Agnès Pannier-Runacher : "Si vous taxez Amazon, vous taxez les Français"

Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée à l'Industrie, était l’invitée du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 17 novembre 2020 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Agnès Pannier-Runacher interviewée par Patrick Roger sur Sud Radio le 17 novembre 2020 à 7h40.

Agnès Pannier-Runacher : "Pour chacun des vaccins il y aura une fabrication européenne"

Pfizer, puis Moderna, ont annoncé avoir trouvé un vaccin contre le Covid-19, dont les résultats doivent encore être confirmés. L’Europe semble absente de la course, mais ce n’est pas le cas souligne Agnès Pannier-Runacher, qui rappelle que le vaccin de Pfizer a été développé par la start-up BioNTech, "basée en Allemagne". Le vaccin Moderna, en outre, "est un vaccin qui sera fabriqué en Europe". "Pour chacun des vaccins il y aura une fabrication européenne", précise la ministre déléguée à l’Industrie.

Le patron de Moderna, le Français Stéphane Bancel, a déploré l’absence de financement de son vaccin de la part de l’UE. "C’est inexact parce que nous sommes en relation d’affaires et qu’il y a un projet de contrat avec lui", souligne la ministre. "En revanche, effectivement, les autorités américaines ont souhaité financer une partie de la recherche. Chacun négocie. Nous nous avons fait le choix, dans le projet européen, sous l’impulsion du président de la République, de faire masse de l'ensemble des 27 pays."

 

"Ce virus circule, (...) tue une personne toutes les quatre minutes, (...) crée des séquelles (...) : il ne faut pas jouer avec les allumettes"

La fermeture des petits commerces a été prolongée par le gouvernement qui ne semble pas donner de date certaine de réouverture. Ils espèrent rouvrir le 27 novembre 2020, date du Black Friday, et en ont fait la demande maintes fois au gouvernement. "Nous travaillons avec Bruno Le Maire et Alain Griset à mettre au point le protocole sanitaire qui permettra une réouverture dès que les conditions sanitaires seront réunies" explique la ministre. "Nous sommes sur les starting-blocks pour permettre cette réouverture des petits commerces." Toutefois, "il appartiendra au président de la République et au Premier ministre de décider quand ces conditions sanitaires seront réunies".

"Nous espérons pouvoir faire atterrir d'ici la fin de la semaine le nouveau protocole sanitaire" explique Agnès Pannier-Runacher. "C'est notamment des questions de jauge et des questions de personnes dans les magasins, pour limiter la circulation du virus". Elle ne donne toutefois pas de date, laissant Jean Castex et Emmanuel Macron prendre la décision. "Ce virus, circule, ce virus tue une personne toutes les quatre minutes, ce virus crée des séquelles chez les personnes les plus jeunes : il ne faut pas jouer avec les allumettes."

 

"Être dans une situation d’interdire à des gens de travailler, c’est contre-intuitif"

La ministre déléguée à l'Industrie rappelle que les décisions prises "ne sont pas simples" : "pour le ministre de l’Économie, pour moi, être dans une situation d’interdire à des gens de travailler, c’est contre-intuitif". Malgré tout, la priorité du gouvernement reste la santé et le confinement semble donner "des signaux positifs". "Faisons le maximum pour que ce confinement fonctionne et qu’on puisse rouvrir en sécurité", demande la ministre, tout en rappelant que l’on a "jamais mis autant d’argent sur la table" pour "accompagner ces petits commerçants".

Alors que les commerçants estiment que leur chiffre d’affaires est supérieur aux 10.000 euros pris en charge par le gouvernement, la ministre de l’Industrie tient à préciser que si c’est probablement le cas en décembre, en novembre "vous avez plus de 80% des commerçants qui, en réalité, font moins de 10.000 euros de bénéfices".

 

Amazon est une sorte de "bouc émissaire" qui ne représente que "moins de 5% du commerce français"

Concernant le Black Friday, de plus en plus de voix s’élèvent pour que ces promotions soient interdites, en particulier chez Amazon. Pour Agnès Pannier-Runacher, toutefois, Amazon est une sorte de "bouc émissaire" qui ne représente que "moins de 5% du commerce français". "S’il fait fois deux, il ferait 10%", juge la ministre : "soyons sérieux : le commerce, c’est justement ces petits commerçants, ces artisans, les grandes surfaces", estime-t-elle.

L’objectif du gouvernement est donc "qu’elles soient capables de combattre contre Amazon à armes égales", notamment en se digitalisant, ce que veut accompagner le gouvernement. Elle rappelle que les Français "peuvent commander sur plein d’autres plateformes" et que ce sont eux qui choisissent Amazon. "J’en appelle en responsabilité aux Français : effectivement, regardez les nouvelles plateformes qui sont en train d'émerger. Aidons les petits commerçants qui ont pris le risque de se positionner sur d'autres plateformes".

Quant à l’application d’une taxe spéciale sur le géant américain, elle est impossible car elle doit être "appliquée de manière égalitaire à toutes les plateformes". "Si vous taxez Amazon, vous taxez les Français." "C’est l’égalité devant la loi, c’est juste un principe de base", explique la ministre déléguée à l’Industrie.

 

"L'industrie a aujourd'hui une situation de quasi retour à la normale sur beaucoup de secteurs"

Les PME industrielles se pressent-elles pour bénéficier des aides à l'investissement ? "L'industrie continue à travailler, à produire, à chercher à remplir leurs carnets de commandes confirme Agnès Pannier-Runacher. Nous sommes particulièrement sollicités dans l'industrie, notamment sur tout ce qui est transition écologique énergétique. L'industrie a aujourd'hui une situation de quasi retour à la normale sur beaucoup de secteurs assure-t-elle. Ce n'est pas vrai de l'aéronautique, de l'automobile, de l'agro-alimentaire exposé à la restauration ou de la santé exposé à la déprogrammation des opérations nuance-t-elle. Mais l'industrie tient !"

Cependant, "il y a des plans sociaux dans une partie de l'industrie, et notre travail est de les diminuer avec l'activité partielle de longue durée. Dans l'aéronautique ça fonctionne très bien souligne-t-elle. On arrive à réduire de 30 parfois 40 ou 50% des plans sociaux initialement envisagés, car il est essentiel pour nous de préserver les compétences".

 

 

 

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