagne de vaccination massive. Bruno Retailleau, toutefois, se veut prudent : "je pense que c’est beaucoup trop tôt : il faut être sûrs qu’on ait des vaccins qui ne présentent pas d’effets secondaires" ou encore "qui stoppent bien le processus de contamination". Si tel est le cas, "je pense qu’il faudra se faire vacciner, je pense qu’il faudra des publics prioritaires" et même que ce soit obligatoire pour certains professionnels, notamment dans le domaine médical.

"En revanche, je suis très sceptique sur notre capacité à imposer à notre population générale une contrainte. On ira mettre des amendes, j'aimerais bien voir comment on va faire ?" s'interroge-t-il.

 

"Le 25 novembre prochain au Sénat, nous allons voter une résolution pour condamner les agissements de Monsieur Erdogan"

Emmanuel a haussé le ton face à l'expansionnisme turc. Mais certains estiment qu'on délaisse la population arménienne dans le Haut-Karabakh. "La France a été la première nation à reconnaître le génocide arménien il y a près de 20 ans rappelle Bruno Retailleau et j'en suis fier. Le 25 novembre prochain au Sénat, nous allons voter une résolution pour condamner les agissements de Monsieur Erdogan et demander une enquête internationale pour les crimes de guerre qui ont été commis notamment dans le Haut-Karabakh mais surtout pour demander la reconnaissance de la République du Haut-Karabakh".

"Monsieur Erdogan conduit une politique d'expansionnisme islamiste, neo-ottoman et nationaliste estime-t-il. En Syrie contre les Kurdes, en Lybie et même au coeur de l'Europe : il était à Chypre dimanche dernier pour attiser les braises de la division, de la fracture entre les deux États chypriotes. Il n'y a pas de fermeté, pas de volonté de la part de l'Europe dénonce-t-il. Heureusement en France, il va y avoir une voix du Sénat qui va s'élever. Ce n'est qu'une voix mais ça commence par là la politique !"

 

Projet de loi confortant les principes républicains : "Tout n'est pas mal, mais il n'y a rien sur l'immigration"

Le futur projet de loi contre le séparatisme arrive début décembre, le texte a été baptisé "projet de loi confortant les principes républicains". Le mot séparatisme a été enlevé. "On voit bien que dans cette valse hésitation du vocabulaire il y a une incertitude, une hésitation ! regrette Bruno Retailleau. Pour lui, "ce texte est décevant. Tout n'est pas mal, mais il n'y a rien sur l'immigration, alors qu'il y a un lien entre l'immigration et l'islamisation ! C'est le même sujet estime-t-il.

"Avec Emmanuel Macron on a toujours les grands discours, on n'a rien derrière, déplore-t-il. Il faut traiter les conséquences mais aussi les causes, il faut notamment expulser beaucoup plus !" Le sénateur regrette aussi que "sur les marqueurs de l'islamisme, comme le voile à l'université ou lors des sorties scolaires, il n'y ait rien. Je déplore aussi qu'en matière de fermeture des mosquées, il n'y ait pas un dispositif législatif plus opératoire, ajoute-t-il. On est encore dans l'entre-deux".

 

Primaires : "Je réclame un processus de choix démocratique pour les militants mais aussi pour les sympathisants"

Bruno Retailleau réclame une primaire interne chez Les Républicains pour la présidentielle de 2022. "Je réclame un processus de choix démocratique pour les militants mais aussi pour les sympathisants confirme-t-il. On n'a pas perdu en 2017 à cause des primaires, mais à cause des affaires ! J'ai fait des propositions pour modifier la primaire. Ne remettons pas en cause ce principe d'aller vers les gens et de leur demander de prendre la parole sur un choix qui engage leur avenir".

Sur le retour de Nicolas Sarkozy, Bruno Retailleau explique "ne pas y croire un instant ! Il le proclame à chaque interview".

 

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