Avant de céder à la tentation des carburants « alternatifs », encore faut-il comprendre ce que l’on met réellement dans son réservoir. Derrière un simple plein se cache une chimie complexe, pensée pour des moteurs précis et encadrée par des normes strictes.
Tous les carburants ne se valent pas
À l’origine, tout commence dans une raffinerie. Le pétrole brut y est chauffé puis séparé en différentes fractions dans une colonne de distillation. En haut, les gaz. Plus bas, les essences, puis le kérosène, le gazole et enfin les résidus lourds.
Chaque niveau correspond à des molécules différentes. « Un carburant est constitué de plus de 1 000 molécules », rappelle Alain Lunati, docteur en sciences, spécialiste du raffinage et directeur de SP3H au micro de Sud Radio dans "On parle auto". Et toutes n’ont pas le même comportement à la combustion.
Autrement dit, même deux gazoles peuvent varier. « Les variations existent selon les procédés de fabrication ou les mélanges », souligne-t-il . Les moteurs actuels doivent donc composer avec ces différences… sans toujours être optimisés pour.
⛽️Fioul, kérosène... Quels risques si l'on met ces nouveaux carburants dans nos réservoirs ? #OnParleAuto
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🗣️Alain Lunati (@sp3h_sas) : "En trois semaines, c'est un équivalent de détérioration de 3 à 6 ans"
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Mélanger, un pari risqué
Face à la hausse des prix, certains envisagent de mélanger différents carburants. Une idée trompeuse. « Les carburants sont normés depuis des décennies pour une utilisation précise, explique Alain Lunati. Utiliser du kérosène ou du fioul dans un moteur diesel revient à sortir de ce cadre. À court terme, le moteur peut fonctionner. Mais les effets apparaissent ensuite. En trois semaines d'utilisation de kérosène, cela correspond à une détérioration de trois à six ans du moteur», assure l'expert.
Le spécialiste compare cela à un organisme humain : remplacer l’eau par de l’alcool « ça peut marcher… mais beaucoup moins longtemps ». Une image parlante pour illustrer les dégâts progressifs.
Des moteurs calibrés au millimètre
Les moteurs modernes sont conçus pour fonctionner avec des carburants très précis, enrichis en additifs. Leur rôle ? Protéger les injecteurs, lubrifier les pièces et optimiser la combustion.
« Rien ne permet aujourd’hui d’ajuster finement la combustion au carburant injecté », souligne Alain Lunati . D’où l’intérêt de technologies capables d’analyser en temps réel la composition du carburant pour adapter le moteur.
Mais sans ces systèmes, bricoler son carburant revient à perturber les réglages d’origine. Résultat : combustion incomplète, dépôts, perte de performance… et parfois casse mécanique.
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🗣️Alain Lunati (@sp3h_sas) : "Les carburants sont normés pour certaines utilisations. Vous allez avoir des effets induits"
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Illégal… et coûteux
Au-delà de la technique, la loi est claire. L’usage de fioul domestique ou de gazole non routier dans une voiture est interdit. Ces carburants sont fiscalement différenciés et contrôlés.
Et les conséquences financières peuvent être lourdes : amendes, immobilisation du véhicule, réparations. « Optimiser le moteur tout en réduisant la consommation et les émissions » est possible, mais via des solutions adaptées, pas des mélanges improvisés .
Le faux bon calcul
Chercher à économiser quelques centimes par litre peut coûter très cher à long terme. Un moteur est conçu pour fonctionner avec un carburant précis, comme un système sur mesure.
« Nous nous intéressons directement aux molécules », résume Alain Lunati . Et c’est bien là tout l’enjeu : derrière un carburant, il y a une chimie fine, invisible mais essentielle.
Jouer les apprentis sorciers, c’est ignorer cette complexité. Et transformer une économie immédiate… en panne coûteuse.